Alors que la Haute autorité de santé présente ses recommandations en terme de politique vaccinale, le entreprises de transport frigorifique se préparent à transporter des vaccins qui nécessitent des températures extrêmes : de -20 à parfois -70 degrés.

La neige carbonique est l'une des solutions pour conserver les doses à des températures extrêmes.
La neige carbonique est l'une des solutions pour conserver les doses à des températures extrêmes. © AFP / Belga / Dirk Waem

Ce sera l’un des défis majeurs des campagnes de vaccination contre la Covid-19. Comment conserver et transporter des millions de doses à la température requise ? La France a pré-réservé 90 millions de doses de vaccins auprès de cinq laboratoires pour le premier trimestre 2021. Celui de Moderna devra être conservé à -20 degrés. Mais celui de Pfizer aura besoin d'une conservation à -70 degrés, ce qu’aucun congélateur classique ne permet. Un défi technique et logistique auquel se préparent les acteurs français de la chaîne du froid.  

Avec une proportion d'un camion frigorifique pour 450 habitants (150.000 engins), la France a l’une des meilleures chaines du froid au monde. "Depuis un peu plus d'un siècle, la France est un pays en pointe sur ce domaine. On transporte, conserve et distribue ses vaccins sous température dirigée depuis très longtemps", souligne Gérald Cavalier, président du Groupe Tecnea-Cemafroid et de l'Association française du froid.  

Neige carbonique

Mais la plupart des remorques frigorifiques ne descendent qu’à -20 degrés maximum, ce qui est problématique, donc, pour le vaccin de Pfizer. "Si le vaccin doit être acheminé à cette température, il devra l'être par le biais de containers qui utiliseront de la neige carbonique. C'est plus complexe techniquement et forcément plus couteux", détaille Laurent Ladoux, directeur commercial du groupe de transport Olano. 

Groupes cryogéniques, transport sous azote, ou bien neige carbonique : les solutions techniques ne manquent pas. La neige carbonique, par exemple, est déjà utilisée dans les extincteurs ou en chimie et, plus modérément, dans le transport pharmaceutique. "Il va falloir livrer et apporter du CO2 liquide pour faire cette neige carbonique où elle sera utilisée. Techniquement ce n'est pas un défi, c'est surtout le volume et la distribution qui en sont un puisqu'on va consommer des quantité bien plus importantes que d'habitude", explique Gerald Cavalier à France Inter. 

D'autant que cette neige carbonique, est rarement utilisée pour des températures inférieures à -20 degrés. Ainsi, il faudra sans doute en produire plus encore pour descendre à -70 degrés et utiliser des emballages isothermes, estime cet expert. "Les technologies existent, on sait faire, mais aujourd'hui pour de plus petites quantités. Il n'existe pas de logistique du quotidien, à grande échelle. Il faudra construire quelque chose, une chaîne du froid spécifique et adaptée car les volumes, pour l'instant, sont totalement inconnus", poursuit-il.  

"Inhabituel, mais pas impossible"

Et c'est bien ce qui semble interroger le plus. Aujourd'hui, les professionnels ignorent encore quelles seront les quantités et les points de livraisons. Pour Jean-Eudes Tesson, la question du dernier kilomètre est déterminante. "Techniquement, on sait faire. Mais les problèmes d'aujourd'hui ne sont pas d'ordre technique. Ce sont des problèmes d'organisation", juge celui qui préside la Chaîne logistique du froid, une organisation professionnelle. "C'est un cas de figure inhabituel, mais pas impossible", rassure-t-il toutefois, confiant. 

Selon l'organisation de la distribution du vaccin, les transporteurs pourraient être emmenés à livrer "des hôpitaux comme des cabinets médicaux", explique-t-il. Or, "on ne les livre pas de la même manière. Ce n'est pas un semi-remorque qui va livrer dans une petite ville"

"Nous avons besoin de disposer au plus vite des éléments concernant les températures, la durée de stockage que nécessite chaque vaccin ou encore les contours du cadre juridique à mettre en place", réclame Jean-Eudes Tesson.

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