Jusqu'au 23 mai, le Salon de Montrouge accueille la nouvelle garde de l'art contemporain, de jeunes artistes prêts à marcher sur les traces des plus grands. En 55 ans, ce salon, l'un des plus connus de France, a vu passer des jeunes devenus grands noms du milieu.

Le Salon de Montrouge, l'an dernier à Montrouge (Hauts-de-Seine)
Le Salon de Montrouge, l'an dernier à Montrouge (Hauts-de-Seine) © AFP / Pascal Hausherr / Hans Lucas

Si vous imaginez que les salons artistiques, c'est une histoire d'impressionnistes qui appartient au XIXe siècle, détrompez-vous : aujourd'hui encore, les salons sont l'un des meilleurs moyens de découvrir les jeunes talents de l'art, ceux qui seront peut-être, dans quelques années, les vedettes des grandes institutions culturelles. Et l'un des plus célèbres de ces salons se déroule chaque année, en banlieue parisienne, à Montrouge dans les Hauts-de-Seine.

Chaque année au mois de mai depuis 1955, la ville accueille de jeunes artistes en leur offrant une vitrine, certains d'entre eux exposant pour la première fois. Si les lauréats se voient offrir la possibilité de participer, par la suite, à d'autres événements, tous les artistes présentés ont une occasion de se révéler à un public varié. Et parmi ceux passés par Montrouge au cours de ces 63 dernières années, certains sont devenus des stars de l'art contemporain. Tout prête à penser que parmi les participants de cette année, certains feront aussi parler d'eux : nous avons sélectionné cinq de nos coups de cœur

Les grands artistes passés par Montrouge

Hervé Di Rosa : Le peintre sétois a fait l'une de ses premières expositions à l'occasion du Salon de Montrouge, en 1982 à l'époque, à tout juste 23 ans. Tout frais porte-étendard du mouvement de la "figuration libre" (avec notamment Robert Combas), c'est dans ces années-là que sa carrière a décollé. Depuis, ses personnages à un seul œil ont peuplé la culture populaire (avec par exemple la série Les René sur Canal +), ainsi que son musée des arts modestes, le MIAM, unique en son genre, à Sète.

Felice Varini : Lui aussi a fait ses armes à Montrouge, en 1984, quelques années seulement après le début de sa carrière d'artiste. L'artiste s'est fait remarquer par ses peintures monumentales en anamorphose, qui ne se voient bien que d'un point de vue bien précis. Il est aujourd'hui l'un des artistes les plus côtés, et intervient dans l'espace public un peu partout en France, comme à Carcassonne où sa dernière œuvre fait polémique.

A Carcassonne, une oeuvre de Felice Varini fait polémique
A Carcassonne, une oeuvre de Felice Varini fait polémique © Radio France / Eric Cabanis

Jean-Michel Alberola : Le peintre français a participé trois fois d'affilée au salon de Montrouge, en 1981 (l'année de sa toute première exposition), 1982 et 1983. Il en a également été l'invité d'honneur en 2015. Très pluridisciplinaire, l'une de ses œuvres les plus connues est un néon où le mot "rien" forme un crâne.

Théo Mercier : Quand les trois artistes cités ci-dessus exposaient à Montrouge, Théo Mercier, né en 1984, s'est fait connaitre au Salon de Montrouge en 2009. Ses sculptures, une famille invisible ou un monstre solitaire en spaghetti, des objets hybrides, collectionnés, juxtaposés ou assemblés, en font un des artistes les plus reconnus de ces dernières années. Désormais aussi metteur en scène (La Fille du collectionneur, Radio Vinci Park), il a aussi collaboré avec de nombreux artistes comme Bjork, Philippe Katerine ou Juliette Armanet dont il a co-imaginé l'univers visuel.

Les artistes de cette année dont vous entendrez sûrement parler

Garush Melkonyan : A seulement 25 ans, ce jeune artiste, diplômé de l'école des Beaux-Arts de Paris, produit essentiellement des vidéos, toutes inscrites dans un dispositif de scénographie particulier. Et ses œuvres mettent en scène le langage, le paradoxe, et à chaque fois une touche de surprise. Dans The Interview, montrée à la Villette en début d'année, il avait imaginé une interview de 40 questions et 40 réponses... diffusées aléatoirement. Et dans l'œuvre présentée à Montrouge, quatre écrans vidéo, placés très près du spectateur, montrent quatre personnages qui échangent autour d'un étrange secret. 

Ariane Loze : Cette artiste belge a remporté l'un des prix du salon, le prix du département des Hauts-de-Seine, pour ses vidéos nommées MOWN, pour "Movies on my own" : des films courts dans lesquels elle joue tous les rôles, mais assure aussi toutes les fonctions techniques. Des tournages à une personne (parfois réalisés en performance) qui impressionnent non seulement par leur prouesse technique, mais aussi parce que la présence d'une seule femme à l'écran, dans plusieurs rôles, crée une sorte d'étrangeté dans ces films. 

Roland Burkart : S'il fallait trouver une parenté dans le travail d'artiste de Roland Burkart, ce serait peut-être avec le Danois Olafur Eliasson, connu pour créer des paysages et situations troublantes pour les sens. Travaillant à la fois l'espace, la perception et les illusions d'optique, il présente à Montrouge un grand cube fait de miroirs, qui déforme la réalité et place le visiteur sur un étrange parquet, qui n'existe que dans le reflet. Troublant et fascinant à la fois.

L'installation "Your Infinity" de Roland Burkart au Salon de Montrouge
L'installation "Your Infinity" de Roland Burkart au Salon de Montrouge © Radio France / JB

Marianne Vieules : Un fond vert de cinéma pour s'entraîner aux sorties dans l'espace, une serre spatiale, des essais pour faire voler des objets (notamment des œufs au plat). Tout le travail de cette artiste s'inscrit dans un seul et même récit : Marianne Vieules est une astronaute autonome. Chaque pièce de son œuvre est un outil de préparation à un futur décollage, comme le générateur de phrases héroïques "You are an austronaut", fabriqué à base de bouts de répliques de films ou de paroles de chanson. Ou encore ce toast sur lequel s'est un jour imprimé miraculeusement (!) le visage de Youri Gagarine, à l'origine de cette vocation d'astronaute. C'est un rêve d'enfant poussé à l'extrême, un jeu régressif devenu très sérieux, et c'est cela qui rend ces travaux attachants.

Installation de Marianne Vieulès au Salon de Montrouge 2018
Installation de Marianne Vieulès au Salon de Montrouge 2018 © Radio France / JB

Thomas Wattebled : A Montrouge, cet artiste présente des chaises longues... allongées, à plus de deux mètres de haut. Un objet recomposé, qui a totalement quitté le monde de l'utile (impossible de s'y asseoir sans tomber) pour entrer dans celui de la poésie, tout comme ses raquettes de badminton enchevêtrées, leurs cordages tissés entre eux. Moins étonnant sur le plan visuel mais tout aussi intéressant, une série de photos dans laquelle l'artiste s'est mis en recherche de tous les ronds-points de France sur lesquels il y a un bateau, pour leur redonner vie avec des feux de bengale, à la manière d'un skipper qui finit sa course.

"Normales de saisons", de Thomas Wattlebled
"Normales de saisons", de Thomas Wattlebled © Radio France / JB
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