À l'heure où la vie reprend dans les lieux publics, tour du monde du déconfinement. Aujourd'hui Bethléem, ville palestinienne où selon la tradition chrétienne, Jésus est né. L'église, édifiée sur le lieu supposé de sa naissance, vient tout juste de rouvrir sans aucune mesure barrière de sécurité sanitaire.

Une vision impensable en temps normal : la Nativité est vide. Habituellement des centaines de pélerins s'y bousculent.
Une vision impensable en temps normal : la Nativité est vide. Habituellement des centaines de pélerins s'y bousculent. © Radio France / Frédéric Métézeau

1. Une ville totalement bouclée pendant des semaines

Bethléem a été l'une des rares villes du monde totalement bouclées, à l'image de Wuhan (Chine) le premier foyer de l'épidémie. Dès le 5 mars, les autorités palestiniennes et israéliennes ont décidé, en concertation, de confiner la localité après la découverte de sept cas de coronavirus dans un hôtel de la ville. Bethléem étant ceinte du mur de béton édifié par Israël, le bouclage a été appliqué très facilement et a duré jusqu'à cette semaine. Cette mesure extrême, doublée d'un confinement à l'intérieur de la ville décrété par l'Autorité Palestinienne, a permis de neutraliser l'épidémie.

2. Une église quasiment déserte et sans mesures sanitaires

La place de mangeoire, devant l'église de la nativité
La place de mangeoire, devant l'église de la nativité © Radio France / Frédéric Métézeau

Sans masques, sans gants, sans gel hydroalcoolique mis à leur disposition à l'entrée, quelques pèlerins déambulent et prient dans une église presque vide mais habituellement bondée. Devant le bâtiment, le père Aïssa Taljiyeh, curé grec-orthodoxe de la Nativité, veut que tout redevienne comme avant :

"Ici, pas de contrôle. Pas de contrôle de température. On prie comme tous les jours et on est à l'abri. Quand tu pries, Dieu te donnera tout ce que tu veux. Voilà pourquoi je dis toujours aux gens : n'ayez pas peur de ce virus !"

Le père Aissa Taljiyeh estime qu'il n'est pas nécessaire d'adopter les gestes barrières dans l'église
Le père Aissa Taljiyeh estime qu'il n'est pas nécessaire d'adopter les gestes barrières dans l'église © Radio France / Frédéric Métézeau

Visiblement, les gens ont entendu le prêtre. Comme si de rien n'était, les fidèles embrassent et touchent les icônes à tour de rôle ou bien encore le sol, là où Jésus serait né. Christina est venue pour tourner la page de la pandémie : "Je suis consciente que c'est un privilège d'être dans un lieu comme celui-là presque seule. C'est très étrange et je suis très choquée de qui est arrivé au monde. Tout ça nous rend très tristes".

Les uns après les autres, les fidèles n'ont pas peur d'embrasser le sol à l'endroit supposé de la naissance de l'enfant Jésus
Les uns après les autres, les fidèles n'ont pas peur d'embrasser le sol à l'endroit supposé de la naissance de l'enfant Jésus © Radio France / Frédéric Métézeau

3. Les touristes absents

Les frontières étant encore fermées, les touristes et les pèlerins étrangers ne sont pas encore revenus à Bethléem. Cela met le père Aïssa en colère : "Ce n'était pas une si bonne idée de tout fermer et de laisser les gens chez eux parce que Bethléem s'est développée avec les touristes. Sinon, on n'a pas de boulot ! Rien !" La crise économique est visible. À l'extérieur de l'église les cafés, restaurants et boutiques sont fermés. Quelques taxis jaunes stationnent dans l'attente de rares clients. Nadir, un chauffeur, estime que Bethléem est une cocotte-minute sous pression : 

"Avant le corona on a eu le plan Trump et maintenant on va peut-être avoir l'annexion d'une partie de la Cisjordanie. Voilà pourquoi les gens sont nerveux et vont devenir fous."

Les boutiques de souvenirs sont désespérément fermées
Les boutiques de souvenirs sont désespérément fermées © Radio France / Frédéric Métézeau

Bethléem avait déjà connu des crises lors des intifadas qui avaient éclaté en 1987 et en 2000. Celle de l'après-corona, moins violente et moins meurtrière, n'en est pas moins grave.

Les vendeurs ambulants de thé ou de café attendent le retour des touristes
Les vendeurs ambulants de thé ou de café attendent le retour des touristes © Radio France / Frédéric Métézeau
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