Les sans-papiers occupent Saint-Bernard, les numéros de téléphone passent à 10 chiffres, Mireille et Roger Lanzac nous quittent, une bombe explose dans le RER B, La Haine remporte le César, le PSG la Coupe d'Europe.

Et pendant ce temps-là sur France Inter...

L'année commence à peine que l'actualité bouleverse l'antenne de France Inter. Le 8 janvier 1996, Jean-Luc Hees , directeur de la rédaction, interrompt "Le Bouillon de 10 heures" de Fabienne Chauvière et Marie-Laure Veyret et prend le micro :

Nous interrompons nos émissions car nous venons d'apprendre la mort de François Mitterrand

Un "breaking news " rare sur l'antenne. Le prochain sera le 11 septembre 2001. Mais ça n'est pas tous les jours qu'un ancien Président de la Ve République décède.La dernière fois que France Inter a du annoncer aux auditeurs le décès d'un Président de la République, c'était celui de Georges Pompidou , chef d'Etat en excercice, le 2 avril 1974. Une mort annoncée de façon extrêmement solennelle (mais sans marche funèbre en fond sonore) par François Foucart :

Quand l'actualité le nécessite, les programmes de France Inter leur font toute la place. A cette époque, et jusqu'en 1999, France Inter est scindée en deux directions : celle des programmes et celle de la rédaction. Deux directeurs, deux administrations, des étages séparés dans la Maison de la Radio, mais des studios communs et parfois des émissions qui "font le pont".Comme celle de Roland Dhordain- ancien directeur de France Inter, qui en connaît les hommes, les rouages et les couloirs : "C'est en France, c'est en Europe " :

Le père de France Inter a été le pionnier de l’Europe sur les ondes. Alors que l’Europe des 12 n’existe pas encore, il lance dès 1986 sa première chronique consacrée à l’Europe : « L’Europe au réveil ». Actualités politiques dans les pays de l’Union, reportages, du quotidien aux institutions avec « C’est en France, c’est en Europe » il repousse les frontières.

1996 est l'année des départs pour Ivan Levaï. En janvier il est Directeur de l'Information de Radio France et présentateur (depuis 1989) d'une revue de presse mythique - aussi longue qu'éditorialisée - sur France Inter.

Le 29 mars, Michel Boyon , PDG de Radio France depuis novembre 1995, supprime le poste de Directeur de l'Information. Le 1e octobre, Levaï est nommé Directeur de la Rédaction du quotidien La Tribune. Un poste que Michel Boyon estime incompatible avec la présentation d'une revue de presse quotidienne elle aussi, un point de vue que ne partage absolument pas Levaï, qui doit pourtant s'incliner.C'est ainsi que le 31 octobre, Ivan présente sa 1 500 ème et (pense-t-il) dernière revue de presse. Et en profite pour adresser comme cadeau (et message sublimal à la Présidence de Radio France ?) un court texte de Jean Cocteau :

Jeunes hommes avides, croyez-moi. Il n’existe que deux manières de gagner la partie : jouer cœur ou tricher. Tricher est difficile ; un tricheur pris est battu. Jouer cœur est simple. Il faut en avoir, voilà tout. Vous vous croyez sans cœur. Vous regardez mal vos cartes.

Et c'est avec Rainer Maria Rilke et beaucoup d'émotion que Patricia Martin , alors animatrice de la tranche 7h-9h, lui répond.

Ivan Levaï a retrouvé la revue de presse le week-end depuis 2006, et Patricia Martin - à l'animation du 7/9 WE - depuis 2010.

Pierre Bouteiller Radioactif couverture
Pierre Bouteiller Radioactif couverture © Radio France

1996 estl'année du changement pour Pierre Bouteiller .

Après sept ans à la Direction des programmes de la station, il est remplacé en juin par Jacques Santamaria .Une bonne nouvelle pour les auditeurs qui retrouvent en septembre celui qui entra à France Inter en 1969, sa voix, son érudition, son humour et son célèbre "bonjour".

Chaque matin à 9h, s'ouvre "Quoi qu'il en soit ", un magazine culturel, dont le générique est un écho du tropisme de Pierre Bouteiller pour le jazz : Girl Talk de et par Neal Hefti, qu'il avait repéré dans un biopic sur Jean Harlow (Harlow, la blonde platine , avec Carroll Baker).

Générique qui habille depuis 1999 l'émission "Si bémol et fadaises" qu'il présente sur TSF Jazz. Mais Pierre Bouteiller a aussi utilisé "Tide" de Antonio Carlos Jobim pour habiller son magazine :

1996 est aussi une année de changement pour l'historien et journaliste Patrice Gélinet . En septembre, il quitte l'antenne de France Culture (où il anime des émissions depuis 1985) pour présenter à la mi-journée sur France Inter : "Les jours du siècle ".

Pour moi, l'Histoire est un roman. Qui vire au cauchemar mais qui apporte aussi sa part de rêve. C'est en cela qu'elle me fascine depuis si longtemps

Archives sonores (dénichées par Janine Marc-Pezet ), revue de presse, musiques d’époque, invités ou historiens : Les jours du siècle évoquent un événement politique, culturel, sportif ou social marquant. Cela peut aller de la minijupe à Landru en passant par la prohibition ou la mort de Kennedy. Avec un souci de partage et de transmission :

On ne peut pas comprendre l’histoire contemporaine si on ne rend pas l’émotion qui a marqué tel ou tel événement. Il faut replonger les auditeurs dans le contexte.

L'année suivante, nommé Directeur de France Culture par Michel Boyon, il confie les clés de l'émission à Ladislas de Hoyos. Il reviendra sur France Inter trois ans plus tard avec "2000 ans d'Histoire", qu'il présenta jusqu'en 2001, année de sa nomination au CSA.

1996 est aussi l'année des passions .L'agence Publicis qui signe la campagne de France Inter pour la saison propose également des déclinaisons thématiques :

Pubs Inter 1996
Pubs Inter 1996 © Radio France
Un secret sans importance couverture
Un secret sans importance couverture © Radio France

Passion du cinéma, de l'info et aussi de la littérature.

En 1996, le Prix du Livre Inter, présidé par Jorge Semprún, est attribué à "Un secret sans importance " d'Agnès Desarthe (L'Olivier).Un roman dans lequel se mêlent naturel et surnaturel, quotidien et merveilleux, et qui commence par ces mots :

Chacun pense avoir un secret. Pour certains, c'est une douleur, pour d'autres, une joie. C'est toutefois sans importance, car, un jour ou l'autre, une main indifférente, tombée mollement du ciel, les moissonnera.

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