Alors que le Premier ministre Boris Johnson se félicite de la rapidité de la campagne de vaccination, France Inter a analysé les chiffres. Il s'avère que si le Royaume-Uni s'en sort si bien, ce n'est pas uniquement en raison de son efficacité, mais (surtout) grâce à l'Europe.

Ce n'est pas du tout ce qu'explique Boris Johnson, mais si le Royaume-Uni s'en sort si bien, c'est (surtout) dû à l'aide de l'Europe.
Ce n'est pas du tout ce qu'explique Boris Johnson, mais si le Royaume-Uni s'en sort si bien, c'est (surtout) dû à l'aide de l'Europe. © AFP / Pool / Hannah MCKAY

Dans cette pandémie, le Royaume-Uni continue d’afficher sa singularité par rapport au continent européen, comme une réplique du Brexit. C’est le pays le plus endeuillé, avec plus de 126 000 décès, c’est aussi celui qui s’enorgueillit d’avoir la campagne de vaccination la plus avancée. Plus de 30 millions de Britanniques ont déjà reçu une première dose, voire deux, soit près de la moitié de la population. C’est au moins trois fois mieux que dans l'UE où environ 15% de la population a reçu une première dose.

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Boris Johnson, le Premier ministre britannique n’a d’ailleurs pas manqué de se féliciter bruyamment des succès de son pays, regardant avec commisération de l’autre côté de la Manche. Sauf que... si l’on s'intéresse aux chiffres bruts de production de vaccin et d’exportation des doses, il s’avère que, sans l’Union européenne, la Grande-Bretagne ne serait pas la success story que Londres veut bien raconter.

Le Royaume-Uni n'a exporté aucun vaccin...

Lasse sans doute des rodomontades du chef du gouvernement britannique, la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, martèle d'autres chiffres. Depuis le 1er décembre 2020, l’Union européenne a exporté 77 millions de doses vers 33 pays, soit environ 50% de ce qu’elle produit, quand le Royaume-Uni, lui, n’en a exporté aucune et ne prévoit pas de le faire avant que toute sa population adulte ait pu être vaccinée.

Londres n’a pas rechigné à accueillir à bras ouverts les millions de doses produites en Europe, soit 21 millions (20 de Pfizer BioNTech et 1 million d’AstraZeneca) expédiées par cette UE qu’il aime tant à critiquer. L’Europe a par ailleurs abondé le mécanisme de solidarité Covax. En matière de solidarité, le vieux continent n’a donc pas de leçons à recevoir de Londres.

… mais en a importé en masse

Si l'on regarde bien, en ajoutant ces 21 millions de doses venues d'Europe et les 5 millions envoyées depuis les usines d'AstraZeneca en Inde, voilà donc un pays, le Royaume-Uni, qui a reçu de l’étranger l’équivalent des trois quarts des doses qu’il a injectées (26 millions sur 33,5 millions). Alors, certes, on peut imaginer que les 20 millions de Pfizer n’ont pas toutes été administrées en une fois, il fallait en garder la moitié pour la seconde injection. Mais, même en tablant sur cette sagesse, cela signifie que sans l’UE (et l’Inde) Londres n’aurait pas fait la moitié du chemin. En matière de souveraineté vaccinale, l’Union européenne tient la dragée haute à son voisin.

Impossible enfin de savoir avec certitude combien de doses d’AstraZeneca ont effectivement été produites sur son sol. Dans la presse britannique, on apprend au détour d'un article fustigeant Ursula Von der Leyen que les usines du groupe anglo-suédois présentes au Royaume-Uni n’auraient délivré qu’un tiers des doses prévues. Elles n’ont donc, semble-t-il, pas produit de façon plus phénoménale que celles installées sur le continent européen.

AstraZeneca n'honore pas ses engagements

Sur la stratégie industrielle aussi, il semble donc bien que l’UE n’ait pas non plus à rougir de la comparaison. Que l’un ait mieux négocié son contrat que l’autre n’est pas la question. La question, celle qui nourrit ce bras de fer entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, c’est l’incapacité d’AstraZeneca à honorer ses engagements envers ses clients européens certes (l’UE n’aura reçu au 1er semestre qu’un tiers des doses promises, 100 millions au lieu de 270) mais aussi britanniques.

Cette pénurie sur le marché intérieur et ce besoin crucial d’Europe expliquerait l’entrée en négociation de Boris Johnson qui veut éviter tout gel des exportations de la part de l’UE. D’autant que l’Inde veut se concentrer sur sa pandémie qui flambe de nouveau et a annoncé qu’elle suspendait pour l’heure ses exportations vers le Royaume-Uni. Boris Johnson a donc besoin des vaccins produits en Europe s’il veut respecter son objectif d’avoir injecté une première dose à tous les adultes d’ici la fin juillet. Un besoin vital.

C’est sans doute parce qu’il le sait bien qu’il tente désormais de gagner un peu de souveraineté. Selon le ministre de la Santé, la Grande Bretagne va approuver en urgence le vaccin Novavax et vient de signer un accord avec GSK pour en produire 60 millions de doses sur son sol. On n’est jamais trop prudent.