À l'heure où la vie reprend dans les lieux publics, tour du monde du déconfinement. Dans la deuxième ville du Liban, grande oubliée du développement, le souk a toujours nourri les familles. Ici, la crise du coronavirus a fait moins de mal que l'effondrement économique, qui enracine les Tripolitains dans la pauvreté.

Au souk de Tripoli, on ne porte pas le masque. Même si c'est obligatoire au Liban.
Au souk de Tripoli, on ne porte pas le masque. Même si c'est obligatoire au Liban. © Radio France / Aurélien Colly

1. Plus redoutée que le coronavirus, la faim 

À Tripoli, la grande ville sunnite du nord du Liban, le confinement a été imposé très difficilement début mars. Dans cette ville historiquement oubliée par le pouvoir central libanais, plus de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté et la plupart des emplois sont informels et journaliers.

Au Liban, plus de la moitié de la population est passée sous le seuil de pauvreté. Et Tripoli est la ville la plus pauvre du bassin méditerranéen. De quoi désespérer les commerçants.
Au Liban, plus de la moitié de la population est passée sous le seuil de pauvreté. Et Tripoli est la ville la plus pauvre du bassin méditerranéen. De quoi désespérer les commerçants. © Radio France / Aurélien Colly

"Quand le corona est arrivé, on est resté ouvert, parce qu’on doit bien manger, boire et survivre", explique Abdallah, marchand de légumes dans le vieux souk de Bab el-Tebbané. L'homme doit nourrir une famille de quatre enfants

L’État te dit de rester chez toi, mais il ne donne pas d’aide. Moi, je ne vais pas rester chez moi sans manger.

2. Dans le souk, rien n’a changé 

Depuis fin avril, le déconfinement a commencé au Liban, par étape, avec des mesures sanitaires strictes dans les endroits publics. Mais dans les souks populaires de Tripoli, la vie continue comme si la pandémie n’avait jamais existé.

Ici, le Covid-19 n'est pas la priorité. Au souk de Tripoli, la distanciation sociale et les masques, personne ne s'en soucie.
Ici, le Covid-19 n'est pas la priorité. Au souk de Tripoli, la distanciation sociale et les masques, personne ne s'en soucie. © Radio France / Aurélien Colly

Ni les vendeurs, ni les clients ne portent le masque, pourtant obligatoire. La distanciation sociale n’existe pas dans les ruelles étroites, occupées par les chariots colorés des marchands. 

3. La colère gronde 

Depuis un an, le Liban traverse une crise économique et financière sans précédent, qui a empiré avec la crise sanitaire du coronavirus. La livre libanaise a continué sa chute face au dollar pendant le confinement, entraînant une flambée des prix de tous les produits. Car le Liban importe 80 % de ce qu’il consomme.

La livre libanaise a continué sa chute face au dollar pendant le confinement, entrainant une flambée des prix de tous les produits. Y compris les  fruits et légumes.
La livre libanaise a continué sa chute face au dollar pendant le confinement, entrainant une flambée des prix de tous les produits. Y compris les fruits et légumes. © Radio France / Aurélien Colly

"Ça, je l’ai payé 12 000 livres. Des haricots et des oignons pour 12 000, et ce n’est même pas la moitié d’un repas pour une famille", s’exaspère ainsi Fatima, au souk de Tripoli. Sous son abbaya noire, cette femme d’une cinquantaine d’années montre deux sacs à peine remplis, avant de pester contre les politiques, "responsables de l’effondrement du pays", selon elle. 

"Les gens n’ont plus d’argent, plus de boulot et tout est devenu cher", déplore aussi Mahmoud, derrière son stand de fruits.

On va où ? À la guerre ? À la famine ? La pauvreté, où ça mène ? Ça mène à la guerre !

Fin avril, des émeutes ont secoué la deuxième ville du Liban, qui a déjà été l’un des épicentres de la contestation sociale qui a secoué tout le Liban à l’automne dernier.

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