Béjart est mort. Mais sa danse survivra, notamment à l'Opéra de Paris qui proposera en décembre 2008 un programme composé de trois de ses pièces (Le Sacre du printemps, L’Oiseau de feu et Serait-ce la mort ?). En février dernier, le chorégraphe (qui saluait assis, avec ses danseurs debout à ses côtés), remplissait le Palais des Sports avec son "Best of". Par cars entiers, des admirateurs venaient admirer les ballets de celui qu'ils avaient découvert, pour certains, dans le film de Claude Lelouch, "les uns et les autres", où Jorge Donn redonnait vie et souffle au Boléro de Ravel. "Best of" plongeait dans l'histoire de sa chorégraphie et des musiques qui l'avaient inspiré, du "Sacre du printemps" de Stravinsky, ballet de 1959, aux chansons de Brel et de Barbara. Précieux retour en arrière : on percevait dans la danse la plus ancienne de Béjart qu'il avait été en phase, après la guerre, avec la sensibilité de son temps, dans la liberté des corps, dans sa science du mouvement inspirée sans doute d'une profonde joie de vivre. Mais en revanche, s'il fut vraiment novateur à l'époque, sa danse perdit son côté novateur à la fin des années 70. C'était un classique, avec pour maître Serge Lifar, et c'était aussi un néo classique qui ne s'éloignait pas du langage historique et formel de la danse. Toute sa danse puisait dans ce classicisme sans beaucoup se renouveler. Béjart, cet homme de l'après guerre véhiculant dans son art un amour de la forme classique et du beau, semblait après les années 70, incapable de créér dans un monde qui change de repères. Ce "best of" était passionnant pour cela, dans sa capacité à montrer que Béjart était l'homme des trente glorieuses, plus inspiré par l'harmonie que la crise. Une fois consommée la musique savante de l'après guerre, il est resté à coté de toutes les formes musicales de son temps. Et sa danse n'a plus bougé. Quand il chorégraphiait par exemple le sida, il le faisait avec son vocabulaire d'autrefois. Son public, âgé, (en février dernier, le même que celui de Robert Hossein), était ému durant les deux heures de "flash back", car au fond, aimer Béjart, c'était... aimer ses vingt ans.

Opéra de Paris
Opéra de Paris © Radio France
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