Après Zep ou le groupe Air, c'est au tour du chef du restaurant L'Arpège à Paris de réveiller le palais des Beaux-Arts avec ses œuvres et celles d'artistes de son choix.

Alain Passard
Alain Passard © Radio France / Bernhard Winkelmann

Il est chef depuis 30 ans, amateur d'art et artiste à ses heures.

Alain Passard, passé maître dans l'art de découper, accommoder, présenter, cuisiner le monde végétal, exposera sa célèbre sculpture de homards ou ses collages. Il a aussi choisi de montrer, avec la complicité de la commissaire Valentine Meyer, les artistes comme Soutine, issu des collections du musée de Lille, ou d'autres œuvres qu'il a fait venir comme Arman, Gilles Barbier ou Claude Lévêque.

Cette quatrième version de l'Open Museum de Lille explorera donc les thèmes des jardins et saisons, la gourmandise et la tension qui règne en cuisine.

Questions à Alain Passard

Quel festin esthétique avez-vous préparé ?

Alain Passard : Un cuisinier u musée, ça interpelle et moi je veux toujours innover. Ce sera surtout un festin visuel. On s'attache à rester sur des couleurs printanières, comme celle des asperges, des pois, des fèves. Ce que je veux c’est donner envie. Je veux que quand les visiteurs ressortent du musée ils aient envie d’aller se faire une belle assiette.

Ce n’est pas pour donner envie d’acheter ou d'emporter un tableau ?

Alain Passard : Mais non, je veux globalement solliciter les 5 sens des visiteurs. On ne peut pas en laisser un ou 2 éteints. J’aime cette notion où tout doit être gourmand, dans une toile , dans un texte, dans une sculpture, une musique. Il faut du parfum, de la couleur, qu’on ait envie de toucher et de s’approprier les œuvres.

Vous exposez votre majestueux homard en bronze, Tango à Chausey , est-ce un clin d’œil à Jeff Koons lorsqu'il est intervenu au château de Versailles ?

Alain Passard : J’ai fait ce homard bien avant lui, en 1990 au début des 90. Le homard c’est tellement particulier, dans sa forme et sa couleur. On peut en rester au demi homard, mais j’ai voulu immortaliser la découpe en aiguillette car je voulais aller plus loin avec ce crustacé. Le physique appelle autre chose, là il est coupé en quatre, il a fallu le cuire cambré. Cette découpe a fait avancer les choses. Ensuite je suis allé à la fonderie Godard à Malakoff, c'est la fonderie du musée Rodin. Là j’ai rencontré des hommes qui ont la même sensibilité qu’un cuisinier, car eux aussi manient le feu, la cuisson, la texture, les transparences ou la brillance de la matière. Je montrerai aussi bien sûr mes collages.

Asperges à la verticale - collage
Asperges à la verticale - collage © Radio France / Alain Passard

Comment avez-vous choisi les artistes exposés ?

Alain Passard : J’ai voulu des images qui peuvent rappeler le coté assaisonnement ou cuisson, une photo d’un espace dans une cuisine, un moment d’une recette, ce ce n’est pas simple . Avec Valentine Meyer, j’ai voulu des personnages qui aiment la table comme Gilles Barbier. Je voulais des artistes qui ont une relation avec la nourriture, la nature des saisons. Je voulais pouvoir dire aux artistes "je vous ouvre cet espace car je sens que vous avez votre place au sein de la cuisine française". Car cette expo représente aussi la gastronomie française.

 Pierre Aghaikian, Mastermind, 2015 - Courtesy Galerie Isabelle Gounod, Paris
Pierre Aghaikian, Mastermind, 2015 - Courtesy Galerie Isabelle Gounod, Paris © Radio France / Rebacca Fanuele

Qu'y a-t-il d'artistique dans votre métier de cuisinier ?

Alain Passard : Pour moi la salle à manger d’un restaurant est une scène et les cuisines en sont une autre. Je veux montrer qu’on fait un métier artistique. Le posé des couverts, le geste du sommelier, la grâce, l’élégance quand on pose les verres. Je ne veux pas qu’on raconte un plat aux clients de la même façon tous les jours. Je dis à mes assistants d’inventer chaque jour de nouveaux mots. Je cherche à imbriquer de la créativité dans chacun de mes plats. Dans un restaurant on a quatre expositions par an : le printemps, l'été, l'automne et l'hiver. On se doit de créer l'événement avec une asperge et pour cela il faut une créativité dingue.

ilar Albarracin, Marmites enragées
ilar Albarracin, Marmites enragées © Radio France / Courtesy Galerie GP & N Vallois

Quelle est votre dernière création artistique personnelle ?

Alain Passard : Je termine une pièce qui est le coup de feu, la danse des chefs, c'est-à-dire 2 cuisiniers en train de danser avec un torpilleur et une volaille. Le torpilleur est un grand plat fuselé long d’un mètre.

Quel rapport de corps entretenez-vous avec vos sculptures ?

Alain Passard : Je les pense très longtemps à l’avance, des mois parfois. Un jour paf, ça y est, je rentre dans cet univers, et je vais être fusionnel avec le collage ou la sculpture. J’aime ces moments magiques car là tout fonctionne. J’ai la main, le regard, le goût, ça me stimule l’appétit, c’est bouleversant.

J’aime surtout travailler la structure métallique, ce jeu avec le fer pour donner la forme en tordant les fils de fer. Là on est dans la couture. C'est comme si j'avais le fil et l’aiguille. Ensuite je modèle l'oeuvre sur l’argile.

"Je saigne" de Claude Lévêque, 2014 écriture Elie Morin - Galerie Kamel Mennour -exposée au Palais des Beaux Arts de Lille
"Je saigne" de Claude Lévêque, 2014 écriture Elie Morin - Galerie Kamel Mennour -exposée au Palais des Beaux Arts de Lille © Radio France / Galerie Kamel Mennour

Pourquoi avoir choisi l'oeuvre Je saigne de Claude Lévêque ?

Alain Passard : Cette phrase est très présente en cuisine. Jeune chef, souvent, j’avais trois pansements autour des doigts car au début on apprend à ciseler hacher ou canneler. Ça fait partie du métier. Et puis Claude Lévêque est un tel esthète hédoniste. Sa place était là.

Open Museum #4 Alain Passard - Un cuisinier réveille le palais - Palais des Beaux Arts de Lille - Du 8 avril au 16 juillet 2017

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