Au Royaume-Uni, alors que les commerces rouvrent progressivement, le quartier de la City à Londres, reste très peu fréquenté. Les banquiers, les traders, les vendeurs, ont déserté les grands open-space, et les bureaux sont déserts. Un changement radical qui pourrait durer.

À Londres, le coronavirus pourrait laisser des traces inattendues : près d’une dizaine de rues du centre-ville pourraient être définitivement interdites à la circulation.
À Londres, le coronavirus pourrait laisser des traces inattendues : près d’une dizaine de rues du centre-ville pourraient être définitivement interdites à la circulation. © Radio France / Antoine Giniaux

1. Solutions technologiques

"La très grande majorité des collaborateurs travaillent de chez eux. On a une poignée de vendeurs ou de traders qui sont dans la salle des marchés, mais sinon on travaille de la maison. Et on s’est aperçu que ça fonctionne très bien. Les premiers jours on avait des soucis de connexion mais ça s’est amélioré très rapidement, et l’expérience est assez positive", explique Fabrice Montagné, économiste en chef chez Barclays.

Devant la Banque d’Angleterre, le temps semble figé.
Devant la Banque d’Angleterre, le temps semble figé. © Radio France / Antoine Giniaux

Même discours chez Morgan Stanley, et en particulier chez JP Morgan, qui avait, dès 2018, créé des bases de données centralisées pour les banquiers et qui a largement développé ces dernières semaines le travail à distance. Signatures électroniques et documents partagés sont devenus la norme. 

"On a différents systèmes de chat, de call ou de vidéo-conférence", reprend Fabrice Montagné. On se rend compte qu’on est beaucoup plus en communication avec des collaborateurs qui étaient beaucoup plus lointains. À l’inverse, on voit moins des collaborateurs avec lesquels où on était physiquement proches."

"Le secteur de la banque dans sa très large majorité peut travailler de manière délocalisée."

"Il faut aussi souligner que la période qu’on vient de passer, pour le secteur bancaire et la banque d’investissement, en particulier, a vu beaucoup d’activité, ce qui nous a forcé un peu la main, et ce qui nous a permis de reconstruire des ponts très vite parce qu’on en avait besoin pour répondre à la demande de nos clients."

2. Abandon des bureaux

Aux pieds des immeubles et des tours de la City, les costumes trois-pièces ont presque disparu. Et les sociétés qui ont mis en place le télétravail ne comptent pas forcément revenir en arrière. Plusieurs dizaines de chefs d’entreprise envisagent de quitter le coûteux centre ville, pour aller s’installer ailleurs, en encourageant le télétravail, à tel point que les agents immobiliers s’inquiètent.

"Nous avons 322 bureaux à la City, observe Carl Larkin, responsable d’une plateforme de location. Nous sommes passés d’un taux d’occupation de 80 %, à 60 % a peine. Et il n’y a pas plus de 2 % des employés qui sont vraiment présents dans les bureaux. C’est très très vide. Ces dernières semaines, c’était vraiment une ville fantôme."

Carl Larkin gère 322 bureaux à la City, et voit chuter la demande d’espaces de travail.
Carl Larkin gère 322 bureaux à la City, et voit chuter la demande d’espaces de travail. © Radio France / Antoine Giniaux

3. Changement du paysage urbain 

Avant le confinement, 550 000 personnes travaillaient à Londres. Comment les faire revenir dans les vieilles ruelles tout en observant les règles de distanciation sociale ?

Catherine mcGuinness, qui dirige la City of London, et Sadiq Khan, le maire de Londres, ont tranché : ils prévoient d’interdire temporairement les voitures sur certaines artères, en élargissant les trottoirs, et en créant des pistes cyclables. Dans un premier temps, Cannon Street, Cheapside and Poultry, Old Jewry, ainsi que Coleman street, lombard Street, Leadenhall Street, St Mary Axe, Threadneedle Street et Old Broad Street.

Près d’une dizaine de rues du centre ville pourraient être définitivement interdites à la circulation.
Près d’une dizaine de rues du centre ville pourraient être définitivement interdites à la circulation. © Radio France / Antoine Giniaux

C’est principalement le cœur historique de la City, qui est ciblé. Si le plan de circulation fonctionne, les fermetures deviendront définitives. Un pas de plus vers la suppression de la voiture dans une ville qui a déjà mis en place un péage et une taxe sur les moteurs polluants, entraînant ces dernières années une diminution marquée de la pollution atmosphérique. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.