"Il faut agir vite contre la deuxième vague. Elle arrive, et on ne veut pas le voir !", prévient le Professeur Djillali Annane, qui réclame des mesures plus drastiques en France, alors qu'Emmanuel Macron tient ce mardi un Conseil de défense sur la question.

Des terrasses de café où la distanciation n'est pas assez établie et respectée
Des terrasses de café où la distanciation n'est pas assez établie et respectée © Getty / Phynart Studio

Les vacances rendent les français plus insouciants, mais le réveil à la rentrée risque de faire très mal si on ne prend pas très vite la mesure de ce qui est en train de se passer. Voila, en quelque sorte, le message que tente d'envoyer aujourd'hui le Professeur Djillali Annane au gouvernement... et aux Français eux-mêmes. Chef du service de réanimation médico-chirurgicale à l'Hôpital Raymond Poincaré de Garches en Île-de-France, le médecin se défend de faire du catastrophisme, mais pour lui les faits sont là : depuis deux semaines, les contaminations s'accélèrent, le nombre de cas augmente en France de façon exponentielle, et pas seulement parce qu'on fait plus de tests. 

"Il y a vraiment", dit-il, "une dynamique de nouvelles contaminations et elle dépasse largement aujourd'hui les clusters identifiés. On est déjà au pied de la deuxième vague, et ça me rappelle exactement ce qu'on constatait au mois de février dernier. Le problème, c'est qu'on voit le truc arriver, mais sans réagir comme il le faudrait. Regardez à Paris comme ça va vite : on avait un taux d'incidence de 30 cas pour 100.000 habitants il y a quelques jours, et on est  déjà aujourd'hui à 46 cas pour 100.000, quand le seuil d'alerte est à 50". 

Des mesures de distanciation plus drastiques

Pour le médecin, l'immunité collective n'y fera rien, elle est trop faible en France pour permettre d'éviter la propagation et en plus, on ne sait pas si cette immunité protège longtemps donc, pour lui, il ne faut pas compter dessus. La seule solution pour éviter la deuxième vague, c'est de faire beaucoup plus attention qu'aujourd'hui, et pas seulement en portant davantage le masque. Il faut des mesures de distanciation beaucoup plus drastiques, d'après lui.

"On aurait dû étaler les départs et retours en vacances cet été pour éviter la foule dans les trains".

Le Professeur Annane ne décolère pas, par exemple, quand il entend que des centaines de milliers de Français ont pris le train le week-end dernier sans autre protection que le masque : "On ne peut pas imaginer une seule seconde que ce déplacement massif de personnes, au même moment, n'ait pas été une opportunité de contamination importante." 

Dès le mois de juillet, on aurait du étaler les départs et retours de vacances, établir des zones, comme aux petites vacances, pour ne pas envoyer tout le monde au même moment sur le rail, la route, les plages et les restaurants du littoral, estime le médecin. Idem pour les terrasses de café. On y est beaucoup trop serrés : "Il faut impérativement que sur ces terrasses on respecte beaucoup mieux la distanciation physique, en espaçant d'au moins 1,50 m. Cette distance doit être imposée et respectée". Pour le Professeur, il faut réguler beaucoup plus drastiquement aussi la fréquentation des parcs, des plages, des zones touristiques pour éviter la foule.

"Si on ne fait rien tout de suite..."

"Dans quinze jours ou trois semaines, on risque de commencer à avoir des tensions en réa, si on ne fait rien tout de suite", alerte-t-il. Car la deuxième vague, dont il prédit l'arrivée, pourrait d'après lui frapper plus fort encore que la première. Pourquoi plus fort ? Parce qu'on ne part pas de zéro comme l'hiver dernier, il y a encore des patients hospitalisés, et le virus, depuis six mois, n'est jamais revenu au point mort ; parce qu'il est partout et plus seulement dans le quart Nord-Est ; parce que le froid va revenir ; parce que la dynamique mondiale est plus forte qu'au printemps dernier. Parce que "les jeunes qui se contaminent en nombre, en ce moment, sans symptômes, risquent d'abondamment contaminer autour d'eux dans les semaines à venir"

Mais pour Djillali Annane, il n'y a pas de quoi encore s'affoler : "C'est quelque chose qu'on peut encore endiguer, mais il est clair que si on ne fait rien maintenant, on aura fin août début septembre des débuts de tension en réa". La rentrée ? "Je ne sais pas la configuration qu'elle aura, tout dépend de ce qu'on fera d'ici là." 

À l'hôpital de Garches où travaille le Professeur Annane, le service d'infectiologie avait fermé l'unité dédiée aux patients Covid au mois de juin. Il a décidé de la rouvrir la semaine dernière, et les six lits rouverts pour commencer sont déjà remplis.