Beaucoup d’incertitudes demeurent sur le nombre de morts liés à la pandémie à travers le monde. Dans un grand nombre de pays, les chiffres confirment une hausse très importante des décès – toutes causes confondues – au moment où le virus a touché massivement la population. Mais un décompte exact reste impossible.

EuroMomo recense les données relatives à la mortalité dans ses pays partenaires pour identifier les écarts les plus sensibles et proposer des méthodes de comparaisons internationales.
EuroMomo recense les données relatives à la mortalité dans ses pays partenaires pour identifier les écarts les plus sensibles et proposer des méthodes de comparaisons internationales. © EuroMomo

Pour alimenter un bilan chiffré du nombre de victimes du coronavirus dans le monde, il y a ce que l’on sait, et les conclusions qui peuvent – ou non – en être tirées. 

Dans la première catégorie, figurent les données fournies par les instituts officiels de statistique, dans les pays où ils existent et là où ils sont crédibles. Parmi les comparaisons esquissées, celle publiée le 6 mai par le New York Times donne une idée générale de l’impact de la pandémie, mais les exemples ne portent que sur quinze pays dans le monde et sur des périodes parfois différentes.

À l’échelle planétaire, le quotidien américain avance à cette date le nombre de 255 000 morts attribués officiellement au coronavirus. Le journal insiste sur le fait que ces données sont probablement très en deçà de la réalité, la plupart des États ne comptabilisant que les morts enregistrés à l’hôpital.

La surmortalité, un indicateur 

La surmortalité mondiale liée au virus fait partie des certitudes, de même que les situations inégales entre les pays, même lorsque leur niveau de développement est à peu près comparable. Par exemple et selon les statistiques officielles, de début février à la mi-avril, la surmortalité liée au virus pour 100 000 habitants a officiellement été beaucoup plus élevée en Grande-Bretagne qu’aux États-Unis. Fin mars, elle était double.

La France et l’Espagne se situent entre ces deux exemples éloignés, confirmant que tous les pays ne sont pas égaux face à la pandémie. Les données recensées par EuroMomo (European Monitoring of Excess Mortality for Public Health Action) montrent ainsi que, entre le 13 et le 19 avril 2020, la surmortalité a beaucoup plus touché l’Espagne, le Royaume-Uni, la Belgique, la France et l’Italie que le Portugal, tandis que le Danemark ou l’Autriche ne connaissaient quasiment pas de hausse du taux de mortalité.

L'inégale fiabilité des données 

Ces données – en Europe et dans le reste du monde – dressent néanmoins un tableau très imparfait de la réalité, pour deux raisons principales. La première est liée à des modes de recensement différents entre les pays – comptabilisation ou non des maisons de retraite – et parfois à l’intérieur d’un même pays, ce qui fausse évidemment les résultats. Depuis les premières semaines de la pandémie, l’État de New-York prend en compte les morts du coronavirus dans les résidences pour personnes âgées, mais pas la Californie qui ne comptabilise que les décès à l’hôpital. En Allemagne certains Länder font des prélèvements pour confirmer l’origine de la mort, d’autres amalgament différentes causes de décès sans tenir compte de maladies préexistantes.

L’autre motif d’incertitude repose sur la fiabilité des données communiquées par certains États. Ainsi, les chiffres fournis par la Chine, l’Iran ou la Hongrie interrogent. Le rideau de fumée qui masque la situation réelle dans certains pays interdit parfois toute évaluation pertinente, y compris entre deux pays voisins.

Officiellement, la Corée du Nord n’a observé aucun cas de coronavirus, ce qui ne signifie naturellement pas que sa gestion de la crise a été plus performante que chez sa voisine du sud. Des spécialistes du régime nord-coréen parlent de centaines de cas d’infection et peut-être de nombreux morts. Mais le verrouillage du territoire qui a été renforcé, même pour les touristes chinois depuis le 22 janvier, rend illusoire toute vérification. Dans ces conditions, évaluer deux pays, même limitrophes, n’aurait aucun sens.

Autant de situations différentes qui brouillent les comparaisons et rendent parfois illisible l’écart entre les pays durement touchés et ceux où la mortalité paraît moins élevée. Sur le plan mondial, il faudra aussi plusieurs mois pour connaître plus précisément le nombre précis de victimes du coronavirus. Un calcul relatif, sachant que beaucoup de personnes âgées, les plus touchées, ont succombé à des causes multiples qui ne seront jamais élucidées.

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