Au-delà des géants du commerce international ou de l'industrie, les PME chinoises peinent à se relever de la crise sanitaire. Pour soutenir la consommation nationale, les autorités ont entrepris d'aider les petites structures à vendre leurs produits sur internet. Reportage dans une région agricole proche de Pékin.

D'ordinaire, les pêches des vergers de Ping Gu trouvent facilement leurs acheteurs. Aujourd'hui, les agriculteurs doivent les vendre sur internet. Et les autorités les y aident.
D'ordinaire, les pêches des vergers de Ping Gu trouvent facilement leurs acheteurs. Aujourd'hui, les agriculteurs doivent les vendre sur internet. Et les autorités les y aident. © Radio France / Dominique André

En Chine, il n'y en a pas que pour les géants de l'e-commerce, Alibaba, Pinduoduo ou JD.com. Si ces derniers enregistrent des ventes record dans le contexte de la crise sanitaire, ils ne préservent pas le pays d'une croissance très incertaine. La deuxième économie mondiale, qui – c'est inédit – a décroché au premier trimestre (-6,8  %), ne publiera d'ailleurs pas d’objectif de croissance cette année.

Selon les dernières statistiques, celles du mois de mai, les importations du géant asiatique ont chuté pour le cinquième mois consécutif (-16,7  % sur un an) et les exportations sont en repli (-3,3  %), la demande de l’étranger restant faible. La plus mauvaise performance depuis janvier 2016. La reprise, pour les autorités, passe par un soutien massif à l'activité nationale et notamment à la consommation.

En distribuant massivement des bons d'achat, d'une part : la ville de Pékin, par exemple, a commencé à écouler l'équivalent de 1,5 milliards d'euros pour que ses administrés recommencent à dépenser. Mais surtout, en facilitant l'accès des Chinois aux produits : les provinces, avec le soutien de mesures gouvernementales, développent ainsi la vente en ligne.

Xiong Yujin, directeur d’une conserverie de fruits, a profité de la crise pour développer son offre d'e-commerce.
Xiong Yujin, directeur d’une conserverie de fruits, a profité de la crise pour développer son offre d'e-commerce. © Radio France / Dominique André

Ping Gu, à 70 kilomètres au nord-est de Pékin, est la première région productrice de pêches en Chine. Au pied des montagnes s'étendent près de 12 000 hectares de pêchers. Il va bientôt être temps de cueillir et de vendre ces fruits que les Chinois consomment pour leur santé.

La chasse aux clients

Mais pour les entreprises locales, ce commerce ne suffira pas cette année. Xiong Yujin, directeur d’une conserverie, emploie quatorze personnes. Du fait de la crise sanitaire, l'entreprise a dû fermer presque trois mois. Une période pendant laquelle il a bouleversé ses méthodes de vente, pour que son entreprise et les agriculteurs de sa région gagnent de nouveaux marchés.

"Avec l’arrivée brutale de l’épidémie, les ventes se sont effondrées. J’ai tout de suite profité des aides gouvernementales."

Pour réduire ses coûts, d'abord : "J’ai eu droit à une réduction des frais d'électricité et d'eau", explique le chef d'entreprise, qui a aussi eu recours à des "prêts bancaires", "bien pratiques", reconnaît-il, pour pallier les problèmes de trésorerie.

Mais au-delà des mesures de sauvegarde, ce sont les initiatives en faveur du développement de l'activité qui ont permis à Xiong Yujin de rebondir :

"Le gouvernement local joue un rôle important. Les chefs de la mairie vont nous aider à en vendre en ligne dans le pays et à l'étranger. Et comme c'est bientôt la saison des pêches, les employés ont pu revenir  travailler."

Modernisation à marche forcée

Certains agriculteurs, plus âgés, à l'instar de M. Wei, doivent être davantage accompagnés pour faire évoluer leur activité.
Certains agriculteurs, plus âgés, à l'instar de M. Wei, doivent être davantage accompagnés pour faire évoluer leur activité. © Radio France / Dominique André

Tous ne sont pas aussi agiles. Dans sa petite exploitation, M. Wei est un peu dépassé par ce bouleversement, auquel il ne peut pourtant pas échapper. Mais il passera volontiers la main : 

"Je suis vieux et ne sais pas comment vendre en ligne, mon fils s’en occupe."

Car au bout du compte, "la mairie du village nous aide à chercher de nouveaux clients et à transporter ces pêches dans d’autres provinces du pays", reconnaît l'agriculteur, qui exploite un demi-hectare et produit 15 tonnes de pêches par an. Car s'il n'arrive pas à vendre ses fruits, même s'il a "travaillé tout seul dans les champs", l'exploitant "perdra beaucoup"."Avant, je n'avais aucun souci", se souvient-il. M. Wei gagnait entre 2 500 et 3 700 euros par an.

La vente en ligne fait partie des dix nouveaux secteurs soutenus par le gouvernement chinois. Des formations sont organisées dans toutes les provinces pour développer l'activité commerciale sur internet en Chine et à l'étranger.

La liste des métiers concernés a été publiée sur le site du ministère des Ressources humaines, aux côtés de toutes les activités liées aux industries émergentes, comme le la diffusion en direct sur internet, la blockchain, l’éducation en ligne, l’impression en 3D ou la santé des seniors. Tous ces nouveaux métiers qui doivent "injecter une nouvelle vitalité dans l’économie nationale".

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.