Pour faire face à la 3e vague, qui nécessite des ouvertures de lits et donc du personnel, l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris organise des formations rapides de trois jours en réanimation pour des infirmiers de bloc opératoire, de services de médecine, et des étudiants qui vont être appelés à la rescousse.

1200 élèves infirmiers doivent être formés dans les trois semaines à venir en réanimation
1200 élèves infirmiers doivent être formés dans les trois semaines à venir en réanimation © Radio France / Véronique Julia

On le sait, si elles portent leurs fruits, les restrictions appliquées en Île-de-France, depuis quelques jours, ne produiront pas leurs effets avant deux à trois semaines. En attendant, les services de réanimation débordent et vont devoir ouvrir plus de lits. La région prévoit même de déprogrammer jusqu'à 80% des interventions dans les cliniques et les hôpitaux. Mais pour "armer" ces lits en personnels, on ne peut hélas plus compter, comme ça a été le cas durant la première vague, sur le renfort de volontaires venus d'autres régions, car les autres régions sont touchées, elles-aussi, à des degrés divers, même si l'incidence monte partout en France.

Pour faire face, les Hôpitaux de Paris sont donc obligés cette fois de trouver une grande partie de leurs ressources en interne : des infirmiers anesthésistes qui n'opèrent plus à cause des déprogrammations, des volontaires venus de différents services, des étudiants infirmiers aussi. Mais la réanimation ne s'improvise pas : des formations accélérées de trois jours sont donc organisées, à tour de bras, en ce moment, au Campus Picpus, le centre de formation des personnels non médicaux de l'APHP, pour leur donner des bases en réanimation et leur permettre d'être très vite mobilisables en renfort. Et quand on dit très vite, ça peut être dans les tout prochains jours.

Nous avons pu assister, ce mardi, à une séance de formation auprès d'étudiants infirmiers. C'était leur deuxième jour de formation théorique. Il sera suivi d'un troisième jour, cette fois consacré à la pratique, sur des mannequins, en situation presque réelle. Description des cas graves de Covid et des complications, explications sur la ventilation mécanique et sur l'usage de certains anesthésiants comme le curare... Tous les fondamentaux de la réanimation Covid sont abordés. Rapidement, certes, mais au moins les stagiaires se familiarisent avec l'environnement auquel ils seront exposés dans les prochaines semaines.

Dans l'amphithéâtre, ils sont une centaine d'étudiants infirmiers qui seront bientôt sans doute réquisitionnés

En face du formateur, assis dans l'amphithéâtre, ils sont une centaine d'étudiants infirmiers de 3e année. Ils n'ont pas demandé à venir, ils ont été convoqués par mail la semaine passée et seront sans doute réquisitionnés dans les prochains jours. Car leur école d'infirmiers dépend de l'APHP. S'ils sont là c'est parce que l'Assistance Publique a battu le rappel : 1 200 élèves à former d'ici trois semaines, c'est l'ordre qu'a reçu, il y a quelques jours, Christophe Flageul. Responsable pédagogique au Campus Picpus, le centre de formation de l'APHP, il a dû organiser des sessions en toute hâte: "Il y a une semaine on a reçu un appel de la direction générale de l'Assistance Publique nous disant, voilà, il nous faut mobiliser l'ensemble des effectifs d'étudiants infirmiers de 3e année pour faire face aux besoins... Donc, c'est un ordre, on y va, on fonce, week-ends compris, bien sûr, vu le nombre à former. On est là sur 9 sessions, avec à chaque fois à peu près 120 stagiaires".

La formation, qui s'étale donc sur 3 jours, a été pensée dès le mois d'avril dernier. À l'époque, des volontaires d'un peu partout, d'autres régions mais aussi d'autres corps de métier, des dentistes, des pharmaciens, étaient venus prêter main forte à l'APHP, on avait imaginé ce module au fil des semaines, pour les familiariser à la réanimation où ils étaient susceptibles d'être envoyés. 

"En presque un an, on a ainsi formé 800 personnes. Cette fois, c'est plus de 1000 à former en trois semaines !"(Christophe Flageul) 

Deux jours théoriques, une journée de pratique, c'est peu, mais l'objectif n'est pas d'en faire définitivement des infirmiers de réanimation

Deux jours théoriques, une journée de pratique, évidemment, c'est un peu court pour maitriser pleinement le suivi d'un patient lourdement appareillé, qui peut se dégrader très vite et qui ne peut pas communiquer puisqu'il est sédaté. Être un bon infirmier de réanimation, ça prend du temps. Des mois voire des années. Mais ici, on ne cherche pas à former des spécialistes, on veut surtout des renforts capables, très vite, d'épauler des équipes expérimentées. "Ils viennent pour décharger les infirmières aguerries, ils s'ajouteront aux effectifs, ils n'ont pas vocation à remplacer un titulaire hyper expérimenté. Mais au moins, en s'acquittant de certaines tâches comme la préparation de seringues, de matériel, la toilette, les pansements, ils permettront aux plus expérimentés, qui vont être sous pression, de se consacrer pleinement aux aspects les plus techniques de la réa, ce qui demande le plus d'expérience. Ils feront gagner du temps" décrit Christophe Flageul qui se charge lui-même d'une partie des modules de formation.

Dans l'amphithéâtre du campus, Néosa et Chloé, 20 ans : 

"C'est intéressant, cette formation, mais on n'est quand même pas prêts, on ne sera pas à l'aise quand il va falloir y aller, et pourtant on sait que ça va arriver, il suffit de voir comme les métros sont encore bondés à Paris, mais au moins, on aura quand même une base" (Néosa)

"Une formation comme celle-là m'aurait bien servi au mois de mars, renchérit Chloé, j'ai été réquisitionnée à l'époque pour aller en réa à Bicêtre. Ça a duré trois mois, alors qu'au départ j'étais en orthopédie. L'équipe de réa était géniale mais c'était quand même hyper stressant, la réa, et pas très agréable car on n'a aucun contact avec le patient puisqu'il est endormi. Je n'ai pas très envie de revivre ça une deuxième fois mais je n'aurai pas le choix. Être étudiant c'est déjà beaucoup de stress, avec les partiels, le confinement... c'est compliqué"

Il faut 2 infirmières pour 5 patients en réanimation

Malgré cette réquisition probable, qui perturbe sa dernière année en tant qu'étudiante infirmière, Chloé espère obtenir son diplôme, comme prévu, au mois de juillet. Mais pas question pour elle de travailler plus tard en réanimation, elle se destine à la pédiatrie.

Parallèlement aux étudiants infirmiers, le campus de l'APHP doit former très prochainement également une centaine d'infirmières de bloc opératoire, "libérées" par les déprogrammations. En service de réanimation, il faut assurer (ce sont les textes réglementaires) la présence permanente de 2 infirmières pour 5 patients.