Des dentistes ont lancé sur les réseaux sociaux l'opération #Dentisteàpoil afin de dénoncer l'absence de masques et de gants mis à leur disposition, alors que leurs cabinets se préparent à rouvrir.

Déjà 75 photos dénudées circulent sur les réseaux sociaux
Déjà 75 photos dénudées circulent sur les réseaux sociaux © DR

Déjà 75 photos dénudées circulent sur les réseaux sociaux. Une vidéo #Dentisteapoil sera mise en ligne ce lundi soir sur Youtube. Quand les dentistes se décident à poser dans le plus simple appareil, c'est qu'il y a urgence. Car à l'approche du déconfinement, les dentistes - qui ont été contraints de suspendre leur activité en mars - n'ont plus de masques ni de gants en stock. Et pour cause : ils ont cédé leurs kits de protection aux soignants des hôpitaux, des maisons de retraites et des autres structures d'urgence.

Exprimer leur désarroi

Le ministre de la Santé Olivier Véran leur a promis 150 000 masques. On est loin du compte, répondent les 42 000 chirurgiens dentistes de France. Face à leurs messages d'alarme restés lettre morte, ils ont donc décidé de lancer une opération coup de poing, baptisée #dentisteapoil. Une série de photographies sans vêtements pour exprimer leur désarroi face à la réouverture programmée de leurs cabinets. Car ils le martèlent : impossible d'accueillir leurs patients dans ces conditions. 

Dentiste à Paris, Julie Zerbib lance, acerbe : "150 000 masques, ça fait quatre masques par praticien ! Aujourd’hui, on est à poil pour soigner !". Avec cette problématique de taille : les masques qu'ils utilisaient avant, dits "chirurgicaux", ne sont plus adaptés. "Lorsqu’on soigne un patient, nous sommes à 30 ou 40 cm de lui, en vaporisant des micro-gouttelettes qui contiennent des virus et des bactéries projetés jusqu’à 2 mètres autour de nous", insiste le docteur Thierry Desaule, qui exerce à La Clusaz (Haute-Savoie).

L'inflation des prix du matériel de protection

Il réclame donc des masques FFP2. Du matériel réquisitionné en priorité par l'État à peine sorti des usines des quatre fabricants que compte la France. Sans compter la flambée des prix : entre 2,50 euros et 4 euros l'unité. Hervé Berdah, installé à Massy (Essonne), déplore des excès dans la chaine de distribution. "Quand je regarde leurs catalogues de l’an dernier, je m’aperçois que la boite de sur-blouses est passée de 38 euros à 160 euros ! Dans toutes les périodes de crise, il y a un marché noir qui s’installe et ça on va dire que ça, c'est le marché noir 2.0."

Dans l’espoir d’obtenir de l’aide et la considération de l’État, Maud Braun-Reys a pris elle aussi la décision de se mettre à nu dans son cabinet à Obernai, près de Strasbourg. La jeune femme, qui a pris la succession de son père, aujourd’hui âgé de 72 ans, s’est donc résolue à fendre l’armure. "C'est mon papa, avec qui j'exerce depuis 11 ans, qui a pris la photo et il souhaite également participer à cette action ! Je le prendrai à mon tour en photo demain". 

"Les rôles sont inversés", poursuit Maud Braun-Reys. "C’est une drôle de sensation. D’habitude nous sommes en position de force face à des malades vulnérables. En nous déshabillant, nous nous retrouvons dans une situation de totale vulnérabilité. On n’est plus le soignant… on passe de l’autre côté."

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