Le jugement que l'on porte sur un auteur doit-il rejaillir sur son oeuvre ? Woody Allen est soupçonné de pédophilie sur sa fille adoptive ; cette affaire éclabousse la sortie de son nouveau film, "Wonder Wheel", avec Kate Winslet et Justin Timberlake. Extraits des critiques échangées au "Masque et la Plume"…

 "Wonder Wheel", le film de Woody Allen, est dans les salles depuis le 31 janvier 2018
"Wonder Wheel", le film de Woody Allen, est dans les salles depuis le 31 janvier 2018 © Mars Films

La sortie de Wonder Wheel a été sérieusement malmenée par les accusations portées à nouveau contre Woody Allen : le 18 janvier, Dylan Farrow, 32 ans, a répété que Woody Allen, son père adoptif, avait abusé d'elle quand elle avait sept ans. Cela a sérieusement entamé la carrière de ce film aux Etats-Unis.

Le synopsis

Dans les années 1950 à Coney Island, Ginny (Kate Winslet) une ex-actrice devenue serveuse, rencontre Mickey (Justin Timberlake), maître-nageur qui rêve de devenir dramaturge... Mais Ginny est mariée à Humpty (James Belushi), gérant de manège alcoolo chez qui sa fille (Juno Temple), poursuivie par des gangsters, vient se réfugier. Evidemment, elle va tomber amoureuse du beau Timberlake.

Michel Ciment : "C'est un film magnifique"

Quand Woody Allen fait une comédie, on lui reproche de faire toujours le même film (ce qui est faux, il y a une invention permanente et des choix de sujets complètement différents à chaque fois). Et quand il fait un film dramatique, on lui reproche de manquer d'humour. Il n'y a aucune raison qu'il y ait de l'humour puisque c'est un film sombre, il en a fait déjà plusieurs (Blue Jasmine, September) : ce n'est pas la première fois et d'ailleurs, c'est passionnant de voir comment un auteur comique traite des sujets qui pourraient aussi être des comédies mais qu'il traite sur un mode sombre.

Ce que j'ai trouvé de magnifique dans ce film, outre l'interprétation, c'est le contraste entre la couleur de Vittorio Storaro, l'un des plus grands directeurs de la photographie au monde, qui filme avec des rouges, des jaunes, des verts extrêmement crus, une sorte de technicolor accentué, dans une histoire qui est extraordinairement désespérée et sombre. 

Michel Ciment : "Kat Winslet est extraordinaire !"
Michel Ciment : "Kat Winslet est extraordinaire !" / Mars Films

Xavier Leherpeur : "j'ai beaucoup aimé Wonder Wheel"

Les derniers films de Woody Allen, je les trouvais effroyables - y compris celui qui avait valu à Cate Blanchett un oscar, Blue Jasmine. Ce soir je change de camp : j'ai beaucoup aimé Wonder Wheel. Vraiment.

Alors d'abord, l'humour, je le vois. Il y a deux / trois répliques qui sont vraiment brillantes, comme sait très bien le faire Woody Allen. Il contredit la noirceur avec un rien d'humour qui est un peu sombre, un peu mélancolique mais il est là. 

Pierre Murat : "Ce film est terrible"

C'est un des films les plus sombres qu'il ait fait mais ça fait longtemps qu'on devrait savoir que Woody Allen ne fait pas que des comédies et des vaudevilles : ça remonte à 30 ans. Il fait des films de plus en plus sombres. 

Celui-là est terrible, sur des êtres désespérés et blessés et qui cherchent à s'en sortir par tous les moyens. 

Justin Timberlake, Kate Winslet et Juno Temple : le triangle amoureux de "Wonder Wheel"
Justin Timberlake, Kate Winslet et Juno Temple : le triangle amoureux de "Wonder Wheel" / Mars Films

La lumière est très importante dans le film parce qu'elle permet de virer du jaune éclatant du décor au bleu qui envahit parfois le visage de Kate Winslet, ce qui fait qu'en un seul plan et en seul discours, elle peut passer d'une beauté absolument radieuse à une caricature de Blanche Dubois de Tennessee Williams, où elle est dure, méchante, presqu'une Bette Davis... et ça c’est fait grâce au chef opérateur et grâce, aussi, à la cruauté de Woody Allen.

Eric Neuhoff : "le film m'est tombé des yeux"

J'aime quasiment tous les films de Woody Allen mais celui-là m'est vraiment tombé des yeux. Ça a été une souffrance, une tristesse... 

Cette photo de Vittorio Storaro est dégoulinante, sirupeuse, c'est du marshmallow en fusion, un sunday fraise vanille chantilly... mais ça ne va pas du tout avec le sujet ! On se demande si c'est de la paresse, ce qui ne serait pas si mal, d'ailleurs, mais je crains que ce ne soit de la fatigue. 

Cette histoire est invraisemblable. 

Ecoutez

[ALERTE SPOILER] Ecoutez toutes les critiques échangées autour de Jérôme Garcin sur Wonder Wheels par Pierre Murat (Télérama), Michel Ciment (Positif), Xavier Leherpeur (7ème Obsession) et Eric Neuhoff (Le Figaro)

Justin Timberlake en maître nageur qui se veut dramaturge
Justin Timberlake en maître nageur qui se veut dramaturge / Mars Films

Aller plus loin

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