Tissée à la Manufacture des Gobelins au XVIIIe siècle, elle est une reproduction du tableau de Raphaël "L’école d’Athènes" qui se trouve au Vatican. Surplombant le perchoir, elle n'avait pas été restaurée depuis 139 ans. Il faudra cinq jours pour qu'elle soit définitivement remise en place.

La tapisserie réalisée en laine, soie et fil d'or a été déposée il y a 2 ans. 5 techniciens ont travaillé en permanence pour la dépoussiérer et entoiler les parties abîmées
La tapisserie réalisée en laine, soie et fil d'or a été déposée il y a 2 ans. 5 techniciens ont travaillé en permanence pour la dépoussiérer et entoiler les parties abîmées © Mobilier national

Installée entre deux statues, on avait fini par ne plus vraiment la remarquer. Pourtant elle est imposante : 9 mètres de longueur sur 5 mètres de largeur. Et c'est un trésor national et un chef d’œuvre. Commandée par Louis XIV, qui voulait faire de la France une nouvelle Italie de la Renaissance, elle a été tissée entre 1734 et 1737 d’après un carton de Valentin de Boulogne, inspirée des célèbres fresques de Raphaël qui trônent dans la Chambre dite des signatures au Vatican et réalisées entre 1508 et 1511.

À la demande du pape Jules II, Raphaël avait rassemblé les figures majeures de la pensée antique à l’intérieur d'une assemblée. Y figurent Platon et Aristote, Épicure, Socrate ou Diogène. Mais le peintre y a mêlé des personnalités de son temps et sous certains traits antiques, on y voit Michel-Ange ou Léonard de Vinci. Raphaël s'y est représenté également sur l'un des côtés.

La tenture a été tissée entre 1734 et 1737 d’après un carton de Valentin de Boulogne, inspirée des célèbres fresques de Raphaël qui trônent dans la Chambre dite des signatures au Vatican
La tenture a été tissée entre 1734 et 1737 d’après un carton de Valentin de Boulogne, inspirée des célèbres fresques de Raphaël qui trônent dans la Chambre dite des signatures au Vatican / Mobilier national

La tenture réalisée en laine, soie et fil d'or avait été installée dans l’hémicycle en 1879, une date symbolique, explique Thierry Sarmant, directeur des collections du Mobilier National. "1879 parce que c'est l'année où les Chambres sont revenues à Paris, après dix années passées à Versailles suite à la Commune. Et il fallait à ce moment là affirmer l'identité de la IIIe République et du gouvernement parlementaire." 

Le lieu de l'installation de la tenture est lui aussi symbolique. "On a choisi de mettre derrière la tribune et le bureau du Président de la Chambre des députés une tapisserie représentant une Assemblée délibérante et des personnages de l'Antiquité, de façon à montrer la filiation entre ce que l'on peut appeler les idéaux de la IIIe République et la Renaissance et les Lumières", détaille le directeur des collections du Mobilier National.

Restée en place depuis, ce qui est tout à fait exceptionnel, la tapisserie a été déposée il y a deux ans. Cinq techniciens ont travaillé en permanence pour la dépoussiérer et entoiler les parties lacunaires. "On a effectué ce que l'on appelle une conservation, indique Thierry Sarmant. C'est-à-dire que, de nos jours, on ne retisse plus. Au XVIIe et XVIIIe siècle, on aurait retissé les parties lacunaire, mais de nos jours, on se contente de conforter ces parties lacunaires, de les dissimuler en fixant au revers une toile de coton teintée, on ne se permet plus d'intervenir sur le travail des lissiers d'origine."

Quant a son repositionnement, il va permettre de redécouvrir les bords cachés et donc enfin le visage de Raphaël

Le repositionnement de la tapisserie va permettre de redécouvrir les bords cachés et donc enfin le visage de Raphaël.
Le repositionnement de la tapisserie va permettre de redécouvrir les bords cachés et donc enfin le visage de Raphaël. / Mobilier national

La tapisserie mettra quatre jours à "s’étirer"

"C'est une masse considérable. Il faut mettre en place un échafaudage dans un premier temps. Ensuite la tapisserie, qui est roulée sur un cylindre, est montée au sommet de l’échafaudage, explique Thierry Sarmant. "Puis la tapisserie est cloutée dans sa partie supérieure, un cloutage temporaire. Et enfin elle est installée dans son cadre. Ça représente quatre jours de travail", détaille le directeur des collections du Mobilier National. Mais le travail est loin d'être terminé, car _"_il faut laisser la tapisserie se reposer avant de l'accrocher définitivement parce que les fibres vont se relâcher et si on l'accrochait immédiatement, on verrait se former des poches tout à fait disgracieuses."    

La tapisserie sera ainsi ré-installée pour à nouveau plusieurs décennies.

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