Le nombre de patients touchés par le coronavirus diminue depuis deux semaines dans les hôpitaux mais leur prise en charge n'est pas terminée. Reportage à la clinique de Montévrain (Seine-et-Marne), qui a ouvert début avril une unité Covid-19, pour prendre en charge ces patients après leur hospitalisation.

L'unité Covid-19 d'une clinique de Soins de suite et de réadaptation (SSR) à Montévrain, en Seine-et-Marne
L'unité Covid-19 d'une clinique de Soins de suite et de réadaptation (SSR) à Montévrain, en Seine-et-Marne © Radio France / Rémi Brancato

Depuis deux semaines maintenant, le nombre de patients hospitalisés et en réanimation en raison du Covid-19 baisse, en France, comme l'a annoncé ce mercredi Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé. Cette pression, encore forte, se répercute déjà sur les établissements de soins de suite et de réadaptation (SSR), qui prennent en charge les patients nécessitant un suivi après une hospitalisation.

C'est dans ce type d'établissement que Gisèle Michel, 90 ans, a été accueillie, après 15 jours d'hospitalisation à Meaux. "J'étais courbaturée et très fatiguée. À un moment, j'ai dit aux soignants que je voulais m'en aller, mais je m'en suis sortie", sourit la nonagénaire assise devant la télévision pour une dernière soirée dans sa chambre de la clinique privée de SSR de Montévrain, en Seine-et-Marne. "J'ai eu affaire à une kiné et ils m'ont appris à marcher car je ne marchais plus" , explique-t-elle, avant de quitter l'établissement ce jeudi.

L'unité Covid-19 n'est accessible qu'aux soignantes qui y interviennent
L'unité Covid-19 n'est accessible qu'aux soignantes qui y interviennent © Radio France / Rémi Brancato

"Ils ont des difficultés à remarcher car ils ont été alités pendant longtemps, il y a des pertes musculaires" détaille sa kinésithérapeute, Marie. Habituée à prendre en charge des patients aux symptômes neurologiques, spécialité de la clinique de Montévrain, du groupe Ramsay, elle doit depuis début avril s'adapter au profil de ces malades du coronavirus qui arrivent sous oxygène. "La saturation en oxygène baisse assez rapidement, quand ils se mettent debout, ils ont la tête qui tourne assez facilement", explique-t-elle.

Des patients sortis de réanimation bientôt accueillis

Depuis le 1er avril, la clinique a ouvert une unité dédiée aux patients atteints par le Covid 19 qui arrivent après leur hospitalisation dans les établissements du secteur. Pour l'instant, seuls des malades passés par des unités de soins continus ou des unités de soins intensifs ont été admis. En moyenne, ils restent en SSR une dizaine de jours. Un premier patient sorti de réanimation doit arriver ce jeudi. 

Ces patients, intubés, nécessiteront sans doute d'autres types de soins, pour rééduquer la parole, notamment. "Si on a un patient précis qui a besoin d’orthophonie, on mettra en place les protections pour que l’orthophoniste puisse intervenir dans l'unité", explique Sabrina Stefanizzi, neurologue, médecin coordinateur de la clinique.

27 patients accueillis depuis le 1er avril

"Tous les jours, on voit des demandes pour accueillir des nouveaux patients qui sortent de réanimation, on est le dernier maillon", constate Marine Lamotte, aide soignante volontaire pour intégrer ce tout nouveau service de la clinique, qui compte 15 lits et a déjà accueilli en tout 27 patients. "Les gens qui ont été en réa, endormis, pendant deux à trois semaines, leur corps 'oublie' donc il faut leur réapprendre tous les gestes simples de la vie quotidienne", explique-t-elle.

Les soignantes se sont adaptées aux équipements de protection
Les soignantes se sont adaptées aux équipements de protection © Radio France / Rémi Brancato

Ce qui change? "Beaucoup plus de surveillance des constantes : fréquence respiratoire et température" répond Julie Boutin, sa collègue infirmière. "Quand les patients arrivent chez nous ils sont très fatigués". Mais "le plus compliqué c'est l'hygiène et les équipements de protection". Le service est totalement séparé du reste de la clinique, et les soignantes qui y interviennent se changent totalement avant d'y entrer et revêtent une tenue spécifique, une combinaison, une surblouse, un masque, une charlotte et des surlunettes pour entrer dans les chambres des patients. Avec ces précautions, la clinique n'a connu aucun cas de contamination interne depuis le début de l'épidémie.

La demande augmente, le service pourrait s’agrandir

Cette organisation pourrait perdurer. "J'ai la sensation que cela va durer longtemps" confie Karine Gasnier, médecin spécialiste en médecine de réadaptation, en charge du service Covid. "Même si l'épidémie va baisser, ce sera compliqué de mettre des patients Covid dans un service SSR classique, où les patients sont fragiles" explique-t-elle.

Christelle Le Cam, directrice des soins, et Sabrina Stefanizzi, médecin coordinateur
Christelle Le Cam, directrice des soins, et Sabrina Stefanizzi, médecin coordinateur © Radio France / Rémi Brancato

"On sera encore un moment dans cette unité puisqu'on arrive après les hôpitaux, on est vraiment la fin de la chaîne", abonde Julie Boutin. Et alors que la pression sur l'hospitalier semble, très doucement, diminuer, elle monte pour la clinique de Montévrain, avec des demandes d'admission qui devraient se poursuivre dans les semaines qui viennent. Pour l'instant l'établissement accueille un à deux patients par jour, pour autant de sortie, plus d'une dizaine depuis le début du mois. "Est-ce qu'il faudra agrandir notre unité ?" se demande Christelle Le Cam, la directrice des soins. "On ne sait pas encore mais en tout cas, on s'y prépare."

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