L’exposition Guy Debord à Paris remet à l’honneur Gil J Wolman, l’un de ses comparses , et à Londres son travail à l’aide du ruban adhésif sur les affiches fait face aux affiches lacérées de Jacques Villeglé. Je rends ici hommage à Marion Chanson qui est à l'origine de cette exposition. Elle nous replonge dans la période fondamentale des années 60, grâce à cette confrontation intitulée Dés/Illusions Collectives : Jacques Villeglé et Gil J Wolman.

Gil J Wolman
Gil J Wolman © Galerie Valérie Schmidt / Galerie Valérie Schmidt

A l’aide de rubans de scotch,Wolman a arraché des pages de magazines, des bandes de papier, reportées ensuite sur la toile. Ce n’est pas du lacéré récupéré comme l'a fait Villeglé, mais du décollé reconstitué. Les deux artistes ont en commun dans les années 60 d’interroger les mutations de la ville. Paris est le personnage principal de leur histoire artistique, Paris, qu’on ne disait pas encore Grand Paris, mais qui déjà croissait en cercles concentriques et banlieues pour classes ouvrières. Les chantiers génèrent des palissades, qui sont trouvailles de génies pour Raymond Hains et Jacques Villeglé. Villeglé découvre le lettriste Wolman dans un café, à l’occasion d’un récital (car les lettristes sont avant tout des diseurs) et l’attrait pour les mots les réunira ensuite autour d’une amitié fidèle.

Gil J Wolman Picasso peintre-1967
Gil J Wolman Picasso peintre-1967 © Richard Valencia / Richard Valencia

Dans le catalogue de l’exposition, Marion Chanson évoque la dénonciation par Wolman et Debord sur le détournement comme pratiques artistiques : « L’“art scotch” serait à classer parmi les détournements mineurs car, selon Wolman et Debord, il dérive “d’un élément qui n’a pas d’importance propre et qui tire donc tout son sens de la mise en présence qu’on lui fait subir. Ainsi des coupures de presse, une phrase neutre, la photographie d’un sujet quelconque”. Avec le cycle des séparations, initié en 1977, Wolman va plus loin en découpant en deux des reproductions de la Joconde et d’oeuvres de Picasso pour y introduire le “Wolman’s land”, un espace qu’il subtilise, et qui repousse tant les limites originelles du tableau que celles de son duplicata…. ».

Avec Picasso, ou Dubuffet, Wolman et Villeglé ont fait acte d'appropriation, grande affaire de leur époque, qu'Yves Klein et Arman avaient également de leurs côtés ériger en art.

Villeglé avec ses affiches lacérées prélevées dans Paris, ou Wolman, indiquant même à tout un chacun comment fabriquer un tableau d’art scotch, sont d’une époque où la pratique artistique repousse l’idée de génie de l’auteur pour intégrer la participation d’autrui.

Pour Marion Chanson, les deux artistes interrogent la fragilité de la peau de la société. Un délabrement mise à nu, débusqué derrière le brillant des fêtes de la société de consommation.

Villeglé  1975 rue du grenier Saint-Lazare
Villeglé 1975 rue du grenier Saint-Lazare © André Morin / -André Morin
Gil J Wolman 1966  sans-titre (Mitterrand)
Gil J Wolman 1966 sans-titre (Mitterrand) © Richard Valencia / Richard Valencia

Au sujet de Debord, Wolman et Villeglé >

L'exposition Villeglé – Wolman – Collective Dis/illusion, 10 avril - 30 mai 2013

THE MAYOR GALLERY, 22a Cork Street, t: +44 (0) 20 7734 3558, London W1S 3NA

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