Ils ont moins de 70 ans, ne sont pas personnels soignants et ne présentent pas de comorbidités, mais souhaitent être vaccinés au plus vite. Certains Français profitent des doses supplémentaires et des rendez-vous non honorés en se présentant spontanément dans les centres, en fin de journée.

Certains Français profitent des doses supplémentaires et des rendez-vous non honorés en se présentant spontanément dans les centres, en fin de journée
Certains Français profitent des doses supplémentaires et des rendez-vous non honorés en se présentant spontanément dans les centres, en fin de journée © Radio France / Bruno Blanzat

C'est le genre de bon plan qui se refile sous le manteau, de bouche à oreille. L'adresse que l'on confie à sa famille ou à ses amis proches. Celle du centre de vaccination qui, en fin de journée, quand il lui reste des doses non utilisées sur les bras, les injecte à ceux qui se présentent pour éviter de les jeter à la poubelle. 

C'est ainsi que Victoire, Parisienne de 38 ans, a reçu il y a une dizaine de jours le coup de fil d'une copine. "Elle avait elle-même eu ce plan par son frère. Elle avait reçu son injection et attendait au centre avant de repartir chez elle. Elle m'a appelée pour me dire que les personnels cherchaient des volontaires, sinon les doses allaient être jetées. Il a fallu se décider très vite", raconte la trentenaire. "Nous y avons foncé, mais nous sommes arrivés trop tard". 

Vaccinés en famille

L'équipe propose alors à Victoire de rappeler régulièrement, ce qu'elle fait et trois jours après, elle retourne dans ce centre médical en famille. "Au départ, c'était plutôt pour ma belle-mère, mais finalement nous y sommes allés en famille et ils nous ont tous vaccinés, moi, mon mari, mon beau-frère. On se dit que l'on a été très chanceux. C'était un dimanche matin, et à 14 heures toutes les doses avaient été administrées", raconte Victoire, qui précise que, depuis, les règles ont changé dans ce centre, où l'on ne peut plus se faire vacciner même le soir en fin de journée avec les doses restantes, si l'on a moins de 55 ans.

"Je n'ai absolument pas l'impression d'avoir pris la place de quelqu'un puisque l'équipe nous a bien expliqué que ce sont des doses qui, sinon, partaient à la poubelle. Et aujourd'hui je me sens libérée d'un poids", poursuit la trentenaire, qui a précieusement rangé le document attestant qu'elle a reçu une première dose du vaccin AstraZeneca.

Les maraudeurs des centres de vaccination

Ces candidats à la vaccination, non éligibles si l'on s'en tient aux règles édictées par les autorités sanitaires, le docteur Adrien Dereix en voit tous les jours au centre de vaccination internationale Air France qu'il dirige, près de la place de la République à Paris :

Notre centre ferme à 18 heures et à partir de 16 heures on peut être sûrs que quelqu'un va venir demander s'il reste des doses. Parfois, c'est une ou deux personnes, mais la semaine dernière, c'était huit d'un coup. 

Ces doses proviennent des fonds de flacons avec lesquels il est parfois possible de vacciner une personne en plus. Ou lorsque des patients n'honorent pas leur rendez-vous. Pour le docteur Dereix, l'essentiel, c'est de ne pas perdre de doses, quitte à vacciner les personnes non éligibles. "Le mot d'ordre, c'est vacciner. On manque de vaccins, c'est trop dommage de perdre des doses. On tente toujours de trouver quelqu'un d'éligible ou qui va bientôt être éligible, en passant des coups de téléphone à ceux que l'on connait ou qui sont sur liste d'attente. Mais si cela ne fonctionne pas, on vaccine quand même d'autres publics", défend le médecin.

Un système qui contente aussi bien ces soignants désireux de ne pas perdre de doses, que des Français pressés de pouvoir être vaccinés pour retrouver une vie "presque normale".