À l'heure où la vie reprend dans les lieux publics, tour du monde du déconfinement. À Prague, en République tchèque, les cinémas, comme le complexe Cine Star, ont rouvert mi-mai. Sans pour autant faire le plein, dans des conditions sanitaires encore drastiques, mais pour le plus grand bonheur de quelques cinéphiles.

Malgré la réouverture, les salles du complexe Cinestar dans le centre de Prague sont quasiment désertées.
Malgré la réouverture, les salles du complexe Cinestar dans le centre de Prague sont quasiment désertées. © Radio France / Nicolas Mathias

1. Timide retour

Les escaliers mécaniques de ce vaste complexe au centre de Prague tournent quasiment à vide. En ce dimanche de la mi-mai, les cinémas viennent de rouvrir et le nombre de spectateurs oscille entre un et la dizaine… pas de quoi remplir des salles qui ne peuvent pourtant accueillir qu’un tiers du public habituel. Distanciation oblige. 

Les spectateurs ne sont pas encore au rendez-vous en ce dimanche du mois de mai malgré la réouverture des cinéms à Prague
Les spectateurs ne sont pas encore au rendez-vous en ce dimanche du mois de mai malgré la réouverture des cinéms à Prague © Radio France / Nicolas Mathias

"Je ne suis pas surprise qu'il y ait si peu de monde, explique la gérante Katarina Bousova. Je pensais que les gens auraient un peu peur."

Ils ont peur, mais chaque jour nous avons davantage de spectateurs. Ils ont envie de faire autre chose que de rester tout le temps à la maison.

C'est le cas de Wojcek, un professeur de mathématiques qui s'apprête à aller voir un thriller sur les dangers d'internet.

J'étais en manque. Un mois et demi sans cinéma. j'avais hâte de pouvoir revenir !

"Même pas peur du virus", ajoute-t-il en souriant.

Teresa, une Napolitaine qui travaille dans une entreprise d'informatique en Tchéquie, avait hâte, elle aussi, de revenir dans les salles obscures. Elle vient de voir Bloodshot, avec son petit ami, et arbore un large sourire.

C'est une expérience inédite. Cela ne m'était jamais arrivé, avant, de pouvoir profiter d'un film, juste à quatre personnes dans la salle. C’est cool. Et c’est aussi un avant goût du retour de la vie d’avant.

2. Des conditions drastiques pour rouvrir 

Katarina Bousova, directrice du Ciné Star, dans le centre de Prague, a dû adopter des mesures très strictes pour la réouverture
Katarina Bousova, directrice du Ciné Star, dans le centre de Prague, a dû adopter des mesures très strictes pour la réouverture © Radio France / Marie-Pierre Vérot

Pas tout à fait comme avant tout de même… Katarina Bousova la gérante se souvient par exemple de l’étonnement des premiers spectateurs qui ont trouvé le bar fermé. Pas de pop-corn, non plus, à leur grande déception. Il est alors encore interdit de vendre boissons et sucreries. De toutes façons, le port du masque, obligatoire durant la projection, empêcherait de grignoter…

Un rang sur deux est condamné, et un siège vide tous les deux fauteuils. Bien sûr, du gel désinfectant est à disposition à l’entrée de chaque salle. La réservation en ligne est conseillée, et les tickets moins chers qu’à la caisse.

Depuis le début de cette semaine, les règles ont été assouplies et tous les sièges peuvent désormais être occupés… Encore faut-il pouvoir renouveler les affiches. 

3. La reprise des tournages essentielle pour la Tchéquie

La pandémie ayant interrompu les tournages et les sorties, le programme à l’affiche est toujours celui du mois de mars.
La pandémie ayant interrompu les tournages et les sorties, le programme à l’affiche est toujours celui du mois de mars. © Radio France / Nicolas Mathias

Beaucoup de sorties ont été reportées. Les tournages interrompus. Les blockbusters américains tellement attendus en ce mois de mai ne seront pas au rendez-vous. 

"Le programme est quasiment identique à celui du mois de mars", regrette Katarina. De nouveaux films tchèques sont attendus au mois de juin. "J’espère que cela ira mieux."

En favorisant le repli de chaque pays sur lui, la pandémie aura peut-être pour effet de favoriser le regain du cinéma tchèque.

Le mois dernier, le Fonds national tchèque pour la cinématographie a débloqué quelque 92 millions de couronnes (un peu plus de 3 millions d'euros) pour soutenir les salles et relancer la production audiovisuelle locale. 

Le retour des tournages de productions étrangères est aussi très attendu en Tchéquie. C'est l'un des pays préférés des grosses sociétés. Marvel devrait revenir, plusieurs tournages sont aussi prévus pour Netflix.

La manne n'est pas négligeable. L'an dernier, les tournages étrangers (pas loin de 80 films et séries) ont rapporté près de 9 milliards de couronnes (plus de 326 millions d’euros) à l’économie tchèque. C'est un record, dû notamment aux incitations fiscales dont bénéficient les productions cinématographiques internationales. 

L'arrêt dû à la pandémie a lui déjà coûté à l'industrie du cinéma en Tchéquie quelque 5 milliards de couronnes (185 millions d’euros). 

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