Alain Mabanckou est un écrivain, poète intellectuel franco-congolais. Il a des choses à dire sur les élections présidentielles, il est venu les murmurer à Augustin Trapenard...

Alain Mabanckou
Alain Mabanckou © AFP

Auteur de Demain, j’aurais vingt ans, Black Bazar, entre autres, il a lu Aimé Césaire, Frantz Fanon, Céline, Léopold Sédar Senghor, les grands auteurs insurgés contre la colonisation.

Pour Alain Mabanckou, quelqu’un qui arrive en France apporte un maximum d’amour avec lui, un maximum de connaissances, de besoins et de pouvoir. Alain Mabanckou a appris à aimer l’individu en France. C’est aussi pour cela qu’il fustige ceux qui ont des « discours enjoliveurs » et ceux qui prônent l'exclusion. Il est à noter qu’Alain Mabanckou ne précise à aucun moment durant l’émission de qui il parle exactement. Néanmoins, en ce lendemain du premier tour de l’élection présidentielle, les auditeurs peuvent lire entre les mots et entre les lignes.

Quand le peuple n’est pas averti sur le sens même de la construction d’une nation, il se laisse emporter par les discours enjoliveurs.

La France a offert une statue de la liberté à un autre pays, a participé à la libération de prisonniers, a été un pays d’exil. Comment réagir lorsque l’on voit un parti proposant des lignes extrêmes dans son programme à un tour du pouvoir présidentielle ?

Un pays se porte bien quand la solidarité est ferme.

La carte blanche : Hosties noires de Léopold Sedar Senghor

« Ah ! Seigneur, éloigne de ma mémoire la France qui n’est pas la France, ce masque de petitesse et de haine sur le visage de la France
Ce masque de petitesse et de haine pour qui je n’ai que haine – mais je peux bien haïr le Mal
Car j’ai une grande faiblesse pour la France.
Bénis de peuple garrotté qui par deux fois sut libérer ses mains et osa proclamer l’avènement des pauvres à la royauté
Qui fit des esclaves du jour des hommes libres égaux fraternels
Bénis ce peuple qui m’a apporté Ta Bonne Nouvelle, Seigneur, et ouvert mes paupières lourdes à la lumière de la foi.
Il a ouvert mon cœur à la connaissance du monde, me montrant l’arc-en-ciel des visages neufs de mes frères. »

Ma France est une France apaisée et apaisante. Ma France est une France courtoise, culturelle. Ma France est celle qui m’a appris à lire l’histoire autrement.

Hosties noires est publié en 1948. C’est un recueil très engagé mais également porté sur l’amour, et notamment sur l’amour et la célébration de la France, pays d’adoption de Sédar Senghor. Le choix de ce texte n’est donc pas anodin, tout comme le choix de l’auteur. Léopold Sedar Senghor est l’incarnation de la coopération entre la France et ses anciennes colonies. Né au Sénégal, il est le premier intellectuel venant d’un pays d’Afrique à siéger à l’Académie française. Il a également approfondi le concept de « négritude », préalablement défini par Aimé Césaire : « La Négritude est la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture ». Ce poème est une injonction à Dieu, mais également aux Français eux-mêmes de se détourner de la haine que sous-entendent les partis qui font peur. Sédar Senghor dit même que ceux qui prônent la haine ne sont pas la France, en tout cas, pas la sienne.

Léopold Sédar Senghor nous apporte l'universel.

Être fier de son histoire et l’accepter. Accepter l’autre. Comprendre qui il est. Ne pas l’imaginer selon ce qu’il n’est pas. N’est-ce pas cela, la France ? Nous considérons Léopold Sédar Senghor aussi comme un intellectuel français. Participer au travail de refondation et de destruction des partis qui veulent l'exclusion d'une partie des concitoyens, ce n’est pas renier Léopold Sédar Senghor ? Ce n’est pas renier Alain Mabanckou ?

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