Si le nombre de formations est passé de 53 000 en 2015 à 383 000 en 2018, encore très peu de salariés du privé et de demandeurs d'emploi ont utilisé leur compte personnel de formation, le fameux CPF. Et surtout, les formations suivies sont en grande majorité peu qualifiantes.

900.000 formations ont été suivies par les salariés du privé entre 2015 et 2019, dans le cadre de leur compte personnel de formation.
900.000 formations ont été suivies par les salariés du privé entre 2015 et 2019, dans le cadre de leur compte personnel de formation. © Getty / Halfpoint Images

Le compte personnel de formation est de plus en plus utilisé, mais la proportion reste encore très faible. C'est l'enseignement que l'on peut tirer des deux études dévoilées ce mercredi par la Dares, la Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques, et par la Caisse des Dépôts.

De plus en plus de formations suivies...

En 2018, 383 000 salariés du secteur privé ont eu recours à leur compte professionnel de formation, c'est 41% de plus que l'année précédente. Le nombre de formations a bondi depuis 2015. Même constat pour les demandeurs d'emploi : 149 000 formations de chômeurs en 2018 contre 113 000 en 2017.

Mais si l'augmentation est forte, le fameux CPF est toujours sous-utilisé. Seul 1,7% des salariés du privé et 2,1% des demandeurs d'emploi y ont eu recours en 2018.

L'utilisateur type, côté salariés du privé, est un cadre âgé de 25 à 44 ans, qui suit une formation en langues, souvent en anglais. Côté demandeurs d'emploi, la catégorie d'âge la plus représentée est la même. Mais les chômeurs suivent en majorité des formations en manutention, transports (certification pour la conduite d'engin de manutention) et des sessions de remises à niveau.

... Mais des formations peu qualifiantes

Les formations les plus suivies sont souvent courtes, peu qualifiantes et donc pas très chères. "À la fois parce que ce sont souvent des évaluations que les formés suivent, explique Selma Mahfouz, directrice de la Dares. Et on voit que pour les salariés du privé, parmi les raisons évoquées pour renoncer à des formations, c'est le manque de temps disponible." Que la formation soit suivie sur le temps privé ou le temps de travail, il est toujours compliqué de suivre une formation sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Autre problème pointé du doigt par les syndicats : l'argent. Avec 1 040 euros en moyenne sur son CPF, les formations les plus qualifiantes sont inaccessibles selon Richard Lalau, salarié de l'Afpa et secrétaire général adjoint du syndicat Sud-FPA : "Une formation qualifiante coûte en moyenne entre 10 000 et 15 000 euros. Résultat, pour pouvoir obtenir une formation qui mène à un titre professionnel, il faut pouvoir se faire cofinancer".

Mais, toujours d'après Richard Lalau, il y a un important manque d'informations et de clarté : "Soit les salariés ne savent pas qu'ils peuvent se faire cofinancer, notamment par leur entreprise, soit les démarches administratives sont telles que c'est impossible de trouver un financement dans des délais raisonnables, soit quasiment on se retrouve face à des refus".

La difficulté reste donc de faire correspondre besoin des entreprises et envie des salariés. En juin prochain, une nouvelle plate-forme réservée aux entreprises va voir le jour. Les sociétés pourront choisir les formations qu'elles souhaitent cofinancer. Et le salarié verra sur son propre compte personnel de formation si son entreprise est prête à mettre la main à la poche.

De l'argent dort sur nos DIF

Un élément va peut-être permettre de trouver de l'argent pour suivre une formation. De nombreux salariés ont en effet engrangé des heures via leur DIF, leur droit individuel à la formation, l'ancien CPF. Ces heures acquises sont encore saisissables jusqu’au 31 décembre 2020.  

Une fois déclarées, elles sont converties en euros pour être utilisées dans le cadre d’une formation financée par le CPF. En moyenne, selon la Caisse des Dépôts, un salarié aurait en moyenne 1 125 euros mobilisables via son DIF.

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