La photographie instantanée a 70 ans. Depuis le lancement du tout premier appareil Polaroïd en novembre 1948, ces photographies carrées, à la luminosité toute particulière, sont devenues l'un des supports préférés de photographes et de plasticiens tels qu'Andy Warhol, Walker Evans ou Robert Mapplethorpe.

Un des autoportraits les plus célèbres d'Andy Warhol
Un des autoportraits les plus célèbres d'Andy Warhol © AFP / Saul Loeb

C'était le 26 novembre 1946 : la firme américaine Polaroid lançait son tout premier modèle d'appareil photo à développement instantané, le Modèle 95. À l'époque, l'engin coûte un peu moins de 100 dollars et pèse surtout 2kg. Il faut une minute, une fois le déclencheur activé, pour obtenir un cliché aux tons sépia sur une petite vignette au format carré.

Ce nouveau modèle de photographie est aux antipodes de ce qu'on connait jusqu'alors. Car pour obtenir une photo avec un développement si rapide, il faut faire des concessions : la photo est de taille réduite, facilement floue et le rendu des couleurs est souvent peu satisfaisant. Et pourtant... en quelques années, ce format est devenu le chouchou de nombreux artistes, au point qu'à la fin des années 70, la marque écoule plus de dix millions d'appareils par an. 

Andy Warhol

C'est certainement l'artiste auquel on pense le plus lorsqu'on évoque le Polaroïd : Andy Warhol. Dès la fin des années 50, le grand maître du pop art ne se déplace jamais sans son appareil instantané. Il photographie ses amis, ses contacts professionnels, ses modèles, et prolonge sa pratique du pop art avec ces portraits de stars qui sont témoins d'une époque... au même titre que les jouets ou les boîtes de lessive qu'il photographie aussi. 

Un autoportrait grimaçant de Warhol réalisé au Polaroïd
Un autoportrait grimaçant de Warhol réalisé au Polaroïd © AFP / EMMANUEL DUNAND

Walker Evans 

Walker Evans est l'un des photographes qui ont le plus marqué le XXe siècle. Avec son approche très documentaire de la photo, il est notamment l'un des chroniqueurs de la Grande dépression américaine. Et ce n'est qu'à la toute fin de sa vie, à partir de 1973, qu'il se consacre au Polaroïd. Pendant deux ans, jusqu'à sa mort en 1975, il ne réalise presque plus que des photos sur ce support, photographiant essentiellement des portraits de ses proches. Ce dernier travail a été publié dans un ouvrage rétrospectif en 2006.

Robert Mapplethorpe

Le célèbre photographe, maître du noir et blanc, a lui aussi utilisé le Polaroïd au début de sa carrière, essentiellement entre 1970 et 1975, alors qu'il avait à peine la vingtaine. Sur cette période, il a réalisé plus de 1 500 clichés noir et blanc, à l'aspect plus brut que les photos extrêmement soignées qui l'ont fait connaître ensuite. Ceux-ci ont notamment fait l'objet d'une grande exposition à New-York en 2008. Parmi ses portraits au Polaroïd les plus célèbres, on trouve ceux de Patti Smith, qui était sa colocataire à l'époque. 

Christian Boltanski

Si Christian Boltanski n'est pas photographe mais plasticien, l'image a une place importante dans son travail. Vous connaissez peut-être cet artiste pour son installation monumentale à base de vêtements et de grues, installée au Grand Palais en 2010. Mais son premier terreau, c'est l'image, et notamment les photos qui évoquent le souvenir, la mémoire, l'enfance et la mort - il a beaucoup travaillé, notamment, sur les portraits de victimes de la Shoah

Parmi les photos-souvenirs qu'il a exploitées, on trouve donc quelques Polaroïds utilisés dans les années 80, érigés en Monuments Polaroïd, à mi-chemin entre des écrins et des retables, ces constructions verticales, traditionnellement placées sur les autels des églises.

David Hockney

La photo instantanée a influencé le travail de David Hockney, devenu depuis quelques semaines l'artiste vivant le plus cher du monde, de deux façons bien distinctes. Passionné de photo, le Britannique parti aux États-Unis découvre ce support assez tôt et s'y adonne en parallèle de son activité de peintre. Le format carré des photos instantanées l'inspire pour une partie de ses toiles, qui adoptent aussi ce format inhabituel à l'époque en peinture. 

Plus tard, il a également utilisé le matériau qu'est le Polaroïd pour des collages photo présentant le modèle sous plusieurs points de vue, à la lisière du cubisme. Des pièces qui lui demandent un travail de fourmi, mais qui font partie des plus abouties de sa carrière. 

Chuck Close

Connu pour ses portraits hyperréalistes - dont celui de Barack Obama - Chuck Close exploite le portrait sous toutes ses coutures, en peinture, parfois avec un traitement pixellisé, mais aussi en photo ou en collage. L'appareil Polaroïd qu'il utilise a une particularité : il permet de réaliser des clichés de grand format, à 50x60 cm. Résultat, l'appareil lui-même est gigantesque. 

Un portrait Polaroïd grand format de Chuck Close, ici en 2010
Un portrait Polaroïd grand format de Chuck Close, ici en 2010 © AFP / EMMANUEL DUNAND

Avec ce boîtier surdimensionné, l'artiste a notamment réalisé des portraits détaillés composés de plusieurs photos, ou une série de portraits de vedettes photographiés de façon brute - dont Brad Pitt et Scarlett Johansson. 

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