Les œuvres choisies ont été réunies autour du thème de l’enfermement, un thème qui entre en résonnance avec le cadre de la Conciergerie qui fut aussi un lieu de détention.

Cette exposition est organisée à la Conciergerie par le Centre des Monuments Nationaux sous la présidence de M. Philippe Bélaval . La scénographie est confiée aux architectesCaroline Barat etThomas Dubuisson , agence Search. L'exposition présente sur 1500 mètres carrés une sélection de près de 50 œuvres de 23 artistes . Ces œuvres, pour la majorité inédites, proposent des points de vue variés et singuliers sur ce sujet omniprésent dans l’histoire de l’Humanité. L’exposition s’articule autour de deux axes principaux : l’enfermement comme résultant des facteurs exogènes (crises politiques, écologiques, violences urbaines…), et l’enfermement personnel conséquence du rapport de l’homme à lui-même.

Friedrich Kunath - The Past is a Foreign Country, 2011 Polystyrène, résine acrylique, acrylique, aluminium, contreplaqué, tissu,
Friedrich Kunath - The Past is a Foreign Country, 2011 Polystyrène, résine acrylique, acrylique, aluminium, contreplaqué, tissu, © Joshua White, 2011 Courtesy: BQ, Berlin; Blum & Poe, Los Angeles; Andrea Rosen Gallery, New York; White Cube, London © Photo : M

Le parcours de l’exposition commence par l’œuvre historique de Michelangelo Pistoletto, La Gabbia (La Cage), une installation faite de miroirs qui brouille la perception : le visiteur a l’impression presque réelle d’être enfermé sans pour autant être privé de sa liberté. Le ton est ainsi donné. La première partie traite des grands bouleversements qui frappent nos sociétés : les dangers écologiques (Diana Thater), l’impossibilité de communiquer (Bill Viola), les prisons dans tous leurs états (Boris Mikhaïlov, Mohammed Bourouissa, Ahmed Alsoudani), la guerre civile (Mona Hatoum), le terrorisme (Raphaëlle Ricol), les débordements urbains (Julie Mehretu) et enfin l’idée de résistance (Bertille Bak et Allora & Calzadilla).La deuxième partie se concentre sur l'individu confronté à lui-même et à ses démons : l’angoisse de la vieillesse (Sung Yen et Peng Yu), la phobie de la maladie et de la décadence (Damien Hirst), la folie (Javier Tellez, Maria Marshall), la peur de la solitude (Llyn Foulkes), la culpabilité (Kristian Burford), le verrouillage mental (Friedrich Kunath, Tetsumi Kudo), ou corporel (Justin Matherly, Alina Szapocznikow).Le parcours se poursuit avec trois œuvres de Chen Zhen qui dans un même élan embrassent toutes les formes d’enfermement : depuis l’exil jusqu’à la maladie.

Entretien avec François Pinault

Mona Hatoum Bourj II, 2011 Série : « Bunker » Tuyaux en acier doux
Mona Hatoum Bourj II, 2011 Série : « Bunker » Tuyaux en acier doux © Mona Hatoum Courtesy Mona Hatoum et galerie Max Hetzler, Berlin

François Pinault, pourquoi avez-vous souhaité la présentation d’œuvres de votre collection à Paris ? Cela faisait longtemps que je caressais l’idée d’exposer une partie de mes œuvres à Paris. Aussi, lorsque Philippe Bélaval, Président du Centre des monuments nationaux, m’a proposé de présenter une sélection des œuvres de ma collection dans le cadre imposant de la Conciergerie, j’ai aussitôt donné mon accord. La Conciergerie est un lieu exceptionnel, non seulement du point de vue architectural mais aussi et surtout par sa dimension historique. Etant très sensible au souhait de Philippe Bélaval d’ouvrir les monuments historiques, dont il a la responsabilité, à l’art contemporain, je me suis fait une joie de m’engager dans son projet et de participer à son initiative. Par ailleurs, j’ai toujours souhaité assurer aux œuvres de la collection une grande mobilité, pour partager avec le plus grand nombre mes découvertes et ma passion pour l’art. Je rappelle que si Venise, avec Palazzo Grassi, Punta della Dogana et, désormais aussi, le Téatrino est le lieu prioritaire de présentation de ma collection, je suis toujours très heureux d’en mobiliser de larges pans pour des expositions « hors les murs », à l’étranger, comme à Moscou, ou à Séoul, et en France, comme à Lille ou à Dunkerque. Ma collection est par ailleurs très souvent sollicitée par différentes institutions pour leurs propres expositions. Cet automne par exemple, seront présentées des œuvres importantes de Francesco Vezzoli au MAXXI à Rome, de Maurizio Cattelan à la Fondation Beyeler à Bâle, de Thomas Schutte à la Fondation Maeght à Saint-Paul de Vence, de Pierre Huyghe au Centre Pompidou, de Subodh Gupta à Delhi, ou encore de Mike Kelley à Milan…

 Raphaëlle Ricol Malgré la différence, 2009 Acrylique sur toile
Raphaëlle Ricol Malgré la différence, 2009 Acrylique sur toile © Raphaëlle Ricol Photo : Philippe Fuzeau

De l’art contemporain dans un monument historique, cela ne vous surprend pas ?

Il se trouve qu’en raison d’un certain déterminisme conventionnel, on a souvent tendance à associer les monuments dits historiques à la présentation des seuls chefs d’œuvres anciens. Or, il n’y a pas de césure dans l’art. Lorsque le château de Versailles a accueilli les œuvres de Jeff Koons, j’étais frappé par les correspondances implicites entre l’esprit des sculptures de Koons et celui des décors du Château. De même, l’an passé quand Décor d’Adel Abdessemed a été présenté devant le retable d’Issenheim, installé, au cœur de la chapelle du musée d’Unterlinden, j’ai pu, une fois encore, mesurer à quel point l’art de notre temps entrait en résonnance avec les créations des siècles passés. Seuls les esprits superficiels s’imaginent qu’il y aurait une sorte de rupture entre hier et aujourd’hui et que le monde contemporain serait incapable de susciter une expression artistique originale et pertinente comme l’ont fait les siècles passés. Je suis toujours surpris et, à vrai dire peiné d’entendre à ce sujet des prises de position navrantes, quand elles émanent d’esprits qu’on juge, par ailleurs, distingués. Je rappelle également qu’en faisant le choix de Venise, j’ai marqué ma conviction à l’égard du caractère dynamique de la rencontre de l’histoire et la création contemporaine. La Pointe de la Douane, on ressent à la fois la puissance de l’histoire maritime de Venise et la capacité de cette ville de s’ouvrir aux aventures de la création, sauf, quand pour céder à des pressions médiocres, elle préfère installer à la Pointe de Dorsoduro un affligeant lampadaire plutôt qu’une sculpture de Charles Ray.

 Bill Viola - Hall of Whispers, 1995  - Vidéo à 10 chaînes en noir et blanc projetée sur les murs opposés d'une salle obscurcie;
Bill Viola - Hall of Whispers, 1995 - Vidéo à 10 chaînes en noir et blanc projetée sur les murs opposés d'une salle obscurcie; © Bill Viola - Courtesy ARTIUM of Alava, Vitoria-Gasteiz. Photo : GertVoorin't Holt

L’exposition de la Conciergerie ouvre en même temps que la FIAC. Que pensez-vous de cette coïncidence ? La renaissance de la FIAC, au cours des dernières années, sous l’impulsion de Jennifer Flay, seule aux manettes maintenant, et de Martin Bethenod, a été déterminante pour la reconquête par Paris d’une place significative sur la scène artistique internationale. Peu de villes dans le monde peuvent, au même moment, présenter une telle abondance d’expositions et de manifestations consacrées à l’art contemporain, dont l’exposition Zeng Fanzhi, un artiste chinois que j’apprécie tout particulièrement, au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris qui accueille l’exposition Zeng Fanzhi. Je suis très heureux de pouvoir prendre part, à travers l’exposition « À Triple Tour » dont j’ai confié le commissariat à Caroline Bourgeois, à cette nouvelle effervescence.

Pourquoi un sujet aussi grave que l’enfermement pour votre première exposition à Paris ? C’est un sujet qui s’est imposé de lui-même en raison de l’histoire même de la Conciergerie qui fut, comme chacun sait, à une certaine époque un lieu de détention. Par ailleurs, c’est un sujet qui taraude les artistes depuis la nuit des temps, qu’il s’agisse de l’enfermement résultant de la violence sous toutes ses formes, politique, religieuse et judiciaire, ou encore des enfermements intérieurs que la fatalité, le destin, l’atavisme, les malheurs de la vie imposent à beaucoup d’entre nous. La question de la relation des artistes avec le sort des Hommes n’est pas une mince question. On ne saurait considérer qu’elle constitue pour l’artiste une sorte d’obligation sociale. Ce serait nier le principe même de la liberté de la création qui permet à un artiste, même dans un contexte atroce, de ne se livrer qu’à des recherches formelles. En revanche, quand un artiste fait le choix d’ouvrir les yeux sur le monde qui l’entoure et de s’engager, on est toujours impressionné par la ferveur de sa prise de position et par l’efficacité de sa protestation contre les maux qu’il dénonce.

La Passion de Jeanne d’Arc (Rozelle Hospital, Sydney), 2004  - Installation vidéo, double projection et rideaux de velours rouge
La Passion de Jeanne d’Arc (Rozelle Hospital, Sydney), 2004 - Installation vidéo, double projection et rideaux de velours rouge © Javier Téllez Courtesy Galerie Peter Kilchmann. Photo : Matthias Langer
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