Perdre l'odorat durant un Covid est un classique qui touche plus de la moitié des patients ayant fait des formes légères de l'infection. La plupart récupèrent très vite. Pour d'autres, ça peut durer des mois, mais la bonne nouvelle, c'est que l'odorat revient. Au bout d'un an, 98% des patients l'ont retrouvé.

La moitié des patients qui perdent l'odorat durant le Covid le récupèrent dans les 15 jours
La moitié des patients qui perdent l'odorat durant le Covid le récupèrent dans les 15 jours © Getty

C'est un symptôme qu'on retrouve dans plus des deux tiers des formes légères de Covid, et dans 10 à 15% des formes sévères : la perte d'odorat, ou anosmie, peut durer des semaines, voire des mois. Elle est liée à l'atteinte du bulbe olfactif : le virus a détruit les cellules qui permettent de percevoir les odeurs et de transmettre l'information au cerveau, les neurones ne font plus correctement leur travail, il faut donc attendre que les cellules se régénèrent. En attendant, on souffre d'anosmie.

Bonne nouvelle : dans plus de 98% des cas, l'odorat va revenir. Mais il faut être patient, et s'entraîner, rééduquer le cerveau à reconnaître les odeurs. 

À l'hôpital Foch de Suresnes, près de Paris, le chirurgien ORL, Jérôme Lechien, est un spécialiste des problèmes d'odorat. Depuis que ce symptôme est connu, il est sollicité en permanence, et certaines semaines, les problèmes d'anosmie peuvent représenter jusqu'à 80% de ses consultations hebdomadaires, ce qui lui a fait prendre du retard sur d'autres pathologies. Pourtant, il le répète : liée au Covid, l'anosmie n'est pas grave, et récupérer l'odorat ne nécessite pas de spécialiste, il faut juste s'entraîner à reconnaître à nouveau les odeurs, comme on ferait de la kiné après une chute

Un test d'odorat

Le jour où nous sommes allées le voir à Foch, le médecin recevait Julie, 33 ans. Julie a eu le Covid et perdu l'odorat il y a un an, après un Covid léger de 48 heures.

Pour évaluer la gravité de la perte d'odorat, le médecin fait sentir à sa patiente 16 échantillons d'odeurs. À chaque fois il lui cite quatre interprétations, et elle doit choisir. Il tend un tube: "Banane ? Pomme ? Café ? Réglisse ? Qu'est-ce que vous sentez ?". Elle répond "Café"... Bonne réponse. Plus difficile, le deuxième tube : "Essence de térébenthine ? Fromage ? Poisson ? Melon ?". Julie répond "Fromage". En fait, c'est du poisson, Julie s'est donc trompée. Grace à ces réponses, le Docteur Jérôme Lechien établit un score : _"En dessous de 9 odeurs retrouvées sur 16, on est sur une perte d'odorat complète"_, dit-il. 

Julie est encore loin d'avoir un bon score. Pourtant depuis six mois, ça va mieux : elle ne sentait plus rien, maintenant elle sent des odeurs, mais pas les bonnes : "C'est étrange, je sens à nouveau des odeurs, mais modifiées. Ce qui est censé sentir bon ne va pas sentir bon pour moi : mon parfum, par exemple, a une odeur que je qualifierais de mauvaise. Je le sens, mais il n'a pas la bonne odeur... c'est difficile à expliquer, et c'est une drôle de sensation. La noix de coco ne sent pas bon pour moi, et à l'inverse, une odeur de cramé peut sentir la vanille chez moi !"

"Parosmie"

Cette sensation d'odeurs modifiées s'appelle la parosmie, et d'après le docteur, c'est plutôt bon signe : "C'est en effet un signe de récupération, explique Jérôme Lechien, un peu comme si les petits nerfs associés à la perception des odeurs avaient repoussé, mais étaient encore un peu trop jeunes pour identifier correctement les odeurs. On estime que la moitié des patients touchés passent par cette étape de parosmie". 

Quand on perd l'odorat après un Covid, le médecin conseille de consulter très vite, dans les 15 jours. Car il semble qu'un traitement corticoïde local ou par voie interne, administré dans les 15 jours qui suivent la perte d'odorat, permette de limiter les épisodes de parosmie, et même d'accélérer la guérison. C'est le sens d'une étude clinique qui sera bientôt publié. 

Un exercice deux fois par jour

Passé ce délai de 15 jours, pas de miracle, il faut s'entraîner. La durée de récupération dépend de l'atteinte du bulbe olfactif, mais en gros, 95% des patients retrouvent l'odorat dans les six mois. L'entrainement, c'est le même exercice, répété au moins deux fois par jour : "Il faut prendre des odeurs qui nous sont familières, son parfum, le café du matin, le curry qu'on aime cuisiner avec le poulet, les fleurs de son jardin. Il faut se forcer à sentir en regardant ce qu'on est en train de sentir, c'est très important de regarder l'odeur en même temps qu'on la renifle, ça permet au cerveau d'associer l'odeur à l'image, et on se rééduque comme ça. Il faut être patient, ça ne marche pas forcément tout de suite, mais il faut persévérer. Et surtout, associer l'image, car on a des patients qui s'entrainent à sentir en fermant les yeux, et ça, ça ne marche pas, on constate qu'au bout du compte, ils ne savent plus à quoi attribuer les odeurs qui reviennent".

Mais le médecin le reconnait : on ne sait pas encore très bien expliquer les choses. Avant le Covid, l'anosmie était rare, les ORL n'en ont pas beaucoup l'habitude et tâtonnent un peu avec ce symptôme, qui peut être suffisamment pénible à vivre pour que certains patients soient orientés aussi vers un psychologue, car le fait de ne pas sentir les angoisse, et de fait, peut les mettre en danger s'ils n'identifient pas une odeur de gaz ou de brûlé. 

Malgré tout, ce qu'on constate, c'est qu'au bout d'un an, 98% des patients ont récupéré, c'est-à-dire qu'ils reconnaissent au moins 12 échantillons sur les 16 du test d'odeur. Ce n'est qu'au bout de deux ans sans résultat qu'on peut dire qu'il n'y aura pas de récupération possible, mais d'après Jérôme Lechien, cela concernera moins d'1% des patients...

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