Une campagne de prévention auprès des adolescents fait largement réagir les amateurs du genre en France : on y présente le jeu vidéo comme une dangereuse addiction, au même titre que l'alcool ou le tabac. Un amalgame particulièrement hasardeux, qui a provoqué la colère des joueurs, habitués comme occasionnels.

Le fascicule de la discorde met sur le même plan alcool, tabac et... jeux vidéo
Le fascicule de la discorde met sur le même plan alcool, tabac et... jeux vidéo © Bayard Presse / MILDECA

Attaquons cet article par les faits qui fâchent : oui, l'abus de jeux vidéo peut poser problème. Ce n'est pas pour rien que le sujet intéresse les addictologues, et jusqu'à l'Organisation Mondiale de la Santé, qui s'en est saisie en officialisant en 2018 l'existence d'un "trouble du jeu  vidéo" ("trouble", "disorder" en anglais et pas "addiction", la nuance est importante). D'ailleurs, dans le monde du jeu vidéo, personne ne le  nie totalement, loin de là.

De là à afficher au même niveau le jeu vidéo, les drogues, le tabac et l'alcool, il y a un pas de géant que n'aurait sans doute (au vu des réactions) pas dû franchir ce fascicule, issu d'un partenariat entre Bayard Presse et la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA), et distribué à 1,5 millions de jeunes lecteurs de 10 à 13 ans.

En cause tout particulièrement, ce surtitre qui met côte à côte "Jeux vidéo, alcool, tabac" et qui a fait bondir toute personne ayant déjà eu une manette en main.

Or le tabac, en France, c'est 75.000 morts par an, selon Santé Publique France. On peut imputer 41.000 décès par an à l'alcool, selon la même source.

Le jeu vidéo (à moins de vouloir, comme Donald Trump, faire distraction pour ne pas se mettre à dos l'industrie de l'armement après une tuerie) c'est... zéro.

"Stigmatisation" et "amalgames" datant "de Mathusalem"

D'ailleurs, si l'OMS a bien intégré à sa liste le "trouble du jeu vidéo", il en fait une définition très restrictive : non, le jeu en soi ne crée pas une addiction ; oui, il peut être le support d'un trouble s'il altère de manière "non négligeable des activités personnelles, familiales, sociales, éducatives, professionnelles [...] sur une période d’au moins 12 mois". L'OMS n'utilise même jamais le terme "addiction" dans sa définition.

Une subtilité que les joueurs et les professionnels du domaine n'ont pas manqué de signaler à la MILDECA. À commencer par le SNJV (Syndicat National du Jeu Vidéo), qui a immédiatement demandé le retrait de la campagne en cause.

Les internautes eux aussi ont réagi vivement, comme par exemple Julien Chièze, youtubeur spécialisé en jeux vidéo, qui est allé jusqu'à pousser un "gros coup de gueule" en vidéo, en détaillant page par page ce qu'explique le fascicule, "de la stigmatisation à bout de bras avec des chiffres qui datent de Mathusalem". "Évidemment qu'il peut y avoir des pratiques excessives du jeu vidéo", explique-t-il. "Mais il peut y avoir des pratiques excessives de tout, ça peut être aussi la télévision, les réseaux sociaux, internet au sens large..."

Bref, si vous tenez à tout prix à utiliser l'expression "la faute aux jeux vidéo", merci de ne le faire que pour évoquer la chronique du même nom sur France Inter.

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