Voici l’histoire du couple de chercheurs allemands d’origine turque, Ugur Sahin et Özlem Türeci, qui ont fondé en 2008 la société BioNTech. "Leur moteur n’est pas l’argent" selon l'un de leurs amis. Leur société s'apprête à diffuser 1,5 milliard de doses de son vaccin contre la Covid-19 en s'associant avec Pfizer.

Özlem Türeci et Ugur Sahin, le couple fondateur de BioNTech
Özlem Türeci et Ugur Sahin, le couple fondateur de BioNTech © AFP / Anadolu Agency / Pool / German Chancellery

Le Professeur Ulrich Förstermann a rencontré Ugur Sahin et Özlem Türeci il y a 20 ans, au début des années 2000 quand le couple s’est installé à Mayence. Ils étaient alors de jeunes médecins chercheurs. Förstermann se souvient qu'ils étaient "très précis dans la présentation de leurs recherches, c’était exceptionnel ! Ils menaient leurs travaux, au sein de notre faculté de médecine de Mayence, au centre universitaire pour les maladies tumorales (UCT) fondé par Christoph Huber, leur 'père d’adoption' à l’université. C’est avec lui et l’aide de notre université et celle de Zurich (Suisse), en 2001, qu’Ugur Sahin et Öslem Tureci fondent la société Ganymed Pharmaceuticals qui développe des anticorps monoclonaux pour détecter et traiter le cancer". En 2016, Ganymed est vendue autour d’1,3 milliard d’euros à une société pharmaceutique japonaise, Astellas Pharma.

Deux start-up couronnées de succès en l’espace de deux décennies

L’énorme somme engrangée par cette vente et l’aide d’investisseurs vont leur permettre d’accélérer le développement de leur autre start-up, BioNTech, fondée entre temps en 2008, avec pour but principal de créer un vaccin contre le cancer en utilisant la technique de l’ARN messager. Le professeur Christoph Huber les a toujours suivis. Il est encore aujourd’hui membre du conseil de surveillance de BioNTech.

Dans le milieu de la recherche sur le cancer, avec son approche thérapeutique innovante, l’entreprise fait rapidement parler d’elle. Début janvier 2018, BioNTech rassemble auprès d’investisseurs 270 millions de dollars lors de la plus grande levée de fonds réalisée alors pour une entreprise biotechnologique allemande : "Pour pouvoir faire profiter de leur travail scientifique aux patients, explique le professeur Förstermann, le couple Ugur Sahin et Özlem Türeci savaient simplement qu’ils devaient raisonner de manière plus large, c’est-à-dire fonder leur entreprise et trouver un partenaire plus fort, en l’occurrence Pfizer, pour aller au bout de leur idée. En effet, les essais-cliniques menés auprès de 40 000 personnes sont tellement chers et difficiles à organiser que BioNTech, seule, ne pouvait pas le faire". 

"La deuxième raison du partenariat avec Pfizer, poursuit Ulrich Förstermann, c’est qu’ils sont trop petits pour produire et distribuer les doses nécessaires". A la mi-septembre, BioNTech a racheté à l’entreprise pharmaceutique suisse Novartis une très grande usine de production à Marbourg (Hesse, Allemagne), à 120 kilomètres de leur siège social à Mayence, et y ont lancé la construction d’un autre bâtiment dédié à la production.

BioNTech estime ainsi pouvoir produire 50 millions de doses du vaccin anti-Covid en 2020 et 1,5 milliard de doses en 2021. Le laboratoire pharmaceutique pèse plus de 25 milliards de dollars, soit 5 fois plus qu’il y a un an.

Le siège de BioNTech à Mayence, en Allemagne
Le siège de BioNTech à Mayence, en Allemagne © AFP / .

A la tête de BioNTech, un couple aujourd’hui multimilliardaire

Le professeur Ulrich Förstermann reste "très sûr que le couple avec BioNtech n’est pas principalement intéressé par gagner de l’argent". Il ajoute : "ce sont de vrais chercheurs très gentils, très approchables, pas du tout arrogants, dont le moteur est de progresser scientifiquement et médicalement. Ugur Sahin enseigne toujours à l’Université de Mayence et son épouse, Özlem Türeci est sur le point de signer dans quelques jours son contrat de professorat".

"J’ai rencontré Ugur Sahin en ville il y a une dizaine de jours, raconte Förstermann, et c’était la première journée qu'il pouvait se promener un peu après plusieurs mois de travail ininterrompu. Le couple travaille comme des fous, vraiment, ils font des journées de travail de 14 heures. Et tout ça se passe à un moment où la pandémie frappe l’Allemagne comme jamais et ça rend tout plus difficile. Ils n’ont pas eu d’infection dans le building de recherche jusqu’à maintenant, heureusement. Nous, au centre médical de l’Université, on doit pas mal lutter contre ce virus, et on perd pas mal de personnel en ce moment, des gens qui sont en quarantaine".