À l'heure où la vie reprend dans les lieux publics, tour du monde du déconfinement. Aujourd'hui, Baerle-Duc, une enclave belge aux Pays-Bas, parsemée elle-même d’enclaves néerlandaises. Les deux pays ayant pris des mesures très différentes face au Covid-19, la situation est parfois ubuesque pour les habitants.

Sylvia, devant sa galerie d’art qui a dû rester fermée alors que la parapharmacie voisine demeurait ouverte.
Sylvia, devant sa galerie d’art qui a dû rester fermée alors que la parapharmacie voisine demeurait ouverte. © Radio France / Angélique Bouin

1. Le confinement en ordre dispersé

À gauche, des croix, nous sommes aux Pays-Bas. La parapharmacie est restée ouverte, mais Sylvia Reijbroeck a dû fermer sa galerie d’art Kunst Vol Leven pendant deux mois. Et pour cause : sa boutique, pourtant traversée par la frontière, est de droit "belge". Un peu plus loin, un magasin de vêtements d’enfant, traversé lui aussi par la frontière, n’a fermé qu’une partie de ses rayons et imposé à chaque client de prendre un chariot pour respecter la distanciation de 1,5 m imposée par le gouvernement néerlandais. La situation juridique est parfois assez confuse, mais chacun a pris ses responsabilités.

Sylvia dans sa galerie d’art Kunst vol Leven, traversée par la frontière matérialisée au sol par des croix.
Sylvia dans sa galerie d’art Kunst vol Leven, traversée par la frontière matérialisée au sol par des croix. © Radio France / Angélique Bouin

2. Les paradoxes du déconfinement 

Sylvia a eu le droit de rouvrir sa galerie le lundi 4 mai, comme tous les commerçants belges. Mais la frontière reste officiellement fermée entre la Belgique et les Pays-Bas, car Bruxelles estime que La Haye a pris des mesures de confinement trop légères pendant la crise.

Les frontaliers ont certes le droit d’aller travailler aux Pays-Bas, mais pas d’y faire des courses. Sylvie a donc interdiction de vendre ses toiles à des Néerlandais :

"C'est complètement fou ! C’est la double peine. Après deux mois, j’ai le droit d’ouvrir mais je ne peux vendre mes toiles qu’à des Belges, alors que mes clients sont surtout néerlandais ! Comment est-ce que je vais payer mon loyer ?"

3. Un puzzle frontalier

La carte très complexe de cette commune belge enclavée dans les Pays-Bas, qui a elle-même des enclaves néerlandaises.
La carte très complexe de cette commune belge enclavée dans les Pays-Bas, qui a elle-même des enclaves néerlandaises. © Radio France / Angélique Bouin

La carte de la ville est un véritable puzzle. On dit de Baerle-Duc et de sa voisine néerlandaise Baarle Nassau que c’est la zone frontalière la plus complexe du monde. L’Office du tourisme en a d’ailleurs fait un atout et l’on vient du monde entier se promener dans les rues parsemées de croix blanches qui marquent la frontière. 

"Face à des situations législatives absurdes, comme par exemple la limite d’âge pour acheter de l’alcool qui diffère, normalement on trouve des compromis entre les deux parties de la ville", explique Willem Van Goll, le directeur de l’Office du tourisme.

"Là, face au Covid-19, avec deux gouvernements aux antipodes, on ne sait pas qui a fait le bon choix, alors on applique juste les règles."

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