Le confinement et le déconfinement mettent à l'épreuve les salariés et leurs élus. Comment les représentants du personnel traversent-ils cette crise ? Le groupe Technologia, spécialisé dans la prévention des risques, a sondé plus de 2 500 élus en avril. Grande enquête que nous avons pu consulter en avant-première.

Les élus du personnel ont notamment constaté des dérives managériales.
Les élus du personnel ont notamment constaté des dérives managériales. © Getty / parasoley

Le confinement a été une véritable épreuve pour le dialogue social. Du jour au lendemain, les salariés d’une même entreprise ont été dispersés, basculés en activité partielle ou en télétravail. Comment communiquer à distance, faire remonter les difficultés et suivre les décisions prises par les directions d’entreprise ? Cela a été parmi les principaux problèmes des élus du personnel. La majorité d’entre eux salue les décisions d’urgence qui ont été prises. "Il y a eu de part et d’autre un véritable esprit de responsabilité, on a évité la rupture du dialogue social entre les représentants du salarié et les directions", atteste Jean-Claude Delgènes, économiste du travail, expert en prévention et président du groupe Technologia, qui publie cette vaste enquête ce matin.

77% des élus, dont l’entreprise a décidé de poursuivre son activité, ont soutenu ce choix. Ça été peu le cas dans le BTP en revanche, les craintes de contamination étant grandes. La moitié des élus du personnel met en avant des moments de solidarité, de soutien. Mais tout est allé très vite, entre les premières décisions des directions et les évolutions juridiques en cascade, auxquelles ils ont eu du mal à faire face. 

Des dérives managériales 

Il a fallu s’adapter, rapidement. Et les élus regrettent que cela ce soit parfois fait en outrepassant leurs droits. La moitié a constaté des abus. 30% des salariés en chômage partiel auraient été appelés par leur manager et 11% par leur dirigeant, selon les représentants du personnel interrogés. 24% des salariés en chômage partiel total auraient été amenés à poursuivre leur activité à la demande de l’employeur. Et la même proportion aurait même continué à travailler de sa propre initiative, craignant pour la pérennité des emplois. 

Des dérives ont été repérées pour ceux qui ont télétravaillé. Un tiers des élus sondés évoque une surcharge de travail. Plus de 27% soulignent les pressions ressenties et constatent les insuffisances en matière de management.

Des mesures d’urgence qui perdurent ? 

C’est l’une des craintes des élus du personnel. Près de 3 sondés sur 4 estiment que la crise conduira à des modifications substantielles sur le long terme du code du travail (temps de travail, travail de nuit, prise de congés, consultation des instances représentatives du personnel…). Ils y sont très largement opposés. "Nous sommes encore dans le souffle de la pandémie, toutes les poussières ne sont pas retombées, mais quand ce sera le cas et que l’on entrera dans la phase avec des milliers de licenciements et des dizaines de milliers de dépôts de bilan, les élus ont la crainte de voir des mesures exceptionnelles devenir la norme, explique Jean-Claude Delgènes. Plus contraignantes et moins protectrices des salariés sur le long terme."
 

Les élus n’entendent pas non plus se cantonner à un rôle de validation. La limitation drastique des temps de consultation des CSE sont jugées contre-productives. "Elle dépossède les élus du personnel sans pour autant rendre service aux directions", analyse l’étude.

Le dialogue social en sortira-t-il affaibli ou renforcé ? "Ça dépendra sûrement des entreprises. Le dialogue s’est maintenu, globalement, jusqu’ici, répond Jean-Claude Delgènes. La tentative d'aller vite et d'écarter les élus du personnel serait malvenue. La période du déconfinement sera décisive."

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