Alors que la France se prépare à la deuxième phase du déconfinement, les familles endeuillées tentent de remonter la pente. Certaines dénoncent un manque d'accompagnement de la part des pouvoirs publics et espèrent une reconnaissance officielle pour les victimes du nouveau coronavirus.

Berto Taieb (au centre) et sa famille dont sa fille Vanessa (à gauche)
Berto Taieb (au centre) et sa famille dont sa fille Vanessa (à gauche) © DR

C'était un homme sportif, en pleine santé. Berto Taieb, 70 ans, habitant des Hauts-de-Seine, a été foudroyé le 6 mars dernier par le Covid-19. Une semaine auparavant, il avait développé une simple fièvre. Son médecin diagnostique une grippe. La fièvre monte, mais le septuagénaire ne présente aucun autre symptôme. Le SAMU le renvoie vers son généraliste qui n'a pas accès aux protocoles de test. Le lendemain, réveillé à 4h du matin par de violentes quintes de toux, Berto meurt brutalement dans son lit. Sur place une heure plus tard, le SAMU ne parvient pas à le réanimer. 

Près de trois mois plus tard, sa fille Vanessa, installée à Nice, dénonce les "ratés" de la prise en charge médicale, mais aussi le manque d'accompagnement de l'entourage des victimes. 

FRANCE INTER : Comment avez-vous vécu cette période douloureuse ?

VANESSA DITTA : "On se sent totalement livrés à nous-mêmes. Après la mort de notre père, nous sommes restés confinés à sept dans l'appartement familial. Au départ, personne n'a été testé, il s'est avéré plus tard que ma mère était également positive au Covid-19. Personne ne nous a accompagné dans les démarches administratives, personne ne savait nous dire si nous devions enterrer notre père à huis-clos. C'est finalement ce qui s'est passé, le 17 mars, premier jour du confinement. Depuis, je suis comme en apnée, j'ai le sentiment de ne pas avoir entamé mon deuil". 

Avez-vous reçu une aide psychologique ? 

"Personne ne nous a appelé. Pour ma part, j'ai contacté un psychiatre et la mairie de Nice afin de consulter un psychologue. Mais les consultations téléphoniques ont leurs limites. Et j'ai effectué ces démarches moi-même. Ma mère, elle, n'a pas trouvé l'énergie de rechercher un professionnel. J'aurais aimé que des cellules de soutien psychologiques soient mises en place pour les familles de victimes, comme cela a été le cas après les attentats de Nice et de Paris. Tout le monde n'a pas les moyens financiers suffisants pour payer un psychologue. J'ai créé un groupe Facebook sur lequel nous échangeons entre familles, en visioconférence. Mais je ne suis pas une professionnelle et cela nous tire parfois vers le bas."

Qu'attendez-vous désormais des pouvoirs publics ?

"Une reconnaissance nationale pour les victimes du coronavirus. Comme l'a dit le chef de l'État, "nous sommes en guerre" et ce sont des victimes de guerre. C'est un drame national et mondial. Cela pourrait passer par une journée de deuil national, un mémorial, des monuments aux morts... J'espère qu'Emmanuel Macron nous entendra. Cela ne fera pas revenir nos morts, mais nous pourrons parler de ces personnes qui sont parties et qui jusqu'à présent, restent dans l'ombre." 

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