À l'heure où la vie reprend dans les lieux publics, tour du monde du déconfinement. À Jérusalem, le "shouk" comme l'on dit en hébreu, a rouvert il y a une semaine. Mais avec les mesures hygiéniques et de mise à distance, l'ambiance y a beaucoup changé.

Habituellement la foule est dense et compacte. Mais aujourd'hui Mahane yehuda est clairsemé.
Habituellement la foule est dense et compacte. Mais aujourd'hui Mahane yehuda est clairsemé. © Radio France / Frédéric Métézeau

1. Des mesures barrières très strictes

Le marché a rouvert le jeudi 7 mai, à la veille du week-end. Seuls deux accès à ce véritable petit quartier, cœur battant de Jérusalem-Ouest, sont encore ouverts. Les clients doivent emprunter deux sas matérialisés par des barrières métalliques et se soumettre à une vérification de leur température.

La prise de température est obligatoire avant de pénétrer dans le shouk
La prise de température est obligatoire avant de pénétrer dans le shouk © Radio France / Frédéric Métézeau

Aux heures d'affluence, les clients sont retenus à l'entrée et n'accèdent au shouk qu'au compte-gouttes. À l'intérieur, ils doivent se discipliner et suivre des lignes jaunes. On est très loin de l'ambiance populaire et orientale qui régnait avant le confinement.

Protégée par un masque et une visière en plastique, Annette, arrivée en Israël en 1962 à l'indépendance de l'Algérie, raconte que le marché "d'avant" lui manque beaucoup. "C'était comme une promenade, avant, je venais toutes les semaines. Mais aujourd'hui, on ne voit personne et les gens se mettent des trucs sur la figure. Il n'y a plus autant de monde", se souvient la vieille dame accompagnée de sa fille et de son gendre avant d'ajouter : "La "corola" (sic) est une maladie dangereuse, que Dieu nous en préserve !"

Les clients doivent faire la queue le long d'une ligne jaune et ne pas s'entasser devant les étals
Les clients doivent faire la queue le long d'une ligne jaune et ne pas s'entasser devant les étals © Radio France / Frédéric Métézeau

2. Une baisse d'activité très nette

Mahane yehuda est un véritable thermomètre pour mesurer la vie du pays. Jamais il n'a été aussi peu fréquenté. En 35 ans de boutique, le vendeur d'épices Moshe n'avait jamais vu ça. 

Regarde, j’en ai des frissons. Ce n'était jamais arrivé même pendant l’Intifada et les guerres. Les jours de neige, on fermait deux jours maximum. Même quand il y avait un attentat, on revenait le lendemain.

Pour des raisons d'hygiène, Moshe demande à ses clients de ne plus prendre d'épices entre leurs doigts pour goûter
Pour des raisons d'hygiène, Moshe demande à ses clients de ne plus prendre d'épices entre leurs doigts pour goûter © Radio France / Frédéric Métézeau

La baisse de régime fait tout de même des heureux, comme Zohar, ravi de ralentir le rythme. "L’économie s’est un peu calmée, les prix ont un peu baissé, les gens auront un peu plus les pieds sur terre et c’est tant mieux. Parce que moi, j’aime le travail mais à un moment, travailler, travailler, travailler, c’est sans fin !" raconte l'un des rares commerçants resté ouvert pendant le confinement car il vend des produits alimentaires de première nécessité.

Zohar le poissonnier, pas mécontent de voir son marché un peu plus calme
Zohar le poissonnier, pas mécontent de voir son marché un peu plus calme © Radio France / Frédéric Métézeau

3. Un impact économique terrible

Mahane yehuda n'est pas qu'un marché où l'on fait ses courses. C'est aussi un lieu branché de Jérusalem, où l'on trouve quantités d'échoppes, de bistrots ou de restaurants bondés notamment le jeudi soir et le vendredi, avant shabbat. Mais les restaurants ne rouvriront pas avant le 31 mai, et, d'ici-là, ils ne peuvent faire que de la vente à emporter. Beaucoup d'établissements du shouk sont donc restés fermés. 

Les restaurants (ici un vendeur de houmous et falafels) ne peuvent vendre qu'à emporter
Les restaurants (ici un vendeur de houmous et falafels) ne peuvent vendre qu'à emporter © Radio France / Frédéric Métézeau

Le 26 avril, plusieurs commerçants et restaurateurs soutenus par le maire de Jérusalem avaient manifesté pour demander une ouverture plus rapide du marché. Mais le gouvernement a attendu onze jours supplémentaires, ce qui a encore fragilisé certaines enseignes. À Mahane yehuda, beaucoup de commerçants sont des gérants qui n'ont pas droit au chômage partiel garanti par l'État. Sans compter les salariés qui travaillent au noir... Sophie, restauratrice en gastronomie libanaise, enrage et regrette que rien ne soit fait pour les indépendants : "Sur le plan financier c'est très très dur. Le gouvernement dit toutes les semaines qu'il va aider les petites entreprises et les entrepreneurs, mais rien n'est fait. Alors mieux vaut ne pas parler !"

Bibi était très aimé ici mais je pense que la prochaine fois, il aura droit à des tomates sur la tête plutôt qu'à des applaudissements.

"Bibi", comme tout le monde surnomme le premier ministre Benyamin Netanyahou, est très populaire dans le quartier. À chaque campagne électorale, il vient ici pour un bain de foule et nombreux sont les commerçants qui affichaient son portrait dans leur boutique. Mais les photos de "Bibi" ont disparu, ce qui n'est pas la moindre des nouveautés.

Des commerces encore fermés à l'intérieur de Mahane yehuda
Des commerces encore fermés à l'intérieur de Mahane yehuda © Radio France / Frédéric Métézeau

Toutes les boutiques n'ont pas encore rouvert. Certaines ont fait faillite et ne rouvriront pas dans leur forme actuelle. Un commerçant s'est suicidé pendant le confinement.

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