À 39 ans, le vicaire Yann Deswarte est confronté à la première grande épreuve de sa vie : le coronavirus et l'accompagnement dans la mort de patients atteints par le Covid. Il se rend maintenant régulièrement à l'hôpital de Compiègne pour administrer les sacrements aux malades.

Yann Deswarte a le droit de visiter les malades du Covid à l'hôpital de Compiègne pour leur administrer les sacrements aux malades
Yann Deswarte a le droit de visiter les malades du Covid à l'hôpital de Compiègne pour leur administrer les sacrements aux malades © Radio France / Cécilia Arbona

Yann Deswarte est souvent la dernière personne à approcher un malade qu'on ne peut soigner, à lui parler, à le réconforter puisque les proches n'ont pas le droit de venir au chevet d'un malade du coronavirus. Le sacrement qu'il allait parfois donner aux malades est devenu pour eux le dernier sacrement. 

FRANCE INTER : Votre quotidien, désormais, est d'aller à l'hôpital ?

YANN DESWARTE : "On allait à l'hôpital de temps en temps, mais pas nécessairement pour des personnes sur le point de mourir. Là, on n'a plus le droit de s'y rendre, mais l'hôpital fait des exceptions quand les personnes sont vraiment dans un cas critique et dans ce cas-là, on peut y aller, uniquement pour accompagner les gens dans leurs derniers moments. 

Pour l'instant je n'y ait été que quatre fois. Ce n'est pas énorme vu tout ce qui se passe, mais en même temps, je suis heureux d'y avoir été ces quatre fois là pour pouvoir accompagner ces personnes qui sont en fin de vie. C'est assez dramatique parce dans leurs derniers moments, les personnes sont privées de la visite de leur famille.

Certains étaient conscients quand je me suis rendu à leur chevet et ils m'exprimaient leur souffrance de ne pas pouvoir voir leur famille. À mon sens, c'est absolument terrible. Ma présence, évidemment, ne remplace pas la présence de leurs proches, mais puisqu'ils sont privés de leur famille, je suis heureux que l'hôpital ne les prive pas d'un accompagnement spirituel au moment de mourir." 

Vous devez vous équiper vous avoir accès aux malades ?

"Quand ils me voient, au début, ils ne me reconnaissent pas parce qu'on est habillés avec des blouses, des surblouses, des masques, des charlottes, comme des astronautes en somme. Mais ils ne sont pas surpris parce que le personnel soignant est habillé comme ça en ce moment. Donc il faut que je me présente, que j'explique qui je suis. Le dialogue n'est pas simple. À chaque fois, je leur dis que je suis désolé d'être habillé comme ça, mais ils connaissent très bien les circonstances et me disent qu'ils comprennent très bien. Eux ont plus l'habitude que nous."

On ne voit même pas votre croix ?

"Non, parce que ce qu'on sort, on doit le jeter. Donc, du coup, ça nécessite un peu de préparation particulière. Habituellement, on a un rituel pour lire les prières. Là, ce n'est pas possible parce que je ne peux pas jeter le rituel à chaque fois. Je me suis préparé des feuilles que je peux sortir et que je jette ensuite. C'est pareil pour donner l'onction des malades. En principe, avec le pouce, on met de d'huile sur le front et dans les mains des malades. Là, ce n'est pas possible. Donc, on le fait avec un genre de bâtonnet sur lequel on met l'huile. On fait l'onction comme ça et après on le jette.

Je reste plus longtemps que d'habitude avec les malades, parce que je sens que les gens ont besoin de parler. On prie ensemble. Il y a vraiment eu de beaux moments de prière avec ces personnes que je ne connaissais pas au départ. Pour nous, ce temps de prière, ce sacrement, est vraiment là pour apporter la paix au moment de passer l'épreuve de la maladie. Là, c'est l'épreuve de la mort, mais ça apporte vraiment une paix profonde, ce qui n'enlève pas la souffrance." 

Lorsque vous les quittez, que ressentez-vous ?

"Je ressens à la fois de la peine, parce que ce sont des personnes qui sont en souffrance physique, mais aussi souvent dans une souffrance spirituelle, psychologique très forte due à l'absence de leur famille. Mais je suis heureux d'avoir pu rendre présent le Seigneur auprès d'eux pour pouvoir les réconforter. Parce que plusieurs ont témoigné vraiment du grand réconfort. 

Les familles m'envoient ensuite un message pour me dire que la personne est partie. Cette semaine, je vais aller célébrer les obsèques d'une des personnes que j'ai accompagnée par ce sacrement." 

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