À l'heure où la vie reprend, tour du monde des lieux publics. Au Sénégal, le pic de la pandémie de Covid-19 n’est pas atteint, estiment les autorités. Port du masque obligatoire, interdiction des rassemblements publics, limitation des déplacement et couvre-feu : des mesures contraignantes restent en vigueur.

La gare routière de Petersen, à Dakar, est le point de ralliement des banlieusards en fin de journée.
La gare routière de Petersen, à Dakar, est le point de ralliement des banlieusards en fin de journée. © Radio France / William de Lesseux

C’est un grand panneau bleu, planté dans un rectangle de bitume du quartier populaire de la Médina, dans le centre-ville de Dakar. Autour des commerces de fortune, des vendeurs de rue, il indique la gare routière de Petersen, point de ralliement des banlieusards en fin de journée. D’ici, partent la plupart des cars rapides, ces bus colorés et à bas prix – une centaine de francs CFA le trajet, soit une vingtaine de centimes d’euros – pour les villes de banlieues qui bordent la capitale. 

"Pikine !", "Guinaw-Rail !", "Rufisque !", les apprentis-chauffeurs, à l’arrière des bus, crient les destinations de leur véhicules. Des groupes de passagers se forment alors en grappes compactes autour des portes arrières, seul moyen de pouvoir monter à bord et d’espérer rentrer chez soi, souvent à plus d’une heure de route. Les mesures barrières et la distanciation sociale n’existent plus.

Course contre la montre

Il est bientôt 19 heures. "Je suis là depuis trois heures pour chercher un bus ou même une voiture pour rentrer", explique inquiet Pape Camara, qui dit comprendre les mesures mises en place par les autorités.

Avec le coronavirus, on est fatigués.

Devant un car rapide, encore raté pour Hamidou Bâ. "Il n’y a plus de places… Je peux rester jusqu’à 20h ici tous les jours. On sait que c’est pour nous couvrir du coronavirus, mais là c’est trop dur… Il n’y a pas de transports !" 

D’autres préfèrent ne pas se mêler à la foule, par crainte d’être contaminé. Chérif Diallo reste à distance.

Ici, les masques sont comme des meubles. Les gens les portent mais ça ne sert à rien si on est tous agglutinés comme cela. On prend des risques.

"J’ai peur pour ma santé ici. Quand je rentre, je me dis que je suis le parasite de ma maison. Je peux ramener le Covid à ma femme et mes enfants avec ces conditions. On est livrés à nous-mêmes !", déplore le fonctionnaire.

Pour tous, s'il y a urgence à partir, c'est aussi que le gouvernement a  mis en place un couvre-feu, de 21 heures à 5 heures, compliquant la vie de nombreux habitants de Dakar.

Depuis la mi-mai, les véhicules peuvent prendre en charge tous les passagers disposant d’une place assise.
Depuis la mi-mai, les véhicules peuvent prendre en charge tous les passagers disposant d’une place assise. © Radio France / William de Lesseux

Du côté des transporteurs, on explique la pénurie de bus et de cars rapides par les mesures gouvernementales. Un temps, seule la moitié des places assises pouvait être occupée. Depuis un léger assouplissement des mesures mi-mai, les véhicules peuvent prendre en charge tous les passagers disposant d’une place assise. Mais les embouteillages avant le couvre-feu continuent de favoriser la saturation des moyens mis à disposition des travailleurs du centre-ville pour rentrer chez eux.

Vers la fin des mesures ?

Le couvre-feu se poursuivra au moins jusqu’au 2 juin, date de la fin de l’état d’urgence. Le gouvernement et le ministère de la Santé continuent de compter sur le port du masque, l’interdiction des rassemblements comme la limitation des déplacements interrégionaux pour endiguer la propagation du Covid-19. La transmission "communautaire", c’est-à-dire sans que l'on puisse retracer la chaîne de contamination, décrite comme une "bombe à retardement" par certains spécialistes, semble pour l’instant maîtrisée. 

Des mesures qui pourraient être encore une fois assouplies par le gouvernement dans les prochains jours. Le président Macky Sall ne veut pas entraver le travail des "journaliers", des travailleurs du secteur informel, échappant à toute statistique mais dont les revenus représentent près de 60  % du produit intérieur brut du pays. Raison pour laquelle un confinement strict n’a jamais été mis en oeuvre au Sénégal. 

Mais avec une centaine de nouveaux cas de coronavirus par jour, les structures de santé du pays sont proches de la saturation. Certains malades pourraient être confinés chez eux dans les prochains jours, a annoncé le ministère de la Santé, face au manque de place dans les centres de soin. 

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