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blogcs vu lu pris © Radio France / C Siméone

Ne serait-ce pas une fine plaisanterie de nouvel an que de se pencher sérieusement, une bonne fois, sur les questions de l’art ? (1) Année Dada ? Peut-être.Pas question ici pour moi d'entretenir quelque nostalgie, ou de nous ramener à une révolution dada par la poétique qui irrigue encore aujourd'hui tous les secteurs de créativité. Mais la volonté de remise à jour et de réévaluation générale des dadaistes me semble tout à fait d'actualité. Ne sommes-nous pas à l'heure des réinitialisations de disques de durs, des mises à zéro de compteurs budgétaires? L'art a fait et dépassé sa révolution dada, la politique et l'économie pas encore. 2012, la poétique plutôt que la politique ! Je préfère tisser ici une toile d’affinités électives, au scrutin très personnel et sans détour. Dans cette famille à venir je réclame d’abord Kurt Scwhitters dont je mets ici une phrase en exergue.

Kurt Schwitters , au début du XXème siècle fut l’un des premiers artistes à utiliser les objets dans ses œuvres d’art. Pour lui ils sont une empreinte sensorielle de son vécu. Ainsi a-t-il conçu le Merzbau,œuvre totale, assemblage régulièrement enrichi d’objets et de traces, au fil de sa vie. Il l’appelait aussi «CATHEDRALE DE LA MISERE EROTIQUE ». Il y intégrait des objets au fil des événements, au hasard de ses trouvailles. Peints, collés, agencés, ils sont sa vie autant que son œuvre.

On devait s’ennuyer à mourir sur la planète Terre depuis quelques années déjà , lorsque pour inaugurer le XXème siècle on inventa la première guerre mondiale ou le génocide des Arméniens dans l’Empire Ottoman. Très vite, pour se sortir de tels merdiers à quarante degrés au-dessous du niveau de l'humanité, les artistes eurent recours à l’urinoir en forme d’œuvre d’art, aux dessins de fous et d’enfants, avant de se servir directement dans les caves et les greniers pour ériger le bazar du quotidien en statue du beau nouveau. Comme dira Picasso plus tard, Guernica, ce n’est pas lui qui l’a fait, c’est l’armée allemande. Faut pas confondre. C’est pour toutes ces raisons que je remonte donc à SCHWITTERS , artiste dada .

Pour le coup d’œil, une petite comparaison entre une œuvre de Schwitters et une autre d’Aman en 1962 (autant dire quarante ans de tentative poétique d'échapper au réél). J’aurais pu choisir une évidence, par exemple un Schwitters avec papiers et objets collés et une poubelle d’Arman, mais j’ai préféré jouer sur les similitudes esthétiques, le sens du rythme, du mouvement dans la façon de monter les objets, similitudes certainement dû à un phénomène de rémanence.

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Image composite christine © Radio France

Je ne peux m’empêcher de mettre côte à côte cette colère de montre d’Arman, transformé en pendentif, très cher, pour un grand joailler, et cette œuvre extraite du catalogue raisonné de Kurt Schwitters, représentant une œuvre sans titre (avec du rouge 4), 1919 (

Ostfildern-Ruit : Hatje Cantz, 2000)

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Image composite 2 christine © Radio France

Voilà un lien entre deux artistes dont l'un s'est dit inspiré par l'autre. On n'a jamais mesuré à quel point l'oeuvre de Schwitters est rémanente chez Arman. Tous les deux font le pont de part et d'autre d'une guerre.

(1) La phrase de Kurt Schwitters est tiré de __ i , Manifestes théoriques et poétiques. Edition établie par Marc Dachy, traduit de l'allemand par Marc Dachy et Corinne Graber, éditions Ivrea, Paris, 1994

La photo de Sonate pour flûte est extraite du film "Arman s'installe aux Baux de Provence".

Pour ce blog, Textes Copyright Christine Siméone.

Photos Copyright Christine Siméone sauf indication.

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blogcs signature C Simeone © Radio France / C Siméone

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Remerciements à

Valeria Emanuele, au web de France Inter twitter.com/valeriae

Annelise Signoret, du service documentation de Radio France __

Sophie Raimbault, assistance du service Culture de la rédaction de France Inter

Ghislaine Delubac et son équipe de l'agence Apocope

Guillaume Ducongé

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