Oubli révélateur hier dans la liste des films sortis mercredi dernier et qui ont à voir avec le réel : « Woodstock » d’Ang Lee. Depuis Cannes, je n’ai pas changé d’avis et je trouve qu’il s’agit d’un film mineur, très mineur. Mais, pourquoi ne pas l’avouer, j’ai décidément bien du mal avec la petite musique de ce cinéaste taïwanais. Je sens dans tous ses films comme un parfum de pose et de roublardise.Il m’apparaît comme un cinéaste doué d’un strict point de vue de la cinématographie, mais pour le reste ? Que nous raconte-t-il ? Que nous dit-il ? Sa filmographie oscille entre réalisations historiques glacées (« Lust, caution »), grosse machinerie hollywoodienne (« Hulk »), films historico-sociaux (« The Ice Storm », « Le Secret de Brokeback Mountain ») A chaque fois, pour ma part, le même malaise devant des objets cinématographiques désincarnés. « Woodstock » ne sort pas de ce moule impersonnel et froid au sein d’une filmographie qui sonne comme un plan de carrière raisonné et raisonnable. On s’intéresse cette fois à une nouvelle mythologie américaine, le fameux concert de Woodstock et son contexte de libération des mœurs. Parce qu’il se doit d’être original, Ang Lee aborde l’événement par le petit bout de la lorgnette, soit les Américains très moyens qui louèrent leurs champs sans savoir à quelle déferlante ils avaient ouvert leur porte. Sujet « en or » (ah ! regardez ces pauvres crétins de paysans américains qui ne savent même pas que l’Histoire et le génie libéral-libertaire viennent de lui toucher l’épaule) pour lequel le cinéaste a trouvé en Imelda Staunton une incarnation aussi idéale que cabotinant à souhait ! Elle joue ici le rôle de la mère abusive du personnage central du film, un véritable Neuneu bouseux-provincial-et-coincé (bonjour les clichés !) lequel va trouver en Woodstock le lieu et le moment idéal pour s’émanciper. Que ceux qui pensent qu’il s’agit là d’une lourde métaphore visant à faire d’un personnage le représentant de toute une jeunesse trépignante lèvent la main. Ils ont tout compris ! C’est quand Ang Lee condescend à s’intéresser au concert proprement dit qu’il devient finalement moins attendu. Mais il est bien tard. Entre temps, il a perdu son spectateur en chemin, me semble-t-il. Comme si son idée de départ n’était après tout qu’un pétard mouillé ou le bon sujet d’un vrai documentaire. Une fois encore le même problème : comment faire de la fiction à partir du réel. Question scénaristiquement délicate. Ang Lee en choisissant le pittoresque n’y répond pas. Ou mal.On voudra bien m’excuser de ne pas avoir dit que « quand même la bande son est fantastique ». Le ridicule ne tue pas, mais il convient toutefois de ne pas le pousser à bout…Ah ! ça ira !La phrase du soir ?« Vous avez le droit au oui. Usez-en. Usez-en pour vous. »Victor Hugo, « Correspondance »

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