Les tests salivaires peinent à se mettre en place. Une dizaine d'écoles ont commencé la semaine dernière dans la zone A. Alors que la zone C reprend les cours à son tour, la mesure se déploie lentement.

Des tests salivaires de détection du Covid-19 ont été déployés dans quelques écoles maternelles et primaires de la zone A
Des tests salivaires de détection du Covid-19 ont été déployés dans quelques écoles maternelles et primaires de la zone A © Maxppp / Yves SALVAT

Le ministre de l'Éducation nationale avait promis 50 000 à 80 000 tests salivaires pour la semaine dernière et prévu 200 000 tests par semaine à terme dans les écoles. Jeudi dernier, lors de sa conférence de presse, le Premier ministre Jean Castex a renchéri, annonçant 300 000 tests par semaine pour les enfants. Mais pour l'instant, ces chiffres sont bien loin de la réalité. 

Inutile de chercher une école de la zone C qui ferait passer ces fameux tests salivaires dès ce lundi. Même dans la zone A où les cours ont repris la semaine dernière, le dépistage a été très limité. Une seule école dans le département de la Vienne par exemple, comme le dit Gilles Tabourdeau, le représentant local du syndicat enseignant Snuipp-FSU, qui réclame ces tests salivaires depuis plusieurs semaines. "On sait très bien que c'est en dépistant et en identifiant les foyers qui véhiculent le virus qu'on arrivera à diminuer l'impact sur l'épidémie. Malheureusement, on est face à un effet d'annonce, à un ministre qui déclare ça dans la presse sans avoir étudié la faisabilité opérationnelle sur le territoire", dénonce le syndicaliste. "On ne sait pas qui va prendre en charge les prélèvements. Plein d'aspects sont encore flous"

"Mensonger vis-à-vis du grand public"

Ce professeur des écoles estime qu'une campagne de dépistage est nécessaire mais qu'"il faut y mettre les moyens, recruter le personnel qui permette de faire un testing massif et régulier dans les écoles. Ne pas se contenter de faire passer ces tests dans un seul établissement, en disant que cela donnera la température de la propagation du virus dans tout le département. Ce ne serait pas cohérent et même plutôt mensonger vis-à-vis du grand public, des familles et des acteurs de l'école que sont les enseignants, les ATSEM, les AESH, etc.", insiste Gilles Tabourdeau.

L'organisation est en effet encore très nébuleuse. Le ministère de l'Éducation nationale se défend en expliquant que la logistique est plus lourde que pour les tests antigéniques, dont le résultat était obtenu, rapidement, sur place, dans les établissements scolaires. Pour les tests salivaires, les prélèvements doivent être récupérés par les laboratoires et analysés sous 24h. 

Manque de personnels

Les consignes ne sont pas les mêmes selon les rectorats, concernant l'organisation. Certains veulent s'appuyer sur les personnels de l'Éducation nationale, d'autres feront appel à des membres extérieurs pour effectuer les tests. Les infirmières de l'Éducation nationale estiment qu'on ne peut pas compter sur elles : elles sont trop peu nombreuses. "Nous n'avons pas d'information claire du ministère sur la place qui est réservée aux infirmières dans ce dispositif de test", s'agace Saphia Guéreschi, secrétaire générale du syndicat SNICS-FSU. "Nous ne sommes que 7 400 infirmières pour couvrir 62 000 établissements scolaires de l'enseignement public. Ces chiffres de 300 000 tests par semaine sont ahurissants. Le dispositif ne peut pas reposer sur les épaules des infirmières. On appelle à ce que cette mesure soit assumée par d'autres partenaires, grâce au renfort de contractuels ou des laboratoires conventionnés. Pourquoi ne mettraient-ils pas de personnels à disposition ?", interroge-t-elle.

"Sécurité par rapport au virus"

Dans certains départements, les rectorats sollicitent des enseignants volontaires pour effectuer eux-mêmes ces prélèvements de salive sur leurs élèves. Gilles Tabourdeau, du Snuipp 86, confie : "C'est l'une de nos inquiétudes. Si un enseignant devait faire passer ces tests, sur quel temps le ferait-il ? Sur du temps d'enseignement ? Quand on doit faire passer une école entière, c'est très long". Il ajoute, plus préoccupé encore : "Et qui assure sa sécurité par rapport au virus ? Quand on voit l'équipement, les blouses, les gants, les charlottes des soignants qui font passer les tests avec le prélèvement dans le nez, s'il s'agit de faire cracher un enfant dans un pot, cela pose la question de la protection de la personne qui va recueillir la salive. Les enseignants auront-ils bien toutes les protections ?"