Dès son ouverture en 1977, le Centre Pompidou a changé la façon de faire des expositions d’art. Une spécialité jamais abandonnée depuis.

L'exposition la plus vue au Centre Pompidou a fait plus de 800.000 visiteurs
L'exposition la plus vue au Centre Pompidou a fait plus de 800.000 visiteurs © Maxppp / PhotoPQR/Le Parisien

Que va bien pouvoir exposer le Centre Pompidou ? C’est la question que se posaient les détracteurs du lieu, avant son ouverture au public, le 2 février 1977. A tel point que les mécènes du Musée national d’art moderne refusaient que les œuvres jusque-là exposées au Palais de Tokyo soient transférées, faute de savoir comment elles seraient montrées - et à côté de quelles drôleries contemporaines.

Et pourtant… dès ses premières expositions, le Centre Pompidou a marqué les esprits : avec des scénographies peu communes et des œuvres d'art de qualité, le lieu a fait évoluer le concept même d’expositions en France et en Europe - non sans quelques controverses.

1977-1978 : Les rétrospectives de Dali et Tinguely dans le Forum

L'exposition Dali en 1979
L'exposition Dali en 1979 © Centre Pompidou-Mnam-Bibliothèque Kandinsky- Jacques Faujour

A son ouverture, le Centre Pompidou fascinait notamment par son Forum, un immense espace à deux niveaux qui lui servait aussi bien d’accueil que de premier lieu d’exposition. Aujourd’hui en partie bouché, le Forum a largement perdu cette fonction de lieu d’expo (sauf pour la Galerie des Enfants et quelques expositions ponctuelles au sous-sol).

Pourtant les premières grandes expositions monographiques du Centre, dédiées à Jean Tinguely et Salvador Dali, avaient investi de façon assez impressionnante cet espace. Le premier, pape de l’art cinétique, conçoit dès début juin 1977 le “Crocrodrome de Zig et Puce”, une immense installation faisant penser à un dragon vue de l’extérieur, munie d’une sorte de train fantôme à l’intérieur.

Le second choisi de transformer un espace de 40 mètres de long en “Kermesse Héroïque” : pour sa première rétrospective française, Dali frappe fort. Il installe au milieu du Forum un portique d’entrée du métro, des saucissons géants et une voiture pendus au plafond, non loin d’une cuillère géante, etc. Jamais une exposition n’a été autant vue au Centre Pompidou : 840.000 visiteurs. Et dans toute l’histoire de France, seules deux autres expos la dépassent : Toutankhamon en 1967 au Petit Palais, et Monet en 2010 au Grand Palais.

1977 - 1981 : Les échanges avec New-York, Moscou, Berlin… et Paris

Vue de l'exposition Paris-New York, 1979
Vue de l'exposition Paris-New York, 1979 © Centre Pompidou-Mnam-Bibliothèque Kandinsky- Jacques Faujour

Le postulat de départ qui a mené à la création du Centre Pompidou, c’était le fait que la France avait perdu son rôle avant-gardiste dans la création artistique au profit d’autres villes. A son ouverture, le Centre Pompidou se donne donc comme objectif de mener la fronde contre cette idée. Il lance donc un grand cycle d’expositions qui mettent en regard la création artistique autant que le mode de vie entre Paris et New-York d’abord, puis Moscou et Berlin.

Elements de design, lieux reconstitués, scénographie novatrice : ces trois expositions connaissent toutes le succès. En 1981, le Centre boucle la boucle avec une exposition nommée “Paris-Paris”, centrée sur la création française de 1937 à 1957.

Vue de l'exposition "Paris-Moscou" en 1979
Vue de l'exposition "Paris-Moscou" en 1979 © Centre Pompidou-Mnam-Bibliothèque Kandinsky- Jacques Faujour

1985 : Les Immatériaux

Vue de l'exposition "Les Immatériaux" au Centre Pompidou en 1985
Vue de l'exposition "Les Immatériaux" au Centre Pompidou en 1985 © Centre Pompidou-Mnam-Bibliothèque Kandinsky-Jean-Claude Planchet

Exigeante mais novatrice, cette exposition est restée une référence en particulier pour les artistes et les commissaires d’exposition - car sur le plan de la fréquentation, les résultats sont nuancés (un peu plus de 200.000 visiteurs). Cette exposition, co-conçue par un philosophe, Jean-François Lyotard, étudie le rôle des technologies dans la société moderne.

Mais c’est surtout son format qui marque les esprits : les visiteurs se baladent, munis d’un casque infra-rouge, dans un parcours où, à certains endroits, ils entendent un texte lu par le philosophe.

1989 : Les Magiciens de la Terre

Vue de l'exposition "Magiciens de la Terre" à la Grande Halle de la Villette en 1989
Vue de l'exposition "Magiciens de la Terre" à la Grande Halle de la Villette en 1989 © Centre Pompidou-Mnam-Bibliothèque Kandinsky- Konstantinos Ignatiadis

Si le monde de l’art ne devait retenir qu’une seule exposition parmi toutes celles exposées au Centre Pompidou, ce serait peut-être celle-ci. A l’initiative de Jean-Hubert Martin, l’un des commissaires d’exposition les plus reconnus du pays (et à l’époque directeur du Musée national d’art moderne), un musée occidental fait le choix, pour la première fois, d’exposer côte à côte des artistes européens, des artistes venus du monde entier, aux pratiques différentes de celles qu’on connaît alors.

L’exposition, qui se déroule aussi à la Grande Halle de la Villette tant elle est vaste (101 artistes !), suscite des réactions d’opposition dans “le petit monde de l’art occidental”, se souvenait l’an dernier Jean-Hubert Martin dans les colonnes du Monde. Mais l’exposition est un succès et change radicalement la perception de l’art non-occidental. Sa popularité est telle qu’en 2014, une exposition sur l’exposition a été organisée.

1992 : Manifeste

De juin à septembre 1992, la quasi-totalité des surfaces du Centre Pompidou est dédiée à une vaste exposition, nommée “Manifeste”, consacrée à la création artistique entre 1960 et 1990. TOUTE la création artistique. Co-organisée par le Musée national d’art moderne et le Centre de création industrielle (qui ont depuis fusionné), c’est la première exposition à donner un panorama complet de l'inventivité d’une époque.

A côté des arts plastiques et du design, disciplines habituelles du Centre, l’exposition parle aussi cinéma, architecture, musique, littérature, télévision, etc. Avec cette monumentale exposition, le Centre Pompidou fait un premier pas vers le décloisonnement des arts.

2009 : elles@centrepompidou

Ce n’est pas une exposition temporaire à proprement parler, mais un accrochage des collections du musée, prévu pour une longue durée (plus d’un an). Et le parti pris est radical : pendant toute cette durée, le musée n’expose que des artistes femmes.

Les stars comme Annette Messager, Louise Bourgeois ou ORLAN côtoient des artistes moins connues du grand public comme Pipilotti Rist ou Lili Reynaud-Dewar, et des travaux engagés comme ceux des Guerrilla Girls. Avec cette expo, le Centre Pompidou pose clairement la question de la présence des femmes dans les collections publiques d’art contemporain.

Depuis 2010 : Kandinsky, Soulages, Koons, les grandes monographies

Vue de l'expo Jeff Koons en 2014
Vue de l'expo Jeff Koons en 2014 © Centre Pompidou-Mnam-Bibliothèque Kandinsky- Hervé Vérnoèse

Les dernières expositions à succès du Centre Pompidou sont des monographies : en 2009 et 2010, une grande rétrospective du Français Pierre Soulages surprend tout le monde par son succès populaire : 500.000 spectateurs s’y déplacent. Quelques mois plus tôt, la rétrospective haute en couleurs de Vassily Kandinsky avait fait encore plus fort, avec 703.000 spectateurs.

Mais l’exposition qui bat tous les records est celle consacrée à Dali (encore lui) : la rétrospective qui se déroule en 2013 attire 790.000 spectateurs. C’est moins que pour sa première expo en 1979, mais les jauges de sécurité des salles du musée ont été revues à la baisse entre-temps. Fin 2014, l’exposition consacrée à Jeff Koons bat un record de fréquentation pour un artiste vivant en France : 650.000 spectateurs. La rétrospective Magritte qui vient de s’achever a, quant à elle, accueilli près de 600.000 visiteurs.

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