Grâce à une collaboration exceptionnelle avec la Fondation Alberto et Annette Giacometti , le musée de Grenoble présente une exposition consacrée à l'un des sculpteurs les plus marquants du XXe siècle : Alberto Giacometti (1901-1966).

Considéré comme l'un des plus grands sculpteurs du XXe siècle, Alberto Giacometti, dont la recherche obstinée de la représentation de la figure humaine a trouvé dans l'art de ces 30 dernières années un écho tout particulier, demeure un artiste rare dans les collections publiques françaises. De fait, c'est au musée de Grenoble que revient le mérite d'avoir acquis le premier, en 1952, une oeuvre d'après-guerre intituléeLa Cage . Oeuvre singulière et essentielle qui s'appuie sur la juxtaposition dans un même espace - la « cage » - d'un nu féminin debout et d'un buste masculin, elle synthétise nombre de préoccupations de l'artiste.

Elle pose notamment les questions de la représentation de l'espace, du rôle du socle, de la relation de la figure à l'espace ainsi que celle des figures entre elles… Autour de ces thèmes et grâce à un ensemble de plus de soixante dix sculptures, peintures, oeuvres graphiques et photographies provenant pour l'essentiel de la Fondation Giacometti mais aussi de collections publiques et privées, françaises et étrangères, cette exposition sous l'intitulé Alberto Giacometti, Espace, tête, figure propose une approche précise et didactique de la démarche de l'artiste, tout en s'attachant, par une mise en espace rigoureuse, à restituer à chaque oeuvre toute sa part de mystère et son pouvoir de fascination.À l'occasion de cette manifestation, la Fondation Giacometti, dans le cadre de ses missions de valorisation de l'oeuvre d'Alberto Giacometti, prend en charge la restauration de l'oeuvre du musée de Grenoble.

Le parcours de l'exposition

Le Nez, 1947 (version de 1949) Bronze, 80,9 x 70,5 x 40,6 cm Fonte 1965 Collection Fondation Giacometti
Le Nez, 1947 (version de 1949) Bronze, 80,9 x 70,5 x 40,6 cm Fonte 1965 Collection Fondation Giacometti © Succession Alberto Giacometti (Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris et ADAGP, Paris)

Onze thèmes rythment le parcours de l'exposition qui permet de suivre les étapes qui ont précédé la conception de La Cage, sa généalogie en quelque sorte, et celles qui en découlent naturellement et forment sa descendance.Avant La Cage : la Boule Suspendue (1930-1931) La première salle est une évocation de la période surréaliste et des premières apparitions du motif de la cage, autour de la plus célèbre d’entre elles, la Boule suspendue, 1930-31, qui valut à Giacometti d’entrer dans le groupe surréaliste. On y trouve une peinture représentant le projet du Palais à 4 heures du matin, un dessin pour un ouvrage de René Crevel et desphotographies, de Brassaï et Man Ray notamment.Avant La Cage : Le Nez (1947-1949) Commencé en 1947, Le Nez occupa Giacometti jusqu’en 1949. Tragique et grotesque à la fois, vision d’un homme mourant, cette oeuvre charnière fait écho à la période surréaliste. Elle est le produit d’une période d’intenses recherches de l’artiste sur l’espace de la représentation. La pointe du nez crève l’espace de l’oeuvre, délimité par la « cage », pour s’introduire dans l’espace du spectateur.

La Cage, 1950 Bronze peint, 175,6 x 37 x 39,6 cm Collection musée de Grenoble
La Cage, 1950 Bronze peint, 175,6 x 37 x 39,6 cm Collection musée de Grenoble © Succession Alberto Giacometti (Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris et ADAGP, Paris)

Autour de La Cage : recherches parallèles (1949-1951) La troisième salle est consacrée aux variations en 1949-1950 autour de l’inscription dans un volume d’une figure féminine nue debout. On suit l’évolution de ce motif d’une grande peinture sur une paroi en bois de l'atelier de Stampa, à une peinture sur toile provenant du Musée d'art moderne de New York et à l'exceptionnel plâtre peint, Figurine dans une cage.Généalogie de La Cage (1949-1950) Dans la première version de La Cage réalisée en 1949-1950, la figure féminine a les bras écartés et la base n'est pas développée jusqu'à faire socle. Première pensée pour La Cage, elle est présentée ici accompagnée de plusieurs dessins sur papier, d’une esquisse peinte sur un fragment de mur provenant de l'atelier, et même d'une lampe, Lampe coupe aux deux figures, illustrant la cohérence de l’univers imaginé par Giacometti.

La Cage (1950) Dans la cinquième salle, deux versions de La Cage nous sont proposées, celle en bronze peint du musée de Grenoble, tirage de 1950 et celle de 1965 de la Fondation Giacometti, témoignant des modifications apportées par l’artiste sur ses propres oeuvres au cours du temps. Une version peinte de la figurine éditée seule, don de l’artiste à un ami japonais et aujourd’hui au musée d'art moderne de Toyama (Japon) , vient rappeler que pour Giacometti, la partie d’une oeuvre est déjà une oeuvre.La rencontre d'une figure et d'une tête (1949-1950) L'exposition aborde ensuite la question de la rencontre d'une figure et d'une tête, du rapport d'échelle si particulier et dérangeant qui est introduit entre ces formes, autour de deux compositions sculptées de 1950 : Trois figurines et une tête (La Petite place) , et La Forêt. Sur ces plateaux, il installe à l’échelle de maquettes deux visions aperçues dans les montagnes suisses et revues par hasard sur la table de l’atelier parisien : des pierres qui deviennent des têtes, des arbres qui deviennent des femmes.

Tête d’homme sur socle, fragment vers 1949-1951 Plâtre peint, 22,3 x 7,5 x 9,5 cm Collection Fondation Giacometti
Tête d’homme sur socle, fragment vers 1949-1951 Plâtre peint, 22,3 x 7,5 x 9,5 cm Collection Fondation Giacometti © Succession Alberto Giacometti (Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris et ADAGP, Paris)

Têtes (1947-1951) C'est au thème de la tête, qui occupe Giacometti dès ses débuts et surtout à partir de 1946, qu'est consacrée la septième salle. Plâtre peint, huile sur toile, dessins permettent d'illustrer la quête de l'artiste, sans cesse renouvelée, pour dégager, hors de tout affect ou de toute caractéristique individuelle, le dénominateur commun à toute tête humaine.Figures debout (1950-1965) Le parcours se poursuit avec deux oeuvres majeures de Giacometti exécutées en 1950 en même temps que la Cage. Quatre figurines sur base (dans la version modifiée en 1965) et Quatre femmes sur socle montrent comment le traitement de l’échelle et du socle modifient la perception du même sujet : une rangée de quatre femmes nues debout, vues dans des conditions différentes.Conversations (1950-1960)

La salle suivante met en oeuvre pour la première fois, de façon spectaculaire, une succession de rencontres d’une figure et d’une tête dans l’oeuvre peinte et sculptée de Giacometti, de 1950 à 1960. Chacune de ces rencontres instaure des rapports différents entre les éléments ou avec l’espace qui les environne et plus encore avec le spectateur. Celui-ci est finalement invité à s’immiscer dans ce dialogue lorsque Giacometti conçoit à taille réelle les éléments d’un monument pour une place urbaine à New York (Grande femme IV, 1960-1961 et Grande tête, 1960, provenant du Louisiana Museum of Modern Art de Humlebæk, Danemark).Echelle et espace Cette salle présente une série de six sculptures de femmes debout et se concentre plus particulièrement sur la question de l’échelle et comment celle-ci affecte la représentation de la figure humaine. Quelle que soit sa taille (1,70 mètre pour Femme Leoni ou 10 centimètres de Figurine, 1953- 1954) , la figure définit son propre espace. L’exceptionnel plâtre peint de Femme Leoni, commencé en 1947, fait écho à la Figurine peinte de La Cage de Grenoble

Tête noire, vers 1957-1959 Huile sur toile, 81,4 x 65 cm Collection Fondation Giacometti
Tête noire, vers 1957-1959 Huile sur toile, 81,4 x 65 cm Collection Fondation Giacometti © Succession Alberto Giacometti (Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris et ADAGP, Paris)

« Têtes noires » Le parcours se termine avec une dernière suite de têtes, qui nous conduit vers l’un des aspects philosophiques du projet de Giacometti : arriver à faire le portrait d’ « un homme fait de tout les hommes, qui les vaut tous et que vaut n’importe qui », selon le mot de Sartre en 1964. Têtes peintes, avec un ensemble de cinq tableaux illustrant cette série que Giacometti appelait « têtes noires », mais aussi têtes sculptées comme le Buste d'homme sur un socle, vers 1947 ou le plâtre peint de 1958 Grande tête, elles illustrent magistralement cette tentative sans cesse recommencée de fixer un réel en permanente mutation qui a animé l'artiste sa vie durant, aboutissant à une des plus hautes expressions de l'art du XXe siècle.L'exposition s'achève sur un espace consacré à la restauration de La Cage du musée de Grenoble, menée et financée par la Fondation Giacometti. A cette occasion, un documentaire a été réalisé qui est diffusé aux côtés notamment du chef-modèle de la sculpture de Giacometti.

Autour de l'exposition

Grande tête I, 1960. Bronze Collection Louisiana Museum of Modern Art Humlebaek, Danemark. Donation The New Carlsberg Foundation
Grande tête I, 1960. Bronze Collection Louisiana Museum of Modern Art Humlebaek, Danemark. Donation The New Carlsberg Foundation © Succession Alberto Giacometti (Fondation Alberto et Annette Giacometti, Paris et ADAGP, Paris)

- Atelier-dessin pour tous . Chaque samedi et dimanche de 12h30 à 14h - Cet atelier de dessin offre l'occasion rare d'observer les oeuvres en salle et de découvrir différentes techniques graphiques. A partir de 12 ans, adolescents, adultes - Réservation : 04 76 63 44 44Conférences avec Les Amis du musée - Lundi 8 avril à 14h30Scultpteurs à Montparnasse autour de Giacometti, par Gilbert Croué, historien de l'art- Mercredi 10 avril à 19h30Alberto Giacometti, présentation de l'exposition par Guy Tosatto, directeur du musée de Grenoble- Jeudi 18 avril à 19hAlberto Giacometti, cycle Histoires d'ArtEn musique Avec Musée en musique et le Conservatoire à Rayonnement Régional de Grenoble- Une journée au musée le dimanche 24 mars - Inscription : 04 76 87 77 31- Brèves musicales, du lundi 15 au samedi 20 avril (sauf le mardi) , de 12h15 à 13h30 avec les étudiants des classes de chant, d'instruments et d'accompagnement du CRR de Grenoble. Informations : 04 76 63 44 44Projection - Un homme parmi les hommes : Alberto Giacometti. 52 mn © 1963 Ina. DVD © 2001 ARTE France Développement - RMN à la salle de séminaire.

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