La RMN-Grand Palais montre en avant première l'exposition "Artistes et Robots" dans le cadre d'Astana 2017, l'exposition internationale sur le thème de l'énergie du futur.

L'exposition internationale d'Astana au Kazakhstan du 10 juin au 10 septembre 2017
L'exposition internationale d'Astana au Kazakhstan du 10 juin au 10 septembre 2017 © Radio France / Astana2017

Artistes et robots est un titre qui donne la couleur immédiatement car il y a un déficit de notoriété de ces artistes et de leur travail, comme de tous les artistes contemporains.

C’est un parcours à la fois pédagogique et esthétique, où l’on se confronte à la question " Est-ce-qu’un robot pourrait remplacer un artiste ?" explique Jérôme Neutres, Commissaire d’expositions, conseiller du président de la Réunion des Musées nationaux-Grand Palais.

Avec l'artiste Miguel Chevalier, il y travaille depuis 4 ans, a rassemblé les travaux des artistes du monde entier les plus emblématiques du numérique. La France a été un des berceaux de cette recherche.

La question de savoir si le robot peut remplacer l'artiste connaît déjà une réponse positive, et depuis longtemps, mais on est obligé de constater que ces robots n'existeraient pas sans les artistes.

Quels sont ces robots artistes ?

Jérôme Neutres : Ces robots ne sont pas des robots physiques, même si on voit des robots peindre et dessiner. Ce sont surtout des logiciels qui par des algorithmes génèrent des œuvres que les artistes ne pourraient pas faire. Je pense à des œuvres dont le temps et l’espace sont bouleversés. Cela donne des systèmes qui produisent des tableaux qui ne sont jamais les mêmes ; c’est une image aléatoire renouvelée de façon permanente. Je pense à Elias Crespin qui crée des mobiles qui ont des mouvements génératifs qui ne sont jamais les mêmes.

Est-ce une nouvelle page de l'histoire de l'art ?

Jérôme Neutres : Cette histoire d'art numérique, robotique, virtuel a déjà 70 ans. On pourrait en dater le début avec l'apparition des Meta Matics de Jean Tinguely. Les premiers dispositifs robotiques datent des années 50.

Au fond, dans ces robots on peut voir, comme dans un miroir, le processus de créativité. Avec Leonele Moura les robots sont ses assistants, et il se rend compte que quelque chose part du chaos, des trouvailles formelles viennent d’un accident, un mélange de hasard et de nécessité.

Pour l’artiste turc Memo Atken, ce sont des logiciels de deep learning. Il a nourri une machine de toute l’histoire de l’art ; il a intégré un nombre important d’images, et ce colosse de culture et d’art, par un système de caméras, interprète de façon artistique les gens qui viennent se présenter devant lui.

Qu'est ce que ces robots expriment en fait, leur vision ou celle de l'artiste ?

Jérôme Neutres : Ce sont des expressions d’un imaginaire artificiel ; on est à la frontière de l’art et de la science. Ces expressions artificielles sont peut-être l’énergie de l’art de demain.

Comment le public réagit-il face à des artistes, certes pionniers, mais totalement inconnus ?

Jérôme Neutres : Ces artistes ne sont pas connus car les grandes institutions ne leur donnent pas assez leur chance et préfèrent dérouler la énième expo sur Picasso ou Matisse. Les enfants sont les moins surpris ; ceux qui sont nés avec une tablette dans les mains, sont presque naturellement familiers avec ces dispositifs .Or ce sont des œuvres très fortes, des chefs d’œuvres que nous avons choisis. Il y a des vraies émotions esthétiques et des chocs visuels.

Les questions que posent les oeuvres présentées à Astana intéressent aujourd'hui notre quotidien. Intelligence artificielle, deep learning, génération aléatoire, tous ces concepts courent sous les doigts de tout utilisateurs de smartphone, sans qu'ils ne s'en rendent compte.

Artistes et Robots sera en France en mars 2018 dans une version plus large.

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