1994 : le suicide du leader de Nirvana Kurt Cobain, la Liste de Schindler de Steven Spielberg, les massacres au Rwanda, Silvio Berlusconi arrive au pouvoir...

Et sur France Inter ?

Valentine, la vie plus forte que tout

Valentine Rwanda Mermet 1994
Valentine Rwanda Mermet 1994 © Daniel Mermet

Fin mai 1994, pour "Là-bas si j'y suis"Daniel Mermet part en reportage au Rwanda accompagné de Jérôme Bastion , journaliste à RFI, mais aussi de membres du Front patriotique rwandais (FPR) et de journalistes tanzaniens. Un véritable génocide se déroule dans le pays depuis début avril. L'ONU estimera que 800 000 Rwandais, à majorité Tutsis, sont morts durant les 3 mois du génocide.Pour l'heure, ce 26 mai 1994, Daniel Mermet et Jérôme Bastion sont près de Kibungo à 50 km de la frontière tanzanienne. Ils entrent dans la paroisse de Nyarubuye, 43 jours exactement après les massacres et découvrent un charnier de centaine de corps dispersés autour d'une Eglise quand soudain....

Elle a survécu 43 jours dans des centaines de cadavres, dont sa mère, son père, sa soeur, ses proches, qu'elle a vus suppliciés et agoniser autour d'elle alors qu'elle faisait la morte. Des nuits, des jours elle s'est battue contre les chiens, blessée à mort, elle s'est traînée pour boire l'eau dans les feuilles et gratter les racines sous les morts. Treize ans. Elle ne pesait pas plus lourd qu'un magnétophone. Elle regardait ardemment le vide: Valentine

En 1999, Mermet se souvient ainsi de Valentine et d'un "Rwanda passé sous silence" dans "Là-bas si j'y suis, carnets de routes" (La Découverte / France Inter).

Valentine Rwanda Mermet 1995
Valentine Rwanda Mermet 1995 © Daniel Mermet

En 1995, un an après, Daniel Mermet retournera au Rwanda, dans l'espoir de revoir Valentine. Dans un Rwanda sortant tout juste du chaos, il retrouve la jeune fille. Et lui trouve des vêtements, une vache et une poule pour améliorer un peu son quotidien. Une quête qu'il racontera dans le reportage "Une vache pour Valentine".1995 est aussi l'année du centenaire de la radio. Invité d'un JT, Daniel Mermet évoque Valentine et diffuse des extraits du reportage dans lequel on l'entend murmurer ces mots de Richard Butera :

le génocide est un crime qui ne vieillit pas

10h ? L'heure du bouillon !

A 10h, les auditeurs retrouvent le duo Fabienne Chauvière et Marie-Laure Veyret qui co-produisent et animent "Le bouillon de dix heures ". A ses débuts en 1993, l'émission s'appelait (heure de diffusion oblige) "Le bouillon de 11 heures ". C'est un magazine de société et de vie quotidienne : Marie-Laure Veyret traite plus particulièrement des sujets sur la santé et les enfants. Et Fabienne Chauvière des questions de consommation. Peu de gens savent - et heureusement ! - que l'expression "donner un bouillon de 11h" signifie empoisonner (ou se suicider si on se le concocte pour soi !).L'émission est bien plus joyeuse et ludique comme le montre cette publicité télévisé en 1994 :

Plus de limites quand on passe les bornes..

De 1990 à mai 1996, une joyeuse bande de chroniqueurs entoure Gérard Lefort et sa "compagnonne de route" Marie Colmant . Chaque samedi, ils présentent "Passé les bornes y'a plus de limites ", une émission - réalisée par Adèle - délirante, énervée, culturelle et humoristique. Gérard Lefort est alors (déjà) critique ciné à Libération, avec comme consoeur et amie Marie Colmant. Dans la petite bande de chroniqueurs, on retrouve entre autres Anne Boulay (aujourd'hui rédactrice en chef de Vanity Fair ), Laurent Bon (producteur entre autres du Petit Journal ), Philippe Castetbon (photographe)..L'émission jouit d'une grande liberté de ton qui masque peu le gros travail d'écriture en amont :

Ma seule exigence envers mes collaborateurs est un texte écrit. J'estime qu'il faut un garde-fou à l'improvisation pour sortir des choses intéressantes

Jacques Santamaria supprimera l'émission durant l'été 1996 en expliquant à Gérard Lefort (c'est du moins ainsi que ce dernier s'en souvient) :

Votre émission est formidable et c'est pour ça qu'on va l'arrêter

Edith Cresson inspire Laurent Ruquier

Les années 90 sont les années Ruquier sur Inter. Il rencontre dès ses débuts sur France Inter en 1990 Pascal Brunner, Laurent Gerra et Virginie Lemoine dans l’émission « Le vrai-faux journal » de Claude Villers.Après une émission estivale en 1991 (Ferme la fenêtre pour les moustiques ) Laurent Ruquier se lance en solo dès la rentrée de 91 avec « Rien à cirer » (inspiré de la réplique d’Edith Cresson, alors Premier Ministre : Moi la Bourse, j’en ai rien à cirer ).Rien à cirer est une émission de « bande » :Anne Roumanoff, Laurent Gerra, Patrick Font, Pascal Brunner et très vite Richard Lornac qui accompagne au piano toutes les chansons, parodies et reprises des chroniqueurs. Et c’est Jean-François Remonte (également auteur avec Simone Depoux d’un livre de référence "Les années radio, 1949-1989 ") qui met en onde toutes les joyeuses pitreries de l’équipe.L’émission hebdomadaire se double d’une quotidienne dès 1992 et c’est ainsi jusqu’en juin 1996 que les auditeurs rigoleront sur l’antenne à raison de 40 minutes / semaine et de deux heures quaque dimanche.Dans cette publicité de 1994, c'est l'humoriste phare de RTL, Laurent Gerra, qui imite Johnny :

AA et BB

C'est à son retour sur France Inter en 1989 qu'Annette Ardisson anime tous les matins à 8h20 "Question par A + B " , l'interview politique du matin. AA (Annette Ardisson) partage avec BB (Bernard Brigouleix) cette tranche d'information.En 1994, elle fait la promotion de son émission qu'elle animera jusqu'en 1997.

Du 12 au 28 octobre, les journalistes de Radio France sont en grève . Ils demandent la fin des disparités salariales entre les chaînes.

Quoi de neuf sur la guerre ? couv
Quoi de neuf sur la guerre ? couv © Radio France

Cette année-là, le Prix du Livre Inter - présidé par Yves Simon - est décerné à ''Quoi de neuf sur la guerre ?" de Robert Bober (P.O.L.).

Mon nom, c'est Abramowicz. Maurice Abramowicz. Ici, à l'atelier, on m'appelle Abramauschwitz. Au début parce que ça nous faisait rire. Maintenant, c'est plutôt une habitude. C'est Léon le presseur qui avait trouvé ça. Pas tout de suite, il n'avait pas osé. Parce que tout de même, un ancien déporté, c'est d'abord un ancien déporté même si c'est un bon mécanicien.

Le roman se passe en 1945-1946, dans un atelier de confection pour dames, à Paris. On n'y parle pas vraiment de la guerre. On tourne seulement autour même si parfois, sans prévenir, elle fait irruption. Alors les rires et les larmes se heurtent sans que l'on sache jamais qui l'emporte.

"Quoi de neuf sur la guerre ?" est le premier roman de Robert Bober, qui fut tailleur avant de devenir l'assistant de François Truffaut et pour qui l'écriture est une arme contre l'oubli.

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