Kering a annoncé l'instauration d'un congé payé de 14 semaines pour tous ses salariés, qu'ils soient pères, ou "co-parents", lors de la naissance ou l'adoption d'un enfant. Un certain nombre de sociétés vont déjà au-delà des 11 jours de congé paternité prévus par la loi. Question d'égalité homme-femme... et d'image.

Pour les associations féministes, l'égalité entre les femmes et les hommes passe par un allongement de la durée du congé paternité.
Pour les associations féministes, l'égalité entre les femmes et les hommes passe par un allongement de la durée du congé paternité. © Maxppp / AltoPress

Voilà qui pourrait bien faire des envieux. À compter du 1er janvier 2020, les 35 000 salariés du groupe de luxe Kering auront droit à un congé de 14 semaines, rémunéré à 100%, lors de la naissance ou l'adoption d'un enfant. Cela concernera les pères, mais aussi les "co-parents", dans le cas de couples de même sexe.

Dans un communiqué publié mardi, le groupe de François-Henri Pinault (qui comprend les marques Gucci, Yves Saint Laurent, ou encore Balenciaga) se targue de mettre en place une "politique parentale pionnière" et insiste sur sa volonté de "favoriser un meilleur équilibre entre vies professionnelle et personnelle" et de "promouvoir l'égalité entre les salariés femmes et hommes, indépendamment de leur situation personnelle".

Entre les grosses entreprises privées, le jeu de la surenchère

Créé en 2002, le congé paternité est aujourd'hui fixé à 11 jours en France. C'est l'un des plus courts d'Europe. Depuis longtemps, les associations féministes plaident pour son allongement, arguant que la mesure permettrait des progrès significatifs en matière de répartition des tâches au sein du couple, mais aussi sur le plan de l'égalité professionnelle, la naissance d'un enfant étant trop souvent un frein dans la progression de carrière des femmes.

Faute d'avancée législative sur le sujet, de nombreuses entreprises privées prennent les devants, avec des annonces virant parfois à la surenchère. L'offre la plus généreuse est sans doute celle de Netflix, qui avait fait grand bruit en 2015, en annonçant des congés paternité et maternité "illimités", ceux-ci ne devant toutefois pas dépasser une année. De son côté la plateforme de streaming Spotify offre à ses salariés 24 semaines de congés payés, contre 17 semaines chez Facebook. Airbnb et l'assureur Aviva en proposent 10, Mastercard 8. Le plafond est fixé à 6 chez Microsoft, autant que chez L'Oréal. 

Argument mis en avant par Netflix : "L'expérience montre que les gens travaillent mieux lorsqu'ils ne s'inquiètent pas pour leur vie personnelle". La multinationale explique également vouloir que ses employés aient la "flexibilité et la confiance nécessaires pour assurer leur vie familiale sans s'inquiéter de leurs revenus". Même tonalité du côté d'Adobe : "Nous considérons que consacrer plus de temps à sa famille lors de moments importants comme la maternité ou la paternité représente un vrai bénéfice pour les salariés", explique Luc Dammann, vice-président pour l'Europe du Sud et de l'Ouest.

La plupart des firmes l'admettent, le geste n'est pas pour autant désintéressé. Dans le milieu très concurrentiel du numérique et de la tech, l'enjeu est d'attirer (et conserver) les talents. 

Commercial chez Patagonia, société californienne spécialisée dans les sports de montagne, Julien a eu droit à 12 semaines de congés payés  à la naissance de sa fille, en 2017. "Par rapport à mon premier enfant, pour lequel je n'avais eu que 11 jours, ça a fait une vraie différence", confie-t-il au micro de France Inter. "J'étais beaucoup plus présent, sur de longues semaines. On a pu partir en voyage, passer du temps en famille... Il faut encourager les pères à prendre ce temps, à passer plus de temps avec les enfants... au même titre que les femmes ont le droit de s'épanouir professionnellement !"

Car même s'ils en ont le droit, tous les pères ne profitent pas du congé paternité. Chez Aviva, pour environ 90 naissances en deux ans, seuls 55 salariés ont utilisé les 10 semaines de congés payés qui leur étaient proposées, rapporte Europe 1. De la théorie à la pratique, il reste une marche que certains ne sont pas encore prêts à gravir.

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