Le Conseil d’Etat examine ce vendredi après-midi un recours porté par le président de l’association Coronavictimes. Michel Parigot s’inquiète d’une possible rupture d’égalité dans l’accès à l’hôpital et aux soins palliatifs, notamment pour les résidents des Ehpad. Au moins 3 200 d’entre eux sont morts du Covid-19.

Tous les malades, surtout dans les Ehpad, ont-ils la même chance face au Covid et à la réanimation ?
Tous les malades, surtout dans les Ehpad, ont-ils la même chance face au Covid et à la réanimation ? © AFP / Pau BARRENA

Michel Parigot est chercheur en mathématiques au CNRS, et surtout, engagé depuis 25 ans auprès des victimes de l’amiante, président du Comité anti-amiante de Jussieu. Il l’assure : dès le 6 mars, il s’est confiné chez lui et a enjoint ses proches à faire de même. Depuis le début de l’épidémie, il fustige la désorganisation de l’État et s’alarme de voir les personnes âgées laissées sur le côté.

Il en est persuadé : dans les régions les plus en tension, le Grand Est, l’Île-de-France, face à la saturation des hôpitaux, certaines personnes âgées qui aurait été hospitalisées en temps normal ne l’ont pas été et ont été laissées chez elles ou en Ehpad. La même logique de tri, ensuite, s'appliquerait pour l’entrée en réanimation. 

Décider d’admettre ou pas un patient en réanimation, au vu de son état général, de son âge, de ses antécédents médicaux, fait partie du quotidien des médecins réanimateurs. Car tout le monde n'est pas en état physique de supporter ces soins très lourds. Mais Michel Parigot craint que cette fois, le tri se fasse entre des personnes qui toutes auraient pu survivre. "On va avoir, disons, deux personnes qui auront encore une espérance de vie raisonnable, qui, si elles étaient traitées, pourraient survive. Et puis il y en a un qu’on va prendre, et l’autre qu’on ne va pas prendre, parce qu’on n’a pas assez de place. Et ça, ça n’est prévu dans aucun protocole. On est sur des choix de société."

Plus de 7 000 patients sont actuellement en réanimation 

De nouveaux lits ont été ouverts, des malades transférés du Grand Est et d’Île-de-France vers d’autres régions moins touchées. Des médecins du Grand Est ont témoigné, anonymement, que ce type de dilemme s’était présenté. En Île-de-France, le professeur Jean-Michel Constantin, anesthésiste-réanimateur et chef de service à la Pitié-Salpêtrière, affirmait le 30 mars dernier dans une interview à France Bleu qu’aucun médecin de l’APHP n’avait eu à faire ce "choix cornélien".  

Ce que réclame Michel Parigot, qui a fondé une nouvelle association, Coronavictimes, c’est qu’on ne laisse pas tout reposer sur les épaules des médecins. "Il est anormal que le gouvernement se défausse uniquement sur le personnel soignant, qui en bout de chaîne, se retrouve à prendre des décisions difficiles, qui ne seront pas forcément acceptées par les familles. Il faut que ce soit organisé, il faut des protocoles et de la transparence."

Dans sa requête, Michel Parigot demande aussi une égalité d’accès aux soins palliatifs. Pour que personne ne meure seul, en Ehpad ou chez soi, sans accompagnement. Car c'est là que certaines personnes âgées qui n'ont pas été admises à l'hôpital vont mourir, sans pouvoir forcément être placées en sédation profonde. En Ehpad, les produits manquent, ainsi que le personnel qualifié pour faire des injections, notamment la nuit ; un appel à volontaires a d'ailleurs été lancé par l''ARS Île-de-France. 

"Pour les gens qui ne sont pas à l'hôpital, il faut organiser les soins palliatifs, et ce n'est pas le cas à l'heure actuelle" explique Michel Parigot. "Ce qu'on demande, c'est que ce soit organisé, pour que toute personne puisse avoir une mort digne et sans souffrance". 

Il avait aussi une troisième demande : que les résidents des Ehpad malades soient systématiquement dépistés. Le gouvernement y a déjà répondu, en annonçant lundi une opération de dépistage massif des personnels et résidents.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.