Quarante ans après son ouverture, le Centre Pompidou compte plus de 110.000 œuvres dans ses collections, dont un bon nombre de chefs d'oeuvre. Nous en avons sélectionné quinze.

Liam Gillick, Revision / 22nd Floor Wall Design, (Revision : Post Discussion Revision Zone #1, #2, #3, #4. Big Conference Centre 22nd Floor Wall Design), 1998 © Liam Gillick
Liam Gillick, Revision / 22nd Floor Wall Design, (Revision : Post Discussion Revision Zone #1, #2, #3, #4. Big Conference Centre 22nd Floor Wall Design), 1998 © Liam Gillick © Manuel Braun. 2015 / Centre Pompidou

"Fontaine", de Marcel Duchamp (1917)

L'une des reproductions de "Fontaine", de Marcel Duchamp
L'une des reproductions de "Fontaine", de Marcel Duchamp © Maxppp / ENNIO LEANZA

C’est l’oeuvre par laquelle tout est arrivé : en 1917, Marcel Duchamp a fait d’un urinoir acheté dans le commerce une oeuvre d’art, simplement en changeant son nom (Fontaine) et en le signant. En mettant l’art au niveau de la vie quotidienne, l’artiste ouvrait la voie vers l’art contemporain.

Détruit ? Volé ? L’urinoir (pardon, la Fontaine) original n’existe plus. Celui exposé au Centre Pompidou est l’une des 12 reproductions signées par Duchamp lui-même en 1964.

A ECOUTER | L'interview de "Fontaine" dans Bav[art]dages en 2015

La reconstitution du bureau d'André Breton

Chef de file du mouvement surréaliste, André Breton était aussi un collectionneur d’art et chineur acharné. Il voyait dans la confrontation d’objets issus d’univers différents la possibilité de faire naître de la poésie. Dans son atelier du 9e arrondissement de Paris, il avait accroché, côte à côte, des masques africains, des statues primitives et des oeuvres contemporaines. Grâce à un don, le Centre Pompidou a pu reconstituer l’allure de ce bureau dans ses galeries modernes.

Le bureau d’André Breton est l’un des grands ensembles reconstitués tels quels à Beaubourg, avec notamment l’atelier du sculpteur Constantin Brancusi reconstitué intégralement dans un lieu juxtaposé au bâtiment original du Centre Pompidou.

"Le Violon d'Ingres", de Man Ray (1924)

Une lithographie inspirée du "Violon d'Ingres" de Man Ray
Une lithographie inspirée du "Violon d'Ingres" de Man Ray © AFP / Barbara Sax

Le tirage original de cette célébrissime photo de l’artiste américain Man Ray est conservé au Centre Pompidou, offerte au Musée national d’art moderne par… André Breton. La photo représente la compagne de Man Ray à l’époque, Kiki de Montparnasse, de dos, dans une posture proche de celle des baigneuses du Bain Turc du peintre du XIXe siècle, Jean-Auguste-Dominique Ingres. Mais elle présente des ouïes de violon au bas du dos.

L’image se situe à la charnière du mouvement Dada et du surréalisme. Dadaïste en ce qu’elle moque le travail d’Ingres, elle lui rend aussi hommage en un sens : les erreurs anatomiques du peintre néo-classique avaient attiré l’attention des surréalistes, qui y voyaient un possible message du subconscient de Ingres.

"Jaune Rouge Bleu" de Vassily Kandinsky (1925)

"Jaune Rouge Bleu" de Kandinsky
"Jaune Rouge Bleu" de Kandinsky © AFP / Franck Perry

Le tableau, l’un des plus célèbres de Vassily Kandinsky, fait la jonction entre l’abstraction lyrique et l’abstraction géométrique : ni totalement libre, ni totalement cadré, le décor de ce tableau a une allure spatiale, et ce n’est pas un hasard : ce passage du jaune au bleu passant par le rouge, c’est la rencontre du Soleil et de la Lune, représenté de façon abstraite. Assurément l’un des plus beaux tableaux présentés dans les collections du Centre.

A ECOUTER | L'interview de "Jaune Rouge Bleu" dans Bav[art]dages, en 2005

Vitrail, chasuble et rosace pour la chapelle de Vence par Matisse (1948-1952)

Henri Matisse

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Pour Matisse, la décoration de la chapelle du monastère dominicain de Vence (Alpes-Maritimes), construite entre 1949 et 1951 par l’architecte Auguste Perret était son oeuvre majeure. L’artiste fauve s’était vu reprocher (par Picasso notamment) de réaliser ces oeuvres pour une église catholique alors qu’il n’était pas croyant, celui-ci avait répondu que pour lui, tout art est religion.

Le Centre Pompidou expose des esquisses préparatoires qui ont servi à concevoir les vitraux et la rosace, mais aussi la chasuble des hommes d’église officiant dans cette chapelle.

"La Mariée" de Niki de Saint-Phalle (1963)

"La Mariée (Eva-Maria)" de Niki de Saint-Phalle
"La Mariée (Eva-Maria)" de Niki de Saint-Phalle © AFP / Loïc Venance

Après ses séries de “tirs” sur des pots de peinture, Niki de Saint-Phalle, arrivée tardivement aux arts plastiques, crée cette gigantesque mariée en robe de deux mètres de haut, couverte de poupons et de jouets. Une oeuvre révoltée, contre les carcans de la société qui place les femmes dans des cases de mère ou d’épouse.

A ECOUTER | L’interview de la Mariée de Niki de Saint-Phalle dans un Bav[art]dages inédit.

"Le jardin d'hiver" de Jean Dubuffet (1968-1970)

"Le jardin d'hiver" de Dubuffet, une oeuvre dans laquelle le visiteur peut entrer
"Le jardin d'hiver" de Dubuffet, une oeuvre dans laquelle le visiteur peut entrer © AFP / François Guillot

Autodidacte, premier artiste à s’être intéressé à “l’art brut” (celui des fous, des marginaux), Jean Dubuffet a commencé par travailler la peinture avant de s’attaquer à des sculptures, voire des monuments ou des bâtiments.

Ce “jardin d’hiver”, qu’il met deux ans à concevoir, est une oeuvre dans laquelle on peut entrer, marcher et même s’asseoir, caractérisée par ses contours irréguliers marqués par des grosses lignes noires sur fond blanc.

"L’aménagement de l’antichambre des appartements privées du palais de l’Elysée pour le président Georges Pompidou" par Yaacov Agam (1972)

L'antichambre conçue par Yaacov Agam, exposée au Centre Pompidou
L'antichambre conçue par Yaacov Agam, exposée au Centre Pompidou © AFP / François Guillot

C’est sûrement l’un des témoignages les plus parlants de l’affection de Georges Pompidou pour l’art moderne et contemporain. Dès son arrivée à l’Elysée en 1969, le président gaulliste décide de changer la décoration des salons de ses appartements privés, faisant appel à des designers et artistes en vogue à l’époque, comme Pierre Paulin.

Cette antichambre, conçu par l’Israélien Yaacov Agam, spécialiste de l’art cinétique, avait de quoi surprendre. Une fois retirée de l’Elysée par Valéry Giscard d’Estaing, elle a intégré les collections du Centre Pompidou, où elle est régulièrement montrée.

"Horiziontal" de Calder (1974)

Actuellement, la sculpture est exposée devant le Centre Pompidou
Actuellement, la sculpture est exposée devant le Centre Pompidou © AFP / Patrick Kovarik

Cette oeuvre du sculpteur américain Alexander Calder est à la fois un mobile et un “stabile” (l’inverse du mobile, une sculpture qui ne bouge pas). Conçue dans les dernières années de la vie de Calder, elle développe l’idée à laquelle tenait tout particulièrement le sculpteur, celle de faire bouger la couleur. Depuis 2009, elle est installée devant le Centre Pompidou, sur la Piazza.

"Plight" de Joseph Beuys (1985)

Cette installation, qui occupe à elle seule deux salles du musée, est l’une des dernières réalisées par Joseph Beuys. L’artiste allemand y convoque les composantes de sa mythologie personnelle, et essentiellement le feutre qui recouvre tous les murs : une matière qui lui a sauvé la vie, racontait-il, lorsqu’il a été recueilli en Crimée après que son avion a été abattu, pendant la guerre.

Cet espace se veut un lieu de silence - le piano y est fermé, la portée musicale sur un tableau noir est vide. Mais ce silence qui se veut apaisant finit par être oppressant, comme le silence d’un hôpital.

" Le Pot Doré" de Jean-Pierre Raynaud (1985-1996)

Jean-Pierre Reynaud devant son Pot Doré, en 2009
Jean-Pierre Reynaud devant son Pot Doré, en 2009 © AFP / Jacques Demarthon

Créé à l’origine à la demande de la Fondation Cartier, ce gigantesque pot de fleurs couvert de feuilles d’or a une histoire pas comme les autres. Exposé pour la première fois en 1985 dans le jardin de la fondation à Jouy-en-Josas, il a ensuite fait le tour du monde, voyageant en Allemagne puis en Chine avant d’atterrir sur la Piazza devant le Centre Pompidou - et sur le toit du bâtiment depuis 2009.

"Les piques" de Annette Messager (1992)

L’artiste Annette Messager, l’une des artistes françaises majeures du XXe siècle, a élaboré tout au long de sa vie une oeuvre très liée au corps, à l’intime (y compris à sa propre intimité), aux relations affectives. Mais cette oeuvre, au début des années 90, marque un tournant dans sa carrière.

Beaucoup plus sombre et violente que ce qu’elle réalisait jusqu’alors, l’oeuvre embroche des peluches (l’un de ses motifs favoris), et le tout est agrémenté de photos de corps dépecés, de catastrophes naturelles ou d’attentats. Référence à la période de la Terreur en France, c’est une oeuvre qui rattache le corps de chacun à l’Histoire du monde.

No sex last night de Sophie Calle (1995)

La plasticienne Sophie Calle a fait de sa propre vie privée une oeuvre d’art. Son oeuvre se compose de dizaines de textes, de vidéos, de photos, sur sa mère, ses amis, ses amours, ses ruptures. Dans ce film, co-réalisé avec son compagnon de l’époque Greg Shepard, le couple - qui va mal - part traverser les Etats-Unis.

Chacun muni d’une caméra, ils filment leur intimité, jour après jour, chaque journée commençant par cette phrase “No sex last night”. La vie intime exposée, dix ans avant les réseaux sociaux.

Le Rhinocéros de Xavier Veilhan (1999)

Le Rhinocéros au Centre Pompidou
Le Rhinocéros au Centre Pompidou / CC BY 2.0 / Flickr / Melanie Lazarow

Le Rhinocéros est l’une des oeuvres qui ont fait connaître le travail de Xavier Veilhan. L’animal sauvage qu’est le rhinocéros est traité comme un objet de luxe, rouge verni, très sophistiqué. Xavier Veilhan se réfère aux bolidistes, des designers italiens qui ont cherché à appliquer aux meubles l’aérodynamisme des voitures de sport, dans les années 80. Cette oeuvre d’art est aussi la seule à exister sous forme de peluche à la boutique du Centre Pompidou (si, si !).

A ECOUTER | Bav[art]dages a rencontré Le Rhinocéros pour recueillir ses confidences

Pier and Ocean de François Morellet et Takashi Kawamata (2014)

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A photo posted by Galerie Anne-Sarah Bénichou (@galerieasbenichou) on

D’un côté, le Japonais Takashi Kawamata, connu pour ses constructions en bois à la charnière entre l’architecture et les arts plastiques. De l’autre le Français François Morellet, décédé l’an dernier, l’un des pionniers du minimalisme français. spécialiste de l’art cinétique puis du néon.

Dans cette collaboration de 2014, nommée “Pier and Ocean” en hommage aux tableaux de Piet Mondrian, les deux artistes ont créé un paysage immersif qui donne au spectateur l’impression d’être plongé dans une mer vibrante, alors que rien ici ne bouge. Il faut y pénétrer pour de vrai pour ressentir un climat de bien-être.

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