C'est le débat que la France ne pourra éviter, celui qui touche à ses relations avec la Chine depuis des décennies. La politique qui consistait à donner notre technologie en échange de contrats semble ne plus être acceptable. Pékin qui ne respecterait pas les accords de partenariats signés.

En 2017, le laboratoire P4 de Wuhan, bâti en partenariat avec l'Institut Mérieux, était inauguré en présence du Premier ministre français Bernard Cazeneuve.
En 2017, le laboratoire P4 de Wuhan, bâti en partenariat avec l'Institut Mérieux, était inauguré en présence du Premier ministre français Bernard Cazeneuve. © AFP / Johannes Eisele

À chaque fois, c’est le même procédé. La France signe un accord de partenariat avec la Chine en échange de la signature de gros contrats. Dans les faits, cela aboutit à un échange de savoirs contre des emplois et des gros chèques. Pourtant, avec le temps, il apparaît que les promesses chinoises ne sont pas tenues.

Dernier exemple en date, la construction du fameux laboratoire P4 de Wuhan, suspecté par certains d'être à l'origine de la pandémie mondiale du coronavirus. À l'origine, notre pays devait superviser son implantation et son développement. Or, assez rapidement, les ponts ont été coupés entre le laboratoire chinois et celui de Lyon, qui devait servir de modèle. Pour la députée Josiane Corneloup, il est temps d'ouvrir les yeux. 

Je crois que nous devons admettre que la stratégie de la Chine est de vouloir dominer. Elle n'est pas du tout dans le partage et l'échange. C'est malheureusement un pays qui ne vole au secours des autres que lorsqu'il a un intérêt particulier, et cela pose quand même question.

"Dans le cas du laboratoire P4 de Wuhan, poursuit l'élue Les Républicains, la collaboration entre nos deux pays n'a pas fonctionné. Nous avons été nous-mêmes un peu laxistes quant au contrôle que nous aurions dû opérer. Mais le constat est là : la Chine a travaillé seule sans nous faire profiter de ses avancées sur le Covid 19."

Même cause, mêmes effets, mais cette fois en matière de transplantation d’organes. Cela fait des années que l’ONG Dafoh (Doctors Against Forced Organ Harvesting)tente en vain d’alerter sur l’horreur vécue par les 70 millions de disciples du Falun Gong. L'organisation de médecins qui luttent  contre le prélèvement forcé d'organes affirme que les pratiquants de cette sorte de yoga chinois sont oppressés et opprimés en Chine depuis 1999. Une oppression qui passe par la déportation et la mort, les corps servant ensuite à alimenter les banques chinoises de dons d'organes.

Or, comme l'explique le docteur Arnold King, président de Dafoh France, c'est la France qui a formé, il y plus de vingt ans, les médecins chinois à la transplantation. Le régiment communiste a ensuite détourné le savoir acquis à des fins politiques. 

Plusieurs chirurgiens français sont allés en Chine dans les années 2000 pour enseigner la chirurgie et les méthodes les plus avancées de transplantation. Le problème, c'est que l'on n'avait pas compris qu'ils allaient utiliser ce savoir pour tuer des prisonniers de conscience innocents et pour alimenter leur énorme industrie de transplantation, qui vaut maintenant plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Intervention du docteur Alexis Génin, membre de Dafoh, lors d'un colloque en 2018.

Cette méthode s’est répétée dans tous les domaines, de la santé à aviation, en passant par le nucléaire.

Le scandale des masques

On peut mentionner aussi une pratique très discutable, révélée il y a quelques semaines seulement dans la gestion des masques chirurgicaux. Pour Géraldine Monti, infirmière et membre de l'association Dafoh, les Chinois aurait organisé la pénurie de ces accessoires de protection au tout début de l'épidémie pour mieux en vendre une fois la pandémie devenue mondiale.

"La Chine a demandé de l’aide à la communauté internationale pour avoir des masques et des EPI [équipements de protection individuelle, ndlr], évoquant une "nouvelle menace non dévoilée". Plusieurs pays ont envoyé gracieusement à la Chine plus de 2 milliards de masques et quelque 25 millions de vêtements de protection", rappelle-t-elle.

"Ce matériel a été stocké en Chine alors que l’épidémie évoluait. Lorsque la pandémie s’est déclarée, tous les pays qui avaient fait don de matériel à la Chine se sont tournés vers elle pour en obtenir, mais [Pékin] a retenu le matériel et en a minimisé l’intérêt."

Entre le 1er mars et le 4 avril, la Chine a exporté plus de 3,86 milliards de masques, 2,8 millions de kits de test Covid-19 et plus de 2,4 millions de thermomètres infrarouges, dont une grande partie a été vendue plutôt que donnée.

Des millions de trolls à l’affût 

Adepte du pillage du savoir, du détournement d'outils, peu respectueuse des règles et de l'éthique, la Chine n'en demeure pas moins susceptible. La dictature chinoise contre-attaque dès qu'elle se sent en danger. Les récentes prises de positions de son ambassadeur en France en témoignent. Dans un message diffusé dernièrement sur son site internet, l'ambassade de Chine accusait ainsi la France d'avoir laissé mourir ses personnes âgées dans les Ehpad, les résidences médicalisées dédiées aux personnes âgées en situation de dépendance.

Une stratégie offensive de propagande qui serait aussi relayée depuis la Chine grâce à une véritable armée de "trolls" – des activistes sur les réseaux sociaux – prête à bondir au moindre propos déplaisant. Pour le sociologue italien Massimo Introvigne, fondateur du Centre pour l'étude des nouvelles religions (CESNUR), la dictature communiste chinoise a mis en place un véritable réseau de propagande.

Il faut savoir que chaque université en Chine doit mobiliser un certain nombre d'étudiants pour qu'ils servent de volontaires. On leur donne la possibilité d'accéder à des réseaux sociaux qui sont normalement interdits aux citoyens chinois comme Facebook. Et ces étudiants ont pour mission de répandre la propagande chinoise sur le net. Ils seraient ainsi 10 millions de "trolls" chinois à travailler sur le net pour diffuser la pensée du régime.  

Il faut ouvrir les yeux

La crise du Covid-19 aura eu un mérite, celui de montrer au reste du monde le vrai visage de la Chine. Christian Harbulot est le directeur de l'École de guerre économique à Paris. Son constat est lucide. Pour lui, on a oublié que la Chine est un pays communiste dont le seul but serait de renverser le système capitaliste pour le remplacer par le sien. "Il est évident que le monde occidental a commis une grande erreur. Les milieux d'affaires et les milieux financiers ont pensé que, avec la chute du mur [de Berlin, ndlr], il serait facile de traiter avec la Chine."

Désormais, fermer les yeux sur le fait que ce pays est différent des autres n'est plus possible, car il a comme objectif stratégique la transformation du monde à son image.

"Je ne suis pas certain que les peuples, que ce soit en France ou ailleurs, aient envie de vivre comme le font aujourd'hui les Chinois, c'est-à-dire dans un système de dictature particulièrement strict, sans aucune liberté d'expression".

Pour Christian Harbulot, la question est cruciale et devrait être au cœur de la prochaine campagne présidentielle, en 2022.

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