Les infectiologues le rapportent et les témoignages affluent sur les réseaux sociaux: 5 à 10% des patients ayant contracté le virus ou ayant présenté des symptômes proches souffriraient encore, plus de trente jours après, de problèmes persistants. Les médecins ne trouvent pas encore d'explication à ce phénomène.

La plupart de ces patients à symptômes persistants seraient des femmes
La plupart de ces patients à symptômes persistants seraient des femmes © Getty / Ruslan Dashinsky

On en a déjà parlé sur France Inter : sur les réseaux sociaux, des patients expliquent avoir le sentiment qu'ils ne guériront jamais du Covid, et pour cause: 20, 30, 40, et même 60 jours après les premiers symptômes, ils disent souffrir encore ou avoir rechuté après une légère accalmie. Les symptômes rapportés sont variés : oppression au thorax, tachycardie, douleurs musculaires et articulaires, diarrhées, céphalées, perte d’odorat et de goût, gène respiratoire, épuisement. 

Le phénomène n'est pas si marginal: 5 à 10% des patients présenteraient ces formes longues. Il s'agit de patients ayant eu des formes légères ou modérées, pas des formes aiguës ayant nécessité une hospitalisation ou une réanimation (pour ces cas graves, le rétablissement est forcément plus long, avec une intense fatigue et parfois des séquelles pulmonaires qui peuvent durer des mois, mais c'est un autre sujet)

Depuis quelques semaines, les médecins se disent très sollicités par ces patients. Ils prennent ces cas au sérieux mais n’ont , pour l’instant, toujours pas d’explication très claire à donner à ce phénomène qui continue de les intriguer. On reste encore au stade des hypothèses.

À l’hôpital Raymond Poincaré de Garches, près de Paris, l’infectiologue Benjamin Davido reconnait qu'il croule sous les mails de ces patients inquiets, il les voit défiler quotidiennement aussi dans son service. Ce sont le plus souvent des femmes, d’une quarantaine d’années. Mais les tableaux sont très divers. Un quart de ces patient(e)s ont eu le Covid de façon sûre, les autres ont eu des symptômes proches et très évocateurs, ou bien des symptômes assez atypiques durant l’épidémie, tous pensent avoir eu le Covid, mais ils n’ont pas fait ou pas pu faire de test à l’époque, ou alors il était négatif.

Une part de somatisation ?

Plus d’un mois plus tard, les symptômes reviennent ou persistent. Il ne s'agit pas de rechute ou de réinfection, pas plus que de séquelles. Face à ces cas, le docteur Benjamin Davido est formel : ces patients ne sont plus infectés ni contagieux, les scanners et les bilans sont même parfois parfaitement normaux face à une gène respiratoire qui ne veut pas disparaître. 

Alors y a-t-il dans certains cas une explication psychosomatique ? C’est une piste. Pour Benjamin Davido, "Le Covid, maladie nouvelle face à laquelle le corps médical a encore beaucoup d'incertitude et d'interrogations, est particulièrement anxiogène. Vous ajoutez à cela l'angoisse du confinement, et le fait de ne pas toujours avoir pu être testé alors qu'on pense avoir été atteint, et vous avez des patients qui somatisent. Leur douleur est réelle, mais sans explication organique". 

Une réponse immunitaire déréglée ?

Mais cette somatisation n'explique sans doute pas à elle seule ces troubles. D’autant que ce n’est pas la première fois que des symptômes persistent longtemps après une infection, comme l'explique le docteur Davido : "Le chikungunya, c'est aussi un virus, transmis par les moustiques, et suite à l'épidémie de 2006 sur l'île de la Réunion, on s'est rendu compte que trois mois après l'infection, un certain nombre de gens gardaient des douleurs, des douleurs musculaires, articulaires, une grande fatigue", explique Benjamin Davido "C'était dû à une _réaction probablement disproportionnée, inappropriée, du système immunitaire. Comme si l'organisme continuait de se battre contre une infection qui n'est plus là_. Ce n'est plus l'infection qui cause ces symptômes, ce sont les conséquences de l'infection. Comme l'agent infectieux a disparu, les défenses se retournent contre vous même, vos muscles, vos articulations. La réponse immunitaire est déréglée" selon l'infectiologue.

Pour le médecin, ces patients nécessitent une prise en charge multidisciplinaire, "il faut des rhumatologues, des spécialistes de la douleur, une prise en charge psychologique aussi, car la persistance de ces symptômes a forcément des répercussions sur le moral". Pour mieux comprendre le phénomène et pouvoir proposer un traitement à ces patients, des études sont en cours. Des cas semblables sont rapportés partout dans le monde, et beaucoup d'équipes et de spécialités travaillent sur ce mystère des symptômes tardifs. Des dosages sanguins notamment devraient permettre d’évaluer en quoi consistent exactement, s’ils se confirment, ces dérèglements immunitaires et s’ils sont persistants.  

Pas de publication scientifique encore. "On réfléchit, mais on doit reconnaître que pour l'instant, on ne comprend pas tout" conclut l'infectiologue.

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