Comme le résume Jacques Cardona au générique des Mystérieuses Cités d’Or :

Qui n'a jamais rêvé de ces mondes souterrains, de ces mers lointaines peuplées de légendes ou d'une richesse soudaine qui se conquerrait au détour d'un chemin de la Cordillère des Andes ? Qui n'a jamais souhaité voir le soleil souverain guider ses pas, au coeur du pays Inca vers la richesse et l'histoire des Mystérieuses Cités d'Or ?

Au pays Inca ou ailleurs, les cités perdues font rêver beaucoup d’entre nous. Aude de Tocqueville en a même fait un atlas ! Elle en propose un rapide tour d’horizon au micro de Daniel Fiévet, partez en voyage imaginaire avec elle ici (ou réécoutez-la ici) .

Il en va des villes comme des êtres humains : elles naissent, elles grandissent puis finissent par s’éteindre. Pompéi (Italie), Angkor (Cambodge), Shi Cheng (Chine), Pripiat (Ukraine)… Certaines disparaissent brutalement dans des conditions tragiques, d’autres s’endorment doucement et ne se réveillent plus jamais, certaines laissent un souvenir impérissable et deviennent mythiques, d’autres tombent (parfois très vite) dans l’oubli…

Seseña Nueva, projet fou d'une ville luxueuse au sud de Madrid
Seseña Nueva, projet fou d'une ville luxueuse au sud de Madrid © corbis

Parfois, le destin des villes ressemble à celui d'étoiles filantes ! C’est le cas de Seseña Nueva , à une trentaine de kilomètres au sud de Madrid. La ville a été construite en banlieue de la bourgade de Seseña entre 2003 et 2008 par Francisco Hernando, un entrepreneur espagnol qu’Aude de Tocqueville qualifie volontiers de “mégalo ”. Prévue pour 40 000 habitants, le projet s’est enrayé rapidement avec l’éclatement de la bulle immobilière espagnole : seuls 5600 logements sur les 13500 prévus ont été achevés . De toutes façons, nombre d’entre eux sont vides : seuls 4000 personnes y habitent.

Autres villes au destin éphémère :les villes minières, presque destinées par essence à devenir fantômes . Elles naissent lorsque la rumeur annonce qu’un gisement (charbon, or, argent…) a été découvert… et meurent dès que le filon est épuisé - ou que la rumeur le dit.

L’histoire de Rhyolite (Etats-Unis) est typique : un filon d'or a été découvert, très vite la ville s'est établie. Elle a accueilli en son temps 10 000 personnes, avec saloon, école, salles de spectacle, etc. - mais seulement pendant cinq années, de 1904 à 1908. Une ville bien vivante, en fait, jusqu’à ce qu’un jour, un mineur soit ressorti d’une mine en criant “Il n’y a plus d’or !”, entraînant un départ massif de la ville… et sa ruine.

Centralia, ville états-unienne sous laquelle couve un feu depuis... 50 ans !
Centralia, ville états-unienne sous laquelle couve un feu depuis... 50 ans ! © corbis

Autre ville minière au destin singulier : Centralia (Pennsylvanie), où brûle un feu inextinguible depuis près de 50 ans! Aude de Tocqueville explique :

En 1962, des gens ont mis le feu dans une décharge, près d'un cimetière. Le feu s’est propagé sous la terre. Or c’était une ville minière, de charbon. Le feu a pris sous la terre, dans les galeries. Quelques mois après ce début de feu, les gens ont vu des flammèches sortir du sol. Tous les bâtiments se sont écroulés sauf l’église qui était un peu en hauteur.

Certaines villes minières, désertées, connaissent aujourd'hui une deuxième vie avec le tourisme . C'est le cas del'île d'Hajima - ou ‘Gunkanjima’ en japonais. Vous l'avez sûrement déjà vue : c'est le repère du Méchant auquel s’oppose James Bond dans Skyfall. On y extrayait du bauxyte dans les années 1940. Quand le pétrole est devenu plus rentable que le charbon, dans les années 1960, l'unique ville de l'île a commencé à décliner... jusqu'à devenir véritablement déserte en 1974, quand Mitsubichi a fermé la dernière mine encore en exploitation. Mais depuis 2009, une navette propose de desservir l’île pour les voyageurs curieux de découvrir ce type de paysage austère et bétonné.

L'île d'Hashima au Japon, devenue ville fantôme avec la fermeture de la dernière mine de charbon en 1974
L'île d'Hashima au Japon, devenue ville fantôme avec la fermeture de la dernière mine de charbon en 1974 © corbis

On ne peut pas parler des villes perdues sans évoquer Pompéi , cité victime du volcan voisin et restée enfouie sous les cendres pendant 17 siècles. Aujourd’hui, la ville est presque menacée d’une deuxième disparition car l'Italie n'a pas les moyens de maintenir en état le site archéologique. Isabel Pasquier s’est rendue sur place et a consacré un reportage d’Interception (40 mn) à la ville italienne :

Parfois,ce sont les autorités elles-mêmes qui déclenchent le cataclysme qui fera disparaître une ville : c’est le cas de Shi Cheng en Chine. En 1959, la création d'un barrage hydroélectrique est décidé dans une vallée. Qu’importe qu’il y ait là une cité antique de l’époque Han, 1000 ans av JC. dans le passage…Elle sera noyée ! Les vestiges sont accessibles aujourd’hui et ont même été pendant un temps un haut lieu de la plongée sous-marine. En 2004, un sous-marin destiné aux touristes est même créé… mais ne sera jamais utilisé : la loi chinoise l’interdit. Et devant l’ampleur du phénomène, la plongée est devenue interdite aujourd’hui au-dessus de Shi Cheng.

Teotihuacan (Mexique)
Teotihuacan (Mexique) © corbis

Evoquant Teotihuacan (Mexique), haut-lieu du tourisme archéologique, Aude de Tocqueville regrette :

J’aurais adoré être, au début du XIXe siècle, l’un de ces découvreurs. Cette ville [Teotihuacan] était complètement recouverte par la végétation, la nature avait vraiment repris ses droits.

Aujourd'hui, le lieu reste mystérieux : les archéologues ont beaucoup étudié la ville et pourtant on ne connaît aujourd’hui presque rien sur elle. On ne sait pas qui l’a construite, quelle ethnie l’a peuplée, pourquoi elle a disparu. “On ne sait rien parce qu’on ne parle pas la langue.” note Aude de Tocqueville. “On ne connaît même pas le premier nom de cette ville. Dans les années 1940, on pensait qu’elle était toltèque puis qu’elle appartenait aux Mayas... puis cette thèse aussi a été rejetée. C’est resté mystérieux.”

Le bassin dans Panch Mahal, un palais de cinq étages à Fatehpur Sikri, près d'Agra, dans l'Uttar Pradesh
Le bassin dans Panch Mahal, un palais de cinq étages à Fatehpur Sikri, près d'Agra, dans l'Uttar Pradesh © corbis

Les conditions environnementales peuvent aussi précipiter la chute d'une ville , aussi belle soit-elle. Au XVIe siècle, l'empereur Akbar fait construire Fatehpur Sikri (Inde) et s'y installe avec sa cour. Environ 20 000 personnes devaient y vivre…Mais la ville n’a duré que quinze ans parce que les citernes se sont asséchées très vite . Longtemps oubliée, la ville fut redécouverte à la fin du XIXe siècle.

Et en France, y a-t-il des cités perdues ?

Aude de Tocqueville évoque les villes françaises désertes à cause des horreurs de la Première Guerre mondiale : les villages autours de Verdun qui existent encore aux yeux de l'administration française mais qui n'ont plus d'habitant. Elle rappelle également l'existence de Jeoffrécourt dans l’Aisne, un camp d'entraînement à la guérilla urbaine (le plus grand d’Europe). Pour les besoins des militaires, une cité virtuelle a été recréée, avec des magasins, des pavillons, des centres commerciaux, une pagode, un temple… Des militaires de l’Europe entière viennent s’entraîner dans cet endroit que personne n’a jamais habité.

Atlas des cités perdues
Atlas des cités perdues © Arthaud

Aude de Tocqueville évoque aussi Pripet en Ukraine (désertée avec l’explosion d’un réacteur à Tchernobyl), Vilcabamba au Pérou (“le capitale des derniers Incas”), Angkor au Cambodge (“une ville-musée, mais vivante en même temps”), Carthage en Tunisie, Babylone ("qui n’existe pas que dans la Bible")… Pour les découvrir, écoutez l’émission ! Ou, mieux encore, procurez-vous le livre sur Amazon ou dans toutes les bonnes librairies : Aude de Tocqueville,Atlas des Cités Perdues , éditions Arthaud (2015).

ET AUSSI | Pour aller plus loin, notamment sur les temples d'Angkor, vous pouvez regarder en VOD ou DVD “Angkor redécouvert”, le documentaire sur arte :

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