Bernard Fontanille est allé à la rencontre de guérisseurs à travers le monde, pour connaître de nouveaux savoirs-faire mais aussi pour rencontrer ces hommes qui soignent…

Le grand maître shaolin Shi De Jian médite sur un rocher dans les montagnes de San Huang Zai (Chine)
Le grand maître shaolin Shi De Jian médite sur un rocher dans les montagnes de San Huang Zai (Chine) © xPACIFICA

Médecin urgentiste de formation, Bernard Fontanille a eu l'opportunité d'accompagner pendant un an de grands événements sportifs ou des émissions de télévision à travers le monde. Il a découvert des pratiques qui l'ont interrogé en tant que praticien et a décidé de se lancer dans un tour du monde des médecines, partant à la rencontre de ces savoirs qui peuvent surprendre un peu les Occidentaux que nous sommes.

Au micro de Daniel Fiévet, il raconte quelques une de ses rencontres.

En Chine, Bernard Fontanille a rencontré un moine médecin dans une école de moines Shaolin - célèbre pour ses moines qui pratiquent le kung-fu. Ce moine guérisseur prétend pouvoir pratiquer l'acupuncture, sans regarder son patient et même sans le dévêtir :

Même avec les yeux bandés, j'arrive à planter les aiguilles !

Savez-vous que les crottes d'éléphants peuvent servir en médecine ? Ecoutez le témoignage d’un guérisseur massaï (au Kenya) interrogé par Bernard Fontanille :

L'éléphant mange des plantes qui me sont utiles. Je regarde s'il y a des graines et je les récupère. Ce sont souvent des plantes que je ne trouve pas ici. L'éléphant me les ramène de loin. Ensuite je n'ai plus qu'à les planter.

La médecine occidentale est-elle si différente des autres pratiques médicales ?

Sur une île indonésienne, Bernard Fontanille a fait la connaissance d'une ethnie qui vit dans la forêt depuis des centaines d'années et qui n'a pour se soigner que ce qu'ils ont autour d'eux. Il en a tiré une leçon d'humilité, en un sens : "A part soigner des bobos, donner du paracétamol, traiter des abcès, je ne pouvais pas faire grand chose dans cette forêt parce qu'il me manquait tous mes outils habituels, mon environnement médicamenteux".

Sans mes outils, je ne faisais pas beaucoup mieux que lui...

Bertrand Fontanille rappelle aussi que les différentes médecines du monde (grecques, occidentale, chinoise) se sont rencontrées il y a très longtemps... Parfois elles se sont mélangées, et certaines pratiques ont été adoptées - pourvu qu'elles soient adaptées à la philosophie locale :

Les rituels des shamans d'Amérique du sud viennent du shamanisme sibérien. Quand les shamans sibériens en Amérique du Sud ont traversé le détroit de Beiring, ils se sont installés de plus en plus bas en Amérique du sud.

Un rassemblement international de chamans le 5 août 2012 au lac Baïkal sur l'île d'Olkhon (région d'Irkoutsk)
Un rassemblement international de chamans le 5 août 2012 au lac Baïkal sur l'île d'Olkhon (région d'Irkoutsk) © Getty / anton petukhov

Parmi les praticiens croisé par Bertrand Fontanille, certains étaient facétieux, d'autres vantards... mais la plupart étaient ouverts au dialogue quant à leurs pratiques.

Au nord du Brésil, dans le parc indigène du Xingu, un projet de médecine a été initié dans les années 1960 par un médecin italien : une grande collaboration entre les médecins locaux et les médecins locaux : "On a compris que pour soigner quelqu'un d'une culture très différente, il faut respecter cette culture parce que leurs croyances étaient importantes et qu'on ne pouvait pas arriver avec notre "médecine de blancs", comme elle s'appelle là bas, comme ça en claquant des doigts. Ça ne marchait pas, ou pas bien".

Quel est le dénominateur commun de toutes ces rencontres ?

De toutes ces rencontres avec les shamans, Bernard Fontanille retient comme fil rouge un rapport particulier qu’il a constaté entre l'humain et la nature, traitée “presque d'égal à égal”. Il y a cette évidence, chez ces soignants :

La nature est là pour nous faire vivre et il ne faut pas la détruire.

Bernard Fontanille ajoute que ces médecins "ont tous un regard extrêmement sévère sur ce qu'on est en train de faire. Tout le monde est au courant de ce qui se passe même au fin fond du monde (les gens ont un accès à l'information qui est pas le même que pour nous mais qui existe) et le constat est assez sévère"…

Quelle(s) différence(s) majeure(s) entre les différentes médecines ?

Le médecin occidental a été marqué par le temps et le dévouement que ses confrères du bout du monde donnent à leurs patients.

Ce sont des gens qui, pour la plupart, ont un don, un savoir qu'on leur a transmis et qu'ils appliquent à leur voisins, mais ils ont tous une activité d’élevage, de pêche, de chasse. Ils donnent du temps aux autres, sans réfléchir.

Les Navarros par exemple font des rituels sur neuf jours…

Aller plus loin

  • Retrouvez les documentaires de Bernard Fontanille sur Arte (saison 1 et 2)
  • Tout l'été, écoutez Le Temps d'un bivouac, deux heures d'émissions à l'aventure
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