On le sait, les virus mutent sans arrêt, mais les récentes mutations observées en Grande-Bretagne et en Afrique du Sud ont suscité des réactions plus inquiètes. Sont-elles justifiées alors que le premier cas de contamination au variant anglais a été détecté en France ? Éléments de réponse avec la virologue Anne Goffard

Dans les rues de Dublin, le 20 décembre, après l'annonce de la découverte d'un variant du Covid au Royaume-Uni
Dans les rues de Dublin, le 20 décembre, après l'annonce de la découverte d'un variant du Covid au Royaume-Uni © AFP / Artur Widak / NurPhoto

La nouvelle variante du coronavirus identifiée il y a une semaine en Grande-Bretagne "semble, et j'insiste sur le mot semble, plus contagieuse pour les jeunes et les enfants", a déclaré David Nabarro sur la chaîne d'information en continu SkyNews. Si cet expert de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) prend soin de souligner le caractère encore très incertain de ce qu'il évoque, ses propos interrogent et s'ajoutent aux déclarations souvent contradictoires entendues ces derniers jours sur les nouveaux variants du SARS-Cov2 identifiés.

Le variant britannique circule déjà ailleurs qu'en Grande-Bretagne. Il a été détecté cette semaine en Suisse, en Italie, en Allemagne à proximité de la frontière avec l'Alsace, en Espagne ce samedi. En France, le ministère de la Santé a confirmé vendredi soir qu'une première détection d’un cas de contamination au variant britannique a eu lieu en France, à Tours, chez un Français arrivé de Londres le 19 décembre.   

Est-il vraiment plus contagieux (le variant pourrait être "50 à 74% plus transmissible que les souches jusqu'ici en circulation", a indiqué Nick Davies, de la London School of Hygiene and Tropical Medicine), voire plus virulent ? Quant au variant sud-africain, qui semble avoir un profil proche du britannique, serait-il encore plus inquiétant ?

À dire vrai, personne n'est encore capable d'affirmer quoi que ce soit pour l'instant. Des recherches sont en cours et les scientifiques demeurent très prudents. Les mutations observées posent en tout cas plusieurs questions. Rendent-elles le virus plus transmissible ? Plus susceptible de provoquer des formes graves ? Risquent-elles d'avoir un impact sur l'efficacité de la campagne vaccinale ? Enfin, les tests PCR risquent-ils de passer à côté de malades atteints de ces mutations parce qu'ils ne reconnaitraient plus le virus muté ?

Un virus davantage transmissible ?

Des mutations, on le sait, il y en a systématiquement quand un virus circule. "On en a identifié dès le mois de mars dernier, et on compte aujourd'hui une vingtaine  de variants par rapport au virus identifié à Wuhan en janvier dernier", précise la virologue Anne Goffard. "Et ce variant britannique, même s'il présente une dizaine de mutations sur la protéine Spike du virus, ne constitue pas un changement radical du virus. Il comporte certes une mutation, la N501Y, qui lui permettrait, semble-t-il, de mieux s'accrocher aux cellules humaines. C'est pour ça qu'on imagine qu'il pourrait être davantage transmissible." Mais à ce stade, pas de certitude. Il faut se donner le temps de mener des expériences en laboratoire.

Quant à l'hypothèse d'un variant qui serait d'autant plus transmissible chez les jeunes, "il n'y a aucune raison de l'affirmer à ce stade", insiste Anne Goffard. "Au départ, ce mutant semble avoir été surtout détecté chez les jeunes, c'est peut-être pour cela qu'on en tire cette déduction hâtive, mais elle n'est pas du tout étayée pour l'instant d'un point de vue scientifique. Si ça se trouve, c'est un biais sociologique : les jeunes ont plus d'interactions sociales, donc ils ont été davantage testés, donc c'est chez eux qu'on a retrouvé le variant en premier."

Un variant plus virulent ?

Sur la virulence de ce variant, pas de données non plus. L'ECDC (European Centre for Desease Prevention and Control) ne fait pas état pour l'instant d'hospitalisations proportionnellement plus importantes avec le "mutant". Donc à ce stade, là encore, pas de raison a priori de s'inquiéter.

Une remise en cause de l'efficacité des tests et vaccins ?

Pas plus que sur l'efficacité des vaccins qui commencent à être administrés. "Les vaccins Pfizer et Moderna, qui utilisent l'ARN messager, ont pour effet de faire fabriquer à notre organisme l'ensemble de la protéine Spike, on va donc fabriquer des anticorps qui ciblent toute la protéine. Ça veut dire que même s'il y a une mutation à un endroit de la protéine (comme dans le variant britannique), globalement, le vaccin reste efficace." Idem pour les tests PCR. "Les fabricants ont tous leurs stratégies et leurs méthodes", précise Anne Goffard. "Chacun choisit ses cibles à identifier dans les gènes qui codent les protéines du virus. Mais comme tous les tests ciblent, recherchent, plusieurs gènes à la fois, même si une mutation (qui touche le gène de la protéine S par exemple) empêche l'identification d'un gène, le test reste efficace, car d'autres cibles y répondront."

À l'heure actuelle, il n'y a pas de raison de s'inquiéter outre mesure, explique la virologue, qui concède toutefois à quel point la vaccination est importante pour freiner voire stopper la circulation du virus. "Plus un virus circule, plus il mute. Donc plus vite on l'empêchera de circuler, plus on aura de chance d'avoir des tests et des vaccins qui restent efficaces !" Les fabricants, tant de tests que de vaccins, ont certes déjà indiqué qu'ils avaient la capacité d'adapter leurs produits aux nouveaux variants. La technique de l'ARN messager rend d'ailleurs la chose assez simple et rapide à réaliser, Pfizer et Moderna ont même indiqué pouvoir fournir un nouveau vaccin "en 6 semaines" en cas de mutation du virus. Pour Anne Goffard, en tout cas, ces récentes découvertes britanniques doivent nous inciter à "séquencer davantage qu'on ne le fait, en France", pour mieux identifier le risque.

► POUR EN SAVOIR PLUS Lire ce document (en anglais) Rapid increase of a SARS-CoV-2 variant with multiple spike protein mutations observed in the United Kingdom