Les affrontements dans la province séparatiste du Haut-Karabakh, entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie, ont fait plusieurs dizaines de morts depuis la semaine dernière. Ce conflit, patent depuis des décennies, avait trouvé ces dernières années un étonnant théâtre médiatique : le concours Eurovision de la chanson.

En 2016, un drapeau du Haut-Karabakh (en haut de l'image) s'est invité chez les concurrents de l'Eurovision
En 2016, un drapeau du Haut-Karabakh (en haut de l'image) s'est invité chez les concurrents de l'Eurovision © Capture d'écran

Le concours Eurovision de la chanson est connu pour, chaque année ou presque, être le théâtre d'affrontements géopolitiques et diplomatiques autant qu'il est un concours de chansons originales. Alors qu'en Azerbaïdjan, le territoire séparatiste du Haut-Karabakh, principalement peuplé d'Arméniens, est actuellement le théâtre de violents affrontements qui ont d'ores et déjà fait plus d'une centaine de morts, le célèbre spectacle télévisé annuel a mis le projecteur sur ce conflit qui dure depuis plusieurs décennies, à trois reprises en une dizaine d'années (l'Arménie ne participe que depuis 2006, l'Azerbaïdjan depuis 2008).

En 2009, une carte postale sème la discorde

La première occurrence de ce conflit dans le concours remonte à 2009, et c'est une image, presque subliminale, qui sème la discorde entre les deux pays : dans la "carte postale" de l'Arménie, courte séquence d'introduction du pays, on aperçoit un monument nommé "Nous sommes nos montagnes", représentant deux visages de paysans. Or ce monument est situé au Haut-Karabakh.

La carte postale, diffusée pendant la demi-finale de l'Eurovision, est modifiée en vue du soir de la finale. Mais au moment de l'annonce des points attribués par l'Arménie (la séquence des "twelve points"), la télévision arménienne a incrusté à nouveau derrière la présentatrice du pays l'image de ce monument... ainsi que sur le dos de son bloc-notes, faisant passer pendant une seconde cette image au premier plan. 

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Côté azéri, le pays a été accusé de truquer ses votes en ayant flouté le numéro servant à voter pour l'Arménie au moment de la diffusion. L'Arménie a même accusé l'Azerbaïdjan d'avoir convoqué pour des interrogatoires des citoyens ayant tout de même voté pour les candidats arméniens. L'Union européenne de radiodiffusion (UER), organisatrice du concours, a sanctionné la télévision publique azérie et intégré à son règlement l'obligation pour chaque pays de laisser totale liberté de vote aux téléspectateurs. 

L'année suivante, c'est au concours Eurovision Junior qu'une mini polémique fait parler du conflit entre les deux pays : l'Arménie gagne le concours et le jeune gagnant, Vladimir Arzumanyan, est originaire du Haut-Karabakh. La télévision arménienne accuse alors son homologue  d'avoir interrompu la diffusion du spectacle avant l'annonce de la victoire arménienne. Il s'avère en fait... que l'Azerbaïdjan n'a pas diffusé la version "junior" du concours, à laquelle elle ne participait pas. 

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En 2012, après la victoire de l'Azerbaïdjan au concours 2011, le concours est organisé dans la capitale Baku. Alors que le pays avait assoupli ses règles de visa pour permettre aux Arméniens d'entrer dans le pays et d'assister au spectacle, la mort, en février 2012, d'un soldat arménien à la frontière des deux pays, et une nouvelle hausse des tensions entre les deux pays, a poussé l'Arménie à se retirer du concours. 

En 2016, un drapeau persona non grata

Mais c'est en 2016 que la plus grosse polémique éclate entre les deux pays : quelques semaines avant le concours, en avril 2016, de nouveaux affrontements font plusieurs dizaines de morts. Le soir de la première demi-finale, la candidate arménienne, Iveta Mukuchyan, brandit un drapeau séparatiste du Haut-Karabakh pendant le récapitulatif des votes. "Comme tous les Arméniens, je ne veux que la paix à la frontière", dit-elle. 

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Cette fois, elle provoque non seulement la colère de l'Azerbaïdjan, mais aussi de l'UER : d'une part les messages politiques sont interdits dans les prestations des artistes (dans ce cas, on n'était pas précisément dans le cas d'une prestation), mais en plus, d'autre part, l'utilisation des drapeaux par les candidats est regardée de très près. Ironie du sort : cette année-là, les drapeaux régionaux des pays participants venaient d'être finalement autorisés dans le public de l'Eurovision... à quelques exceptions près, dont celui du Haut-Karabakh (mais aussi ceux du Kosovo, de la Crimée, de la Palestine et... du Pays Basque). Le pays passe à deux doigts de la disqualification. 

Enfin, dernière petite polémique : en 2019, la télévision azérie a engagé un recours contre l'UER, qui avait oublié la province convoitée sur la carte du pays.