Le documentaire "Hold-Up" toujours largement partagé, malgré une condamnation quasi unanime de la classe politique y compris du Rassemblement National. Marine Le Pen le dit, elle ne croit pas à la thèse du film. Mais elle prend quelques pincettes. Pas question de heurter trop violemment les Français qui y adhèreraient.

Ménager l'électorat anti-système, sans souscrire totalement aux théories complotistes, semble être la stratégie du RN
Ménager l'électorat anti-système, sans souscrire totalement aux théories complotistes, semble être la stratégie du RN © AFP / Hans Lucas / Rémi Decoster

Le Rassemblement national est sur une ligne de crête ces derniers jours. Si Marine Le Pen ne cautionne pas les théories du documentaire Hold-Up, en revanche, elle se prononce contre son interdiction. Chacun pouvant, selon elle, se faire son opinion.

Porte-parole du parti, Sébastien Chenu lui n'a pas regardé Hold-Up et n'adhère pas à sa thèse d'un complot de l'élite mondiale, responsable de l'épidémie du Covid. Mais, interrogé sur France Info, sur la perméabilité des électeurs du RN aux thèses complotistes (enquête IFOP pour la fondation Jean Jaurès et Conspiracy watch), il défend un droit au doute de la parole publique. "Les électeurs du Rassemblement National ne sont pas les plus perméables aux thèses complotistes. Ils sont les plus lucides, explique l'élu. Ils ont les yeux ouverts bien avant les autres. Remettre en cause parfois, et même parfois souvent, la parole publique des autorités publiques ou des médias traditionnels ne fait pas de vous un complotiste, mais quelqu'un d'éclairé."

Ne pas trop se normaliser, au risque de se banaliser

Ménager l'électorat anti-système, sans souscrire totalement aux théories complotistes, une stratégie vieille comme le Front national, explique Sylvain Crépon, sociologue spécialiste de l'extrême-droite. "Le RN, ex FN, est toujours sur cette même ligne. S'il se radicalise trop, il risque de se marginaliser. Mais s'il se normalise trop, il risque de se banaliser et de devenir une sorte de LR bis". Pour le spécialiste de l'extrême-droite "toute la subtilité de ce parti politique, c'est d'essayer de naviguer assez adroitement entre ces deux pôles assez contradictoires : montrer qu'on est en capacité de gérer, qu'on est un parti crédible, rationnel. Et puis par ailleurs, il y a la nécessité de se démarquer du reste de l'offre politique, et donc de jouer la radicalité."

Depuis ses débuts, le FN, puis le RN, joue sur ces deux tableaux.

Et peu de raison que cela change. Respectabilité, outrance... Deux pôles avec lesquels Marine Le Pen jongle selon le contexte et le temps politique. Plutôt discrète actuellement, laissant infuser les idées du RN à droite et au centre droit (comme le préconisait déjà François Duprat, théoricien du FN, dans les années 70), elle pourrait à l'approche de l'élection présidentielle durcir son discours. 

Et verser davantage dans la théorie consubstantielle à l'extrême-droite, celle d'une caste de nantis qui manipulerait le reste de la population à son avantage. 

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